Autour du monde avec ...

 
 

Journal de Bord du Cat Mousses

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Samedi 17 juillet ,Fidjis

17  juil 2010
En mer vers Lautoka, Fidji

Récit  146 - De nouveau en mer

Il est 22h45, comme dans mon dernier récit, coïncidence.  Déjà notre troisième nuit 

en mer.  Je confirme que moi qui s'est toujours crue invincible et immunisée contre

le mal de mer, je dois piler sur mon orgueil et avouer que je suis devenue très

sensible et inconfortable en mer depuis quelques temps.  Qui aurait cru ce revirement

après deux ans de navigation.  J'aurais plutôt pensé qu'on s'améliorait avec le

temps plutôt que de développer ce mal quand on ne l'a jamais ressenti avant, bizarre! 

Bon, mal, il ne faut pas trop en mettre non plus.  Je ne me rends pas au moins de

vomir et nous ne prenons pas de médicaments personne mais on souffre après un long

arrêt et il nous faut 2-3 jours pour s'amariner à nouveau.  On dirait que ça va par

phases aussi.  Le truc c'est de garder une routine constante, de bien boire et de se

forcer à continuer à manger et prendre des repas à heures régulières.  Parfois, quand

je vois que l'équipage  se porte mieux et qu'ils semblent avoir faim,  je leur prépare

un bon repas (qui me lève moi-même le coeur), et lorsque que je dépose le tout sur la

table qui saute et rebondit à chaque vague, mes troupes battent en retraite et

m'annoncent qu'ils n'ont plus très faim. GRRR!!!!

Les deux premiers jours notre alimentation a été pour le moins  rudimentaire mais

heureusement,  nous avons aujourd'hui repris du poil de la bête et les troupes se

portent mieux.  Une chance, car ce matin,  à son réveil, le capt avait décidé qu'on

allait pêcher une dorade.  On n'a plus de viande fraîche car en mer Alexandre IV ne

peut pas nous fournir avec ce qu'on a entreposé dans leur frigo.  Et bien le voeu

de René a été exaucé et il a attrapé sa dorade, une belle dorade coryphène (mahi-mahi)

de 10 livres.  Youpppiiii pour la cuisinière!  Non sérieux je suis descendue à la

cuisine, j'ai cessé de respirer par le nez question de ne pas sentir l'odeur et j'ai

poêlé la moitié de la dorade pour notre dîner.  Après le dîner j'ai décidé de bouillir

le reste dans un court-bouillon bien assaisonné, ceci dans le but de préparer pour le

repas du soir, des vols-au vent à la king, pas avec du poulet toutefois mais plutôt de

la dorade.  Une fois l'heure du souper venue, ma gang, a commencé par moi, n'avait

plus tellement envie d'un souper très officiel.  Que faire avec le poisson?  A date je

m'arrange bien sans frigo, évidemment grâce à Jacques et Josée mais quand ils ne sont

pas là, ce que je déteste le plus, c'est que, ne sachant pas quoi faire avec les

restants de mes repas, je dois parfois me résoudre à les jeter.  Jeter de la bouffe

pour moi c'est un sacrilège.  J'ai alors songé à une discussion que j'avais eue avec

une Française dernièrement.  Celle-ci n'a pas non plus de frigo et me disait qu'elle

étire souvent ses repas de poulet, viande et autre d'une journée sur le comptoir. 

Sauf que quand ça devient douteux, elle n'en donne pas à ses filles et seuls elle et

son mari en mange.  Par contre, elle utilise aussi le truc de la cocotte minute/presto. 

C'est donc ce que j'ai fait avec ma dorade déjà cuite et prête pour mon repas de

vol-au-vent.  Je l'ai mise dans un plat de pirex que j'ai déposé sur une grille dans

ma cocotte minute, j'ai mis de l'eau sous la grille et j'ai mis le tout sur le feu

pour 15 minutes, le temps de bâtir une pression.  Ainsi, mon poisson devrait se garder,

tant et aussi longtemps que je n'ouvrirai pas ma cocotte.  L'idée est bonne mais je

prie pour avoir à nouveau un frigo d'ici une semaine ou deux.  

Depuis notre départ de Wallis, nous avons éprouvé certaines difficultés avec notre

pilote automatique.  Ho la la!!!  Ca ce n'est pas drôle, mais vraiment pas drôle! 

Je n'en reviens pas encore que nous ayons traversé l'Atlantique nord avec Pierre et

Anne, lors de notre départ à l'été 2008, sans pilote automatique!!  Quel exploit! 

Nous n'avions pas de four non plus à l'époque.  Ainsi pour avoir expérimenté la vie

en mer sans four, sans pilote et maintenant sans frigo, je confirme hors de tout doute

que la priorité numéro UN est le pilote automatique.  Quand ça se met à lâcher, on

en comprend l'importance.  Les deux dernières nuits, il lâchait à tout bout de champ. 

Je deviens maline dans ce temps-là!  Cette nuit, je touche du bois, il ne m'a lâché

qu'une seule fois à date mais je ne le dirai pas trop fort pour ne pas m'attirer

d'ennuis.  Nous devrions atteindre Lautoka demain en PM.  Nous y ferons nos procédures

d'entrée au pays et quelques achats puis nous partirons vers Musket Cove pour un

dernier 4 heures de navigation.  Sur ce je termine en vous saluant, profitez bien de

vos vacances estivales, il parait qu'il fait très beau au Québec.

Vendredi  16 juillet , Wallis 

11  juil 2010
  Wallis

Récit  145 - Wallis

Il est 22h45, nous sommes mouillés près d'un petit îlot et Jacques et René sont partis

faire une pêche de nuit.  Espérons que la pêche sera bonne.  Nous sommes à Wallis

depuis 8 jours déjà.  Nous y sommes arrivés samedi matin dernier.  La traversée entre

Futuna et ici s'est bien passée quoiqu'on s'est faits brasser et arroser à souhait. 

Nous avons mis 18 heures de navigation pour finalement nous rendre à bon port mais

nous sommes arrivés, on ne peut plus justes.  Les vents étaient de 20 noeuds et plus

et les vagues étaient assez fortes.  Quelques minutes de plus et nous manquions l'étal

nous permettant de pénétrer le lagon via la passe.  Cette passe n'est pas longue

mais elle est assez étroite et le courant y est fort alors il ne faut pas rater

son 'timing'.  Inutile de dire que nous n'avions pas envie de poireauter à l'extérieur

du lagon vu les vents et les vagues, nous en avions eu pour notre argent et étions

vraiment mûrs pour un arrêt bien mérité. 

En PM, alors que je nettoyais mon frigo (oui, oui, celui qui ne fonctionne plus), un

petit bateau moteur rouge est venu à ma rencontre.  J'ai été heureuse de rencontrer

le fameux copain Laurent dont Franck de Futuna nous avait parlé.  Dès le lendemain,

Laurent nous emmenait gentiment au supermarché dans sa voiture puis chez lui rencontrer

sa femme Manu et ses deux enfants.  Le lundi PM il nous a aussi emmenés visiter un

ancien Fort tongien.  Vraiment aimable de sa part de nous trimballer de la sorte avec

Alexandre IV.  Quel accueil nous recevons de ces amis français!

Le reste de la semaine, nous l'avons passé  à faire les classes/examens de fin d'année,

menus travaux sur le bateau et internet en ville quand la 'connection' voulait bien

coopérer.  Nous avons fêté nos deux ans de navigation dimanche soir dans un petit

snack du coin avec Alexandre IV qui avaient apporté une belle bouteille de vin. 

Egalement, René et moi  avons passé le cap des 15 ans de mariage jeudi et Jacques et

Josée nous ont invités pour un délicieux souper steak/langouste sur Alexandre IV.  Une

belle attention de leur part, autrement, nous connaissant,  nous n'aurions probablement

pas vraiment souligné l'événement.  Le vendredi matin, en faisant les classes, un bateau

est venu nous rencontrer avec à son bord, un journaliste/reporter de la chaîne de télé

française, la RFO.  Il avait eu vent de notre présence à Wallis et est donc venu

nous interviewer sur Cat Mousses.  Il a passé deux bonnes heures avec nous et nous

avons su, hier, que le soir-même, nous avons fait une brève apparition aux manchettes. 

A la fin du reportage, il était dit que nous referions des apparitions tout au long

de la semaine.  On a bien hâte de voir ça ce reportage.  Il nous a vraiment pris de

court mais c'est probablement mieux ainsi.  Nous n'étions pas préparés mais il nous

a pris dans notre quotidien et j'imagine que ça fera juste plus naturel.

Le samedi matin nous avons visité une frégate de la marine française 'La Moqueuse' un

bateau arrivé la veille.  Puis, Emanuelle est venue nous chercher avec un copain,

Pascal.  Emmanuelle, c'est une Française que mon amie Kiki, venue nous rendre visite

en Nouvelle-Zélande en janvier dernier, avait rencontrée sur le chemin du retour,

à l'aéroport.  Kiki nous avait filé le contact et hop, de fil en aiguille, nous avons

été invités à dîner (déjeuner) chez elle, son mari Eric (un Malgache) et leurs trois

fils.  Nous avons passé un super après-midi.  Emanuelle avait aussi invité, pour

l'occasion, un couple d'amis (Romuald et sa femme Virginie et leur deux garçons). 

Lui est gendarme et elle entraîneure de natation et ils doivent déjà retourner dans

la métropole d'ici une semaine, après un contrat de 4 ans.  Vraiment, nous n'en revenons

pas de l'hospitalité et de la gentillesse de ces Français à qui nous souhaitons

pouvoir un jour rendre la pareille.  Demain matin ils nous emmènent visiter le Lac

Lalolalo.  Ils nous emmèneront aussi voir des chapelles (presque des cathédrales à nos

yeux).

Ce matin, dimanche, nous avons décidé de nous éloigner du quai adonnant au village

pour nous rapprocher d'un des fameux petits îlots.  Quelle bonne idée nous avons eu. 

Nous avons passé une journée sublime.  On se serait crus atterris dans un petit paradis. 

L'eau y est tellement belle avec ses belles teintes de bleu turquoise, la plage y est

très jolie aussi mais nous avons misé sur la pêche et le snorkeling et nous n'avons

pas été déçus.  On peut dire que la pêche aura été fructueuse pour René.  On a réussi

à attraper une petite bonite à la traîne en nous rendant au trou du diable.  Puis, il

a attrapé un poisson-ballon aussi appelé poisson porc-épic.  Ensuite ce fut une pieuvre

qui nous a échappée, puis une raie et enfin la même pieuvre que nous avons réussi

à ravoir.  Depuis le temps que René voulait en pêcher une.  De retour au bateau,

il l'a aussitôt arrangée comme Sylvio de Matajusi nous l'avait enseigné et je l'ai

cuite au presto (cocotte-minute).  Puis, bien que nous avions vu des locaux, à Viwa

dans les Yasawa aux Fidjis, pêcher et manger le poisson porc-épic, nos livres de

pêche se montraient formels et nous mettaient fortement en garde contre ce poisson. 

Sa consommation y est très  TRÈS fortement déconseillée alors nous avons décidé

d'être sages.  Après tout, nous ne sommes vraiment pas intéressés à contracter

l'intoxication de la ciguatera.  Finalement, ce fut le tour de notre belle raie,

(eagle ray).  Elle était bien belle avec ses picots bleus mais sa queue comportait

deux dards acérés et venimeux avec lesquels nous avons gardé nos distances jusqu'à

ce que notre raie rende officiellement  l'âme. J'ai farfouillé un bon moment dans

nos livres de pêche, et bien qu'on traitait de raies en plusieurs endroits, tout en

ventant son goût délicieux, nulle part nous avons pu trouver comment la découper

exactement.  René s'est bien débrouillé malgré tout, puis j'ai poêlé la raie dans

du beurre pour souper.  Très délicat comme chair, j'étais vraiment heureuse d'enfin

pouvoir cuisiner notre première raie.

En soirée, alors que nous écoutions un film avant que les hommes ne partent pour

leur pêche de nuit, Jacques nous a appelé sur la VHF pour nous demander si nous

entendions la baleine. la QUOI???  He bien oui, imaginez-vous donc qu'une baleine

est entrée dans le lagon.  La pauvre, elle ne semble plus trouver la sortie du

lagon et en plus, il nous a semblé qu'elle s'était échouée sur un haut fond non

loin du bateau. On l'entendait souffler, toujours exactement au même endroit. 

Elle ne bougeait pas d'un poil et on pouvait même apercevoir dans la noirceur,

ce qu'on croyait être, une partie de sa tête, qui sortait de l'eau.  Incroyable!!! 

Elle a fini par se déplacer mais vous dire les bruits qu'elle émettait sous l'effort! 

Ca faisait mal à entendre.  Nous espérons de tout cour qu'elle retrouve son chemin

la pauvre!  C'est sacré une baleine.  Peut-être pourrons-nous l'apercevoir en nous

déplaçant vers le 'wharf' demain matin.  Finalement elle trouvera la sortie et

quittera le lagon d'elle-même car nous ne l'avons plus revue après.

Nos hommes nous sont revenus de leur pêche de nuit avec 6 belles langoustes, nous

avons fait cadeau de la majorité d'entre elles à nos amis.  Ce soir nous sommes

invités à dîner chez Laurent et Manu, lui est enseignant en cuisine/hôtellerie et

elle est prof.  Ils nous préparent un repas traditionnel, le bami.  Je reviens avec

la suite demain.

Et bien me revoici avec la suite, notre soirée chez Laurent, Manu et leurs deux enfants

(Louise et Eloi) a été fort agréable.  Ils nous ont cuisiné un délicieux repas

traditionnel, le bami.  C'est en, quelque sorte, un sauté de vermicelles de riz

auxquels ont été ajoutées viande (poulet/porc ou autre) et légumes divers, le tout

arrosé de sauce soja.  C'est très bon.  Laurent cuisine visiblement très bien, il

nous a d'ailleurs filé l'adresse de son propre site/blog (papayesvertes.net) sur lequel

il travaille à compiler ses recettes et divers trucs culinaires.  J'ai bien hâte d'y

jeter un oeil.  Laurent et Manu sont de ces rares familles qui se sont admirablement

intégrés à la culture locale.  Ils vivent dans un quartier où ils sont les seuls

Français et ils semblent très appréciés du voisinage, ce qui n'est pas toujours le

cas car les Wallisiens ne s'ouvrent pas facilement aux étrangers, à ce que nous avons

cru remarquer du moins.  Ce soir-là, un de leurs amis/voisin, dénommé Pahino si je ne

m'abuse, (ne faîtes pas attention à l'orthographe, je n'ai aucune idée comment écrire

ce nom). ainsi leur voisin s'est joint à nous en cours de soirée.  Un homme très

intéressant, coloré et cultivé.  Il a été convenu que pour la fête du 14 juillet,

Laurent et Pahino nous prépareraient un Umu sur un îlot. 

Le 13 juillet en soirée, nous avons assisté à des prestations de danses locales, le

lendemain et le matin du 14 juillet, nous sommes allés assister à la messe de 07h00. 

Très joli à voir, nous sommes heureux d'être restés pour ces festivités. Puis nous

sommes allés chercher les familles de Manu et Eric et leurs 3 fils, celle de Romuald

et Virginie et leurs deux fils pour les amener à l'îlot sur nos bateaux respectifs,

soit le nôtre et Alexandre IV.  Laurent et Manu se sont rendus à l'îlot sur leur

propre petit bateau moteur, tout comme Pahino et Pascal et leurs familles.  Ainsi,

alors que sur la plage se préparait le Umu,  cette journée-là fut aussi consacrée à

une porte ouverte pour visiter nos bateaux, une séance de jeux aquatiques de toutes

sortes pour les enfants (tours de ski nautique faits par Jacques, kayak, optimiste,

planches de surf, radeau gonflable et autre).  Bref une sortie à la plage fort agréable

où Laurent et Pahino nous ont fait vivre le Umu, soit  un repas traditionnel cuit

sur les braises sous les feuilles de bananiers enterrées de sable.  Ils ont travaillé

très fort à ce repas car dès 06h00 AM ils s'affairaient aux préparatifs.  Ce n'est pas

une mince affaire que de faire un Umu mais quel délice et quelle beauté pour les

yeux.  Ce sont les hommes qui sont en charge de la préparation d'un Umu alors que les

femmes, pour notre part,  étions assises à l'ombre à jaser.  Les hommes, en plus de

préparer les pierres, le bois et le feu ont ensuite trouver les feuilles de bananiers

puis râpé le coco pour ensuite en extraire le lait en le tordant dans de la fibre de

coco.  On ne peut  plus traditionnel comme méthode.  Ils nous ont préparé du poulet,

de la chauve-souris, des pigeons et du riz au lait de coco.  Le tout enveloppé

individuellement dans de petits baluchons de feuilles de bananiers.  Il y avait aussi

du poulpe (pieuvre) au lait de coco, ainsi que du manioc et du fruit à pain.  Pahino

a escaladé un cocotier à la méthode traditionnelle pour aller nous quérir des noix

de coco vertes.  Franchement il a travaillé fort et nous en a mis plein la vue toute

la journée. Nous avons eu une très belle journée qui terminait bien notre séjour à Wallis.

Le matin du 15 juillet, nous avons quitté Wallis après un séjour d'une dizaine de jours. 

Reprendre la mer était moins agréable,  ça se passe assez bien à date, nous filons à 7-8

noeuds depuis hier matin sous des vents au près d'une vingtaine de noeuds mais la mer

est agitée et les estomacs sont souffrants.  Les appétits sont fragiles sur Cat Mousses,

Thomas a même été malade hier en fin de PM.  On ne peut pas dire que ce soit très agréable

mais bon, on devrait atteindre les Fidjis dans 4 jours maintenant.  Nous y retournons

pour deux choses.  Nous aurons d'abord le bonheur d'assister au mariage d'Isabelle et

Brian et ensuite nous tenterons à nouveau de réparer le frigo avec le nouveau compresseur

envoyé via la poste. Sur ce je termine, j'ai mon Antoine qui est à quatre pattes, la

tête dans le cailli bottis et qui n'a pas l'air bien du tout.  Une autre belle journée

qui s'annonce.  Je sens que ce n'est pas encore aujourd'hui que nous terminerons les

examens scolaires avant nos vacances d'été.

Pour terminer, un merci tout spécial à tous les amis français de Wallis et Futuna, tous

aussi aimables les uns que les autres,  qui nous ont si gentiment accueillis pour faire

de notre séjour un moment super spécial.   Merci à vous!!!  Bonne chance à tous ceux

qui retournent dans la métropole et aussi  à ceux qui prolongent encore leur séjour 

pour terminer leur contrat.  Vous avez nos coordonnées, si vous venez qu'à passer par

chez nous, n'hésitez pas à nous contacter, nous serions heureux de vous revoir.



Vendredi 16 juillet , Futuna 

*** Courriel perdu dans l'océan ***


02 juil  2010
Futuna

Récit  144 - Futuna

Nous sommes arrivés à Futuna hier matin vers 08h15 et y avons passé une journée et

demie car nous avons déjà repris la mer pour un autre 24 heures de navigation pour

rallier Wallis avant que les vents ne forcissent trop.  Afin de vous situer, Wallis

et Futuna sont en fait deux groupes d'îles séparés par 130 miles nautiques, soit

les îles Wallis et les îles Horne.  Bien que géographiquement situé en Mélanésie,

les habitants de ce territoire sont des Polynésiens et il s'agit d'un territoire

outremer français lié à Nouméa et à la Nouvelle-Calédonie pour ce qui a trait à

l'aspect administratif.  Une large partie du pouvoir réside dans leur royauté

puisqu'ils ont trois rois : deux à Futuna dont l'un sera élu d'ici quelques jours

et un à Wallis.

L'industrie touristique  est, pour ainsi dire, quasi inexistante et plus spécialement

à Futuna.  Le taux de chômage, si on peut l'appeler ainsi, est très élevé et pour

cause, le marché du travail y est très limité.  Ils vivent toutefois bien, se

nourrissant de la pêche et de l'agriculture.  Ils ont une terre riche et fertile

leur permettant de cultiver la plupart des fruits tropicaux que l'on connait mais

ils produisent principalement le taro, yam, fruit à pain, ananas, tapioca et les

bananes.  Futuna a subi des dommages importants lors du cyclone Thomas en mars dernier. 

La vague de 9 mètres qu'ils ont essuyée, ainsi que des vents allant jusqu'à 295 km/hr,

ont occasionné d'énormes dommages.  Plusieurs maisons ont été détruites, dont une

école,  des toits ont été arrachés dont celui d'une magnifique cathédrale, une partie

de la route s'est effondrée ainsi que les murets de protection, partout on peut voir

les dégâts. L'île a été coupée d'eau et d'électricité pendant 11 jours complets.  

Les cultures ont été complètement ravagées, ce qui fait qu'ils sont encore en grave

pénurie de fruits et légumes et reçoivent l'aide internationale de la Croix Rouge. 

Les feuilles commencent à peine à repousser dans les manguiers, papayers, arbres à

pain, pandanus, cocotiers et autres.  Les cultures  ne commencent que tranquillement

à reprendre. Ils ont replanté des bananiers et des cocotiers un peu partout.  Bref

ils se relèvent lentement de cette catastrophe naturelle.

Les gendarmes,  professeurs et fonctionnaires  sont des Français engagés sur des termes

de 2 ans, renouvelables pour une période maximale de 4 ans.  D'ailleurs, à notre arrivée

hier, nous avons justement, été accueillis par un professeur du nom de Franck qui

terminera prochainement un terme de quatre ans d'enseignement des arts plastiques au

niveau collégial.  Il est venu à notre rencontre sur le ponton et nous avons bavardé un

moment et il nous a gracieusement offert une visite de l'île, que nous nous sommes,

bien sûr, empressés d'accepter pour le lendemain.  Nous avons passé le reste de la journée

à compléter nos procédures d'entrée au pays et à fouiner dans les rayons des épiceries,

tout excités de retrouver des produits fins que nous n'avions pas vus depuis belle lurette. 

Nous avons fêté la Fête du Canada sur Cat Mousses avec Alexandre IV avec un bon souper de

Surf & Turf avec steak/frites et crabe de cocotier.  

Ce matin Franck nous attendait au quai et nous a trimballé tout l'avant-midi dans sa

boîte de Pick up à travers l'île.  Futuna fait partie du groupe des îles Horne qui compte

deux îles volcaniques, soit Futuna et Alofi.  La population de Futuna est d'environ 5000

habitants qui sont des descendants des Samoa.  Alofi, de son côté, est une île non-habitée

qui sert principalement pour la pêche et l'agriculture.  Nous avons eu une tour guidé fort

agréable qui s'est terminé par un arrêt chez un autre couple de professeurs, Elizabeth et

François (si je ne m'abuse).  Leur fils ayant étudié à Rimouski, ils ont visité Québec,

Montréal, la Gaspésie et autre et avaient beaucoup à nous raconter.  Il y avait aussi

une autre prof du nom de Lili qui semblait avoir beaucoup voyagé aussi.  Il n'y a pas à

dire, ils sont vraiment très accueillants ces Français.  Franck nous a chargé les bras

de pains, laitues, tomates et concombres de son jardin à notre départ.  On peut dire que

ça tombait pile car nous étions à sec côté légumes sur nos bateaux.  De plus, il nous a

remis les coordonnées d'un couple de professeurs de Wallis.  Nous avons quitté vers 14h00

et devrions atteindre Wallis demain vers la mi-journée.  Les îles de Wallis sont constituées

de l'île principale de Uvea ainsi que de 22 autres petites îles tout autour, le tout encerclé

par un récif formant une quasi atoll.  La population de Wallis se chiffre à 10 000 habitants

qui, eux, sont des descendants des Tonga. 

Notre visite à Futuna aura été brève mais combien agréable.  Au risque de me répéter, car je

le dis souvent,  ce sont définitivement les rencontres que nous faisons qui ponctuent et

colorent notre voyage et nous n'en revenons jamais de constater à quel point les gens sont

généreux et font preuve d'une hospitalité sans borne.  Ca me rappelle toujours le film

" Payez au suivant " et j'espère un jour avoir la chance de rendre la pareille car nous

apprécions énormément toutes ces attentions que nous recevons.


Jeudi  01 juillet , Futuna 

1 juillet  2010
En mer vers Futuna

Récit  143 - Lonely Island (Naqelelevu)


Bonne Fête Canada!!!!  Il est 04h38 AM, mon tour de garde commence, il me semble que

les tours viennent vite cette nuit.  Nous avons quitté les Fidjis vers 09h30 AM ce

matin et nous filons vers Futuna sur un beau vent portant, (de côté pour une fois)

à une vitesse de  7 - 7.5 noeuds.  Ça fait changement du vent dans le nez.  Comme

c'est là, nous atteindrons notre destination, Futuna, la plus petite des deux îles

française de Wallis et Futuna, avant 09h00 ce matin.  Est-ce que notre 'fridge'

fonctionne?  Non, toujours pas.  J'avoue que c'est ordinaire en ti-péché la vie

sans frigidaire.  Une bonne pinte de lait tiède, du Coke Diet tablette, de la bonne

bière tablette et pas de viande ni de fromage. à moins de tricher. et d'aller piger

chez Alexandre IV qui ont l'extrême amabilité d'entreposer ce qui nous restait de

viande et de fromages dans leur frigo.  Bien entendu lorsqu'on passe chercher de la

viande on en profite pour ramasser un Coke Diet et une bière froide. une pure

jouissance! On n'a pas encore perdu nos mauvaises habitudes de Nord-Américains, 

même après deux ans de navigation.  

Comme c'est là, il y a quand même de la lumière au bout du tunnel car nos amis de

Wasabi sont présentement à Mtl/USA et ils ramèneront pour nous un nouveau compresseur

de frigo à la fin juillet.  Bref, nous avons décidé de légèrement (un peu beaucoup),

modifier notre plan de navigation pour cette année et de laisser tomber les îles

Marshalls.  Ca nous laisse quand même Wallis et Futuna, les Fidjis à nouveau, Tuvalu

peut-être, Vanuatu et Nouvelle-Calédonie avant l'Australie, ce qui n'est quand même

pas banal après tout.  C'est que voyez-vous, quelque chose me dit qu'après un mois

et demi sans frigo, je serai mûre à la fin juillet, pour un arrêt-réparation de frigo,

ce qui nous permettra, par le fait même, d'avoir l'honneur et le bonheur d'assister

au mariage de Brian et Isabelle de Wasabi. Toujours aussi solidaires, Josée et Jacques

d'Alexandre IV ont décidé à notre grand bonheur, de nous accompagner dans cette décision. 

Sur ce, venons en au fait, soit Lonely Island que nous venons tout juste de quitter. 

Nous venons tout juste de passer nos 4-5 plus beaux jours aux Fidjis, dans un paradis

appelé Naqelelevu.  Nous avions vu cette petite île perdue sur une carte et  la savions

habitée par trois hommes.  C'était tout ce qu'il nous fallait  pour nous convaincre,

car tel un aimant, ce genre d'endroit exerce sur nous un  pouvoir d'attraction

irrésistible. En rentrant dans ce lagon à l'eau limpide et bleu turquoise, nous avons

compris, c'est littéralement un petit paradis.  Il faut voir ce lagon la nuit sous la

lueur blanche de la lune, c'est indescriptible!  Ainsi à notre arrivée, nous serpentons

à travers les patates de corail très visibles pour nous rapprocher de la plage.  En

route vers cette destination, nous avions attrapé un barracuda alors une fois arrivés,

René décide d'aller à terre rencontrer les 3 gars pour leur faire cadeau du poisson.  

Il rencontre trois jeunes hommes fort accueillants : James (28 ans), Jesup (25 ans) et

Bill (16 ans).  Ces derniers nous apprennent alors que cette année à date ils ont eu la

visite de 5 bateaux avant nous, l'année dernière 2 bateaux et l'année d'avant aucun. 

Inutile de dire qu'à chaque fois qu'ils voient un bateau approcher, ils font la danse

non pas de la pluie mais la danse du visiteur.  Ils nous ont raconté plus tard qu'en

apercevant Alexandre IV approcher, le plus jeune a couru alerter ses deux cousins,

puis ils ont aperçu un deuxième bateau, Cat Mousses.  Ils se sont alors mis à danser

de joie sur la plage. 

Ils n'ont ni bateau, ni moyen de communication avec la terre ferme.  Le dernier

réapprovisionnement remonte à il y a deux mois pour eux et depuis ils n'ont plus eu

de nouvelles du frère de Jesup qui les visite à l'occasion pour les ramener à terre

pour s'approvisionner et vendre leurs concombres de mer aux Asiatiques.  Ils nous ont

raconté comment ils avaient survécu le dernier cyclone (Thomas) au mois de mars. 

Ils ont passé 3-4 jours tapis dans leur petite cabane avec comme seule nourriture,

des bouteilles d'eau.  Ils ont attendu que la mort vienne les chercher pendant tout

le temps qu'a duré le cyclone puis un matin, un rayon de soleil leur a signalé qu'ils

étaient sauvés.  A leurs dires, l'île a subi plusieurs dommages dans ce cyclone. 

Les coraux ont été sévèrement endommagés, tout a été cassé et aspiré par la mer qui a

également rasé toute une section d'arbre sur l'île et qui a avalé en cet endroit, une

incroyable quantité de sable.  En effet, ils avaient en cet endroit une statue de la

Sainte-Vierge érigée sur un socle de béton.  Cette dernière qui était dans le roc près

du sable à la plage, est maintenant à environ 10 pieds du sol, le sable ayant été

emporté par les vagues.  Seul le socle demeure, la statue ayant été emportée.  Ils

ont eu peur c'est palpable.  Ils y ont perdu leurs maisons et de belles installations

qu'ils s'étaient faites au fil des années sur la plage.  Depuis ils se sont rebâti

des cabanes et reprennent tranquillement le dessus.  Ils cultivent le kasava, une

sorte de racine qui, tel le taro, rappelle la patate.  Ils viennent de planter des

bananes.  Nous leur avions donné un melon d'eau et ils nous ont dit avoir conservé

les noyaux et les avoir aussitôt semés.  Ils vivent au travers des moustiques, de trois

canards et d'une vingtaine de poules qui pondent un peu partout et se multiplient

rapidement.  Ils se nourrissent tantôt de poisson, tantôt de poulet et tantôt de crabe

de cocotiers.  Ils ont de l'eau de pluie mais ne boivent que de l'eau des noix de coco. 

En tout cas les moustiques ont de quoi se nourrir, ils sont voraces et insupportables. 

Nous ne pouvions jamais rester très longtemps près de leurs cabanes.  Nous repartions

en courant vers la plage où les moustiques ne venaient pas.

Les enfants avaient un lagon parfait pour pratiquer leurs sports aquatiques et s'amuser

à faire du kayak, de l'optimiste et du ski nautique. Egalement, ils passaient de longues

heures à explorer les fonds marins et les plages, à la recherche de coquillages, tout

aussi beaux et spéciaux les uns que les autres.  Les hommes sont allés, tous les cinq,

pêcher la langouste de jour la deuxième journée et ils sont revenus avec trois langoustes. 

Le lendemain ils sont partis faire une pêche de nuit vers 01h30 AM.  Ils y ont passé la

nuit entière.  Pour une raison quelconque, il n'y avait pas l'ombre d'une langouste cette

nuit-là alors ils sont revenus en marchant sur l'île à la grosse noirceur, à travers une

jungle des plus denses.  Ils en ont bavé nos hommes mais ont été récompensé par de beaux

crabes de cocotier.  À 06h30 AM, ils ont déjeuné sur la plage avec du crabe préparé par

Jesup, James et Bill.  Ces derniers nous ont alors promis un festin sur la plage pour cet

après-midi. 

Nos trois amis sont heureux, ils apprécient leur île et ne changeraient de vie pour rien

au monde.  Jamais ils ne nous ont demandé quoi que ce soit, nous disant avoir tout ce dont

ils ont besoin.  Bien entendu, nous les avons gâté autant qu'on a pu, c'est tellement

agréable de donner à des gens aussi accueillants et généreux, qui ne demandent rien et

qui apprécient autant. Nous leur avons offert, sucre, farine, corn beef, huile, cigarettes,

muffins et autre.  Jacques a fait cadeau d'un t-shirt et d'une paire de chaussures d'eau à

Jesup qui avait perdu un soulier lors d'une pêche.  René leur a donné une 'rod' de spear gun. 

Il fallait voir les leurs, toutes rouillées et tordues.  Mais le pire c'est qu'ils arrivaient

à pêcher sans difficulté avec leur système des plus rudimentaires, ils sont fort ingénieux. 

René leur a aussi permis quelques appels dans leur famille avec le téléphone satellite car

ils commençaient à s'inquiéter de ne plus recevoir de visite du frère de Jesup. 

Tel que promis, nos trois amis nous ont préparé un festin de roi sur la plage dans un four

(lovo) à la mode polynésienne dans lequel ils ont cuit trois poulets, des crabes et du kasava. 

Josée et moi avions préparé du riz, des sauces et un gâteau.  Bien entendu nous les avons

gâté en vin et en cigarettes et nous avons passé un super beau moment en leur compagnie. 

Ce genre d'expérience et d'échange est ce que nous préférons au-dessus de tout.  Nous avons

dû à regret, quitter ce paradis où nous aurions pu facilement nous installer un mois sans

jamais nous ennuyer mais comme toute bonne chose a une fin, il fallait quitter.  De toute

façon, je ne peux m'empêcher de me dire que les navigateurs qui passent leur vole un peu

leur précieux poisson.  A certains endroits les habitants ne mangent pas les crustacés pour

raison de religion mais comme ces trois hommes sont catholiques, ils n'ont pas de restrictions

alimentaires de ce côté.  Alors de les entendre dire qu'ils ont attrapé une dizaine de

langoustes lors d'une nuit de pêche avec les bateaux précédents me brise un peu le coeur. 

Après tout, il faut laisser le temps à ces bestioles de se reproduire non?  

Nous avons donc repris la mer, laissant derrière nos trois amis et leur promettant de raconter

notre histoire aux autres navigateurs susceptibles de passer les visiter sur leur île. 

Nous sommes partis avec 6 locataires, soit 6 beaux crabes de cocotier (pour nos 2 bateaux)

dont ils nous ont fait cadeau avec tant de générosité.  Ces derniers ne feront cependant

pas long feu car il y a un guerrier cannibale dans le lot et tous les matins nous devons

cuire les fruits des combats de le nuit, soit des pattes et des pinces et parfois des

crabes entiers.  Hier matin nous avons constaté deux décès, ce matin nous verrons.