Journal de bord Juin 2009
Dimanche 28 juin , Les Tuamotus
La St-Jean dans les Tuamotus
26 juin 09
Tuamotus
Nous sommes finalement arrivés en milieu de PM dans notre premier atoll des Tuamotus,
l'atoll de Raroia. En arrivant à l'atoll, René et Jacques décident, malgré le courant
pouvant aller jusqu'à 8 noeuds dans la passe, d'y entrer quand même puisque c'est marée
montante alors le courant est avec nous. L'entrée se fait sans anicroches bien que les
eaux dans la passe sont très tumultueuses, le courant est fort mais c'est large et il y
a en masse d'eau. Si nous n'étions pas entrés à ce moment, nous aurions dû attendre
près de 3 heures devant l'atoll pour que les courants diminuent mais à ce moment-là, nous
serions arrivés de noirceur, pas une bonne idée avec toutes les patates de corail que
nous trouvons sur notre chemin en se rendant à l'ancrage.
Le lendemain matin, matin de la St-Jean, nous sommes invités à déjeuner avec crêpes s.v.p.
sur Alexandre IV avec champagne et tout. Nous parons nos deux bateaux de leurs plus beaux
atours pour l'occasion. En regardant flotter au vent tous nos pavillons, il est
impressionnant de voir le nombre de pays visités depuis même pas un an encore. Puis nous
allons à terre pour nous promener un peu et chemin faisant nous demandons à un local où il
est possible de faire un feu pour la St-Jean. Il nous indique qu'il va tout arranger ça dans
sa cour, on pousse même notre luck en lui demandant s'il a une radio pour mettre de la musique
québécoise. On arrange un RV avec lui pour 17h00 et il nous présente son fils, Tarapi qui
nous invite sur son terrain et nous aide à partir un feu de cocos..saucisses, poisson, banique
et guimauves. Ce fut une très belle soirée!
Le lendemain, nous décrétons la journée comme journée de repos et de nettoyage et les hommes
partent en 'dinghy' avec Tarapi pour aller chasser le crabe des cocotiers sur une île
avoisinante. Dès leur arrivée, ils ne mettent pas plus de 15 minutes pour trouver le premier,
il faut bien faire attention en les attrapant puisque qu'avec leur pinces, ils sont capables
d'ouvrir une noix de coco, alors un doigt à la mauvaise place et vous pouvez imaginer le
résultat alors ils observent bien la technique de capture. Après une heure de chasse, la
récolte est pas mal bonne, 7 crabes de cocotiers, le souper sera bon! Afin de les remercier
de leur accueil, nous invitons Tarapi, sa conjointe et leur fille Perle de trois ans à venir
souper ce soir-là sur Cat Mousses avec Jacques et Josée. Tarapi nous montre comment cuire
et apprêter le crabe, nous passons une belle soirée et apprenons encore beaucoup sur les
cultures locales. Nous en profitons pour leur montrer en images le Québec et le Canada, ils
trouvent bien beau notre province et notre pays et nous devons admettre en regardant les
images avec eux que c'est bien vrai!!!
Nous avons quitté ce matin pour aller rejoindre notre belle Catherine qu'il nous tarde de
revoir après plus de trois semaines d'absence déjà. Nous devrions enfin la retrouver demain
PM. Notre sortie de l'atoll s'est également bien déroulée. Comme il y avait des centaines
et des centaines d'oiseaux, nous nous sommes amusés à les pourchasser question de pêcher un
peu. C'était un véritable ballet de voir tous ces oiseaux qui plongeaient vers l'eau à travers
les splish splahs des bonites contre qui ils se disputaient les mêmes petits poissons. Nous
n'avons pas réussi à pêcher, toutefois on s'est retrouvés avec un locataire pour la journée,
un oiseau qui avait décidé d'aller se poser sur l'éolienne en plein mouvement. Bad Idea!
Ce cher oiseau a appris de la dure manière et s'est retrouvé, projeté dans le cockpit,
victime d'une sorte de commotion. Il n'a repris son envol qu'en fin de PM après une journée
de sommeil mais il n'est pas allé bien loin. Il a sauté par-dessus bord pour se retrouver
carrément à la flotte. ses ailes ne coopéraient plus, sûrement une aile cassée dans sa rencontre
avec l'éolienne. Ho well!!!
Mercredi 24 juin , Les Marquises
Iles du Désappointement
23 juin 09
En route pour les Tuamotus
En route vers les Tuamotus, nous avons pensé nous arrêter aux Iles du Désappointement,
question de persévérer dans notre exploration des coins rarement visités. Comme nous
n'avions pas de cartes assez précises de l'endroit, Luc (notre cher Luc, que j'appelle
souvent notre manager), nous a trouvé un peu d'info sur internet question de voir
comment nous pourrions approcher ces îles. Nous avons finalement opté pour l'île de
Napuka et heureusement, à notre arrivée, un pêcheur nous a aidé à trouver un endroit
moins profond (50 pieds) pour jeter l'ancre. Puis, notre pêcheur nous a emmenés à
terre avec Jacques et Josée. Apparemment que le dernier voilier à s'arrêter à cet
endroit s'est échoué dans des récifs et c'était il y a deux ans passés. Ainsi donc,
il semble que les navigateurs à visiter cet endroit se font assez rares. Je comprends
maintenant pourquoi même les oiseaux avaient l'air surpris de nous voir arriver lors
de notre approche!
Napuka c'est un petit atoll de corail des îles du Désappointement situé dans la partie
nord-est de l'archipel des Tuamotus. L'atoll de Napuka mesure 10.5 km de long par
4 km de large et renferme un lagon de 18 km², complètement fermé de l'extérieur, c'est
donc dire qu'il n'y a aucun moyen de pénétrer le lagon par bateau via la mer. Il faut
le faire de l'intérieur des terres. Napuka qui doit son nom à deux types d'arbre sur
l'île , soit le Nao et le Puka, compte une population d'environ 250 personnes.
Les îles du Désappointement ont été colonisées par des voyageurs venus des Tuamotus.
Selon nos sources, ces îles ont reçu leur nom de Ferdinand Magellan qui, n'ayant pas
pu y trouver de source d'eau potable pour se réapprovisionner en route vers les
Philippines, avait été un peu déçu. La première visite enregistrée d'Européen est celle
de l'Anglais John Byron en 1765. Il aurait alors baptisé les îles du nom de
Désappointement parce que ses habitants étaient plutôt hostiles.
Si ce n'était de l'explication fournie ci-haut, j'aurais été fort tentée de vous dire
que j'ignore d'où provient l'appellation de Désappointement. En effet, ce terme ne
s'applique certes pas à l'île de Napuka, où nous avons été tout, sauf désappointés.
Non mais quel bel endroit pour faire un brunch de la fête des Pères! Nous étions là,
lors de notre approche, assis dans le 'cockpit', à déguster oeufs, bacon et toasts au
soleil, et ce tout en longeant cette petite île basse au profil plat, à fleur d'eau,
bordée de belles plages de sable blanc et de cocotiers sur tout son pourtour. Quel bel
accueil nous avons eu. Nous n'avons pas sitôt mis un pied à terre que nous rencontrons
la mairesse adjointe de l'île, une conseillère de la commune et le boulanger de l'île
(un immigrant allemand). Tous les passants nous saluent sur leur passage et s'arrêtent
pour nous parler et voir si nous avons besoin de quoi que ce soit. Nous visitons leur
église toute décorée de divers coquillages, un vrai petit bijou. Puis un véhicule qui
passe par là, nous emmène à leur piste d'atterrissage, nouvellement agrandie, afin
d'aller accueillir le maire qui arrive sur le vol de ce dimanche matin. Tous nous
expliquent que le lendemain il y aura une grande fête pour l'inauguration officielle de
leur aérodrome et du nouveau bateau de la commune. Ils attendent, pour l'occasion, nul
autre que le président de la Polynésie française. Comment résister à cette invitation,
nous ne nous faisons pas prier pour accepter.
Le lendemain matin, nous sommes au rendez-vous et comme la veille, une voiture qui nous
croise s'arrête et son conducteur nous conduit gentiment à l'aérodrome. Toute la
population de l'île ainsi que de l'île voisine (Tepoto) attendent, tout endimanchés,
la tête et le cou ornés de magnifiques couronnes et colliers de fleurs odorantes. Ils
sont assis en rond, les hommes grattent leur guitare et ukulélé, alors que femmes et
enfants chantent. Puis l'avion atterrit avec à son bord le président et sa délégation,
ainsi qu'une équipe de biologistes. Ces derniers sont ici pour faire des traitements
contre les parasites qui attaquent les cocotiers depuis quelques années, ayant réduit
la production du coprah, principale source de revenu de l'île, à un cinquième de ce
qu'elle produisait par le passé. C'est qu'il y a 7 ans de cela, des cocotiers avaient
été importés d'un autre atoll des Tuamotus , malheureusement ceux-ci étaient infectés et
depuis ce temps, c'est la guerre aux parasites. C'est triste de voir tant de cocotiers
morts, quel impact sur l'économie locale. On nous emmène ensuite au lagon par autobus,
où on assiste à l'inauguration d'un bateau. On nous emmène ensuite faire un tour sur
une plateforme flottante. Cette dernière vient d'être remise en fonction et sert à
effectuer le transport de véhicules et cargo car le pont reliant Napuka à l'île avoisinante
du lagon est devenu inutilisable. Lorsque vient le moment de larguer les amarres, l'un
des moteurs refuse de partir. Bien entendu, nos deux capitaines, Jacques et René, ont
vite fait d'aller fouiner et Jacques, avec sa super méthode 'Kepner Trigo', trouve le
problème et rebranche un fil qui avait été déconnecté. Naviguer dans ce lagon est
véritablement un tour de force, nous avons des sueurs froides pour le capitaine de la
plateforme qui lui, le sourire aux lèvres, fonce sur les coraux pendant qu'on retient
notre respire.. Et oui ça passe! Ouf! On nous emmène ensuite à la cocoteraie où on
voit un palmier à deux têtes et où l'on assiste à une démonstration des traitements que
font les biologistes aux palmiers parasités. Nos hommes sont au premier plan, aux côtés
du président avec qui ils engagent une discussion animée. Je ne serais pas surprise que
leur visage apparaisse au petit écran de la télévision française puisque il y a tout
plein de reporters et caméramans de Paris sur place.
Puis alors que nous allons saluer et remercier le maire, nous nous retrouvons assis à la
table de toute cette délégation, à la mairie du village, à déguster des plats typiques
de poisson, tous aussi succulents les uns que les autres, dont le thon que notre pêcheur
de la veille nous avait expliqué avoir pêché pour le maire en vue de la fête du lendemain.
On nous a reçus comme des rois avec une hospitalité hors du commun. Tout ceci était un
peu gênant car il était évident que ces places nous étaient cédées par les locaux qui
sacrifiaient leur place pour nous, mais ils le faisaient avec tant d'insistance et de
gaieté de coeur que nous avons accepté leur invitation avec joie. Nous avons également
eu la chance d'assister à des débats animés entre les vieux sages du village, le maire
et le président qui se parlaient en Puamotus et en Tahitien. Le président a même pris le
temps de traduire une partie des discussions pour nous. Celle-ci avait trait au
réchauffement climatique de la planète et à l'impact que celui-ci avait sur les atolls
du Pacifique comme Napuka. Pendant ce temps, les enfants se sont amusés comme des fous
avec les enfants du village et Nicolas, notre tombeur de ces dames, s'est rapidement
attiré les compliments des petites filles. Il nous a confié, la poitrine gonflée de
fierté que les filles trouvaient qu'il courait pas mal vite. Un petit groupe d'enfants
avaient, pour leur part, adopté René à qui ils ont enseigné plusieurs mots de leur langue
tout au long de la journée. C'est à contrecoeur qu'ils lui ont lâché la main pour le
laisser partir. Encore une journée inoubliable! Pitcairn, l'Ile de Pâques, les Iles
du Désappointement. on commence à avoir de la difficulté avec le classement de nos
destinations préférées.
Samedi 20 juin , Les Marquises
Les Marquises - Dernière partie
19 juin 09
En route pour les Tuamotu
En principe, nous devions nous contenter de trois escales aux Marquises mais nous n'avons
pu faire autrement qu'étirer notre passage dans ce petit paradis et avons finalement
visité cinq des six îles habitées des 15 îlots qui composent les Marquises, aussi appelées
'terre des hommes'. Les Marquises possèdent un pouvoir de fascination probablement
attribuable à leur éloignement, à leur configuration et au mythe de paradis sauvage qui
les enveloppe. Comment résister aux charmes des Marquises qui mystérieuses et méconnues,
s'offrent dans leur rudesse, brutales et authentiques. Terres de légendes, elles abondent
en vestiges archéologiques, dont plusieurs n'ont à ce jour, pas encore été inventoriés
par les spécialistes. Malgré l'énorme potentiel touristique de cette destination, cet
endroit a su conserver son cachet d'antan car son aspect touristique demeure encore
sous-exploité. Les paysages sont à couper le souffle mais d'abord et avant tout, les gens
y sont souriants et accueillants. Ici, contrairement aux Antilles (opinion personnelle),
les sourires sont non seulement gratuits, mais ils achètent aussi bien des choses. Ca
fait tout drôle de voir que dans un tel paradis, on n'a pas à débourser un sou pour aller
s'ancrer dans des baies toutes plus magnifiques les unes que les autres. C'est loin d'être
le cas des Antilles où pratiquement tout est devenu payant. Ca fait du bien de ne pas
toujours avoir la main dans sa poche. Il y a des endroits que nous avons visités aux
Antilles où nous n'osions même plus regarder les habitants dans les yeux de peur de se
faire quémander de l'argent. A ces endroits nous n'avions pas encore pénétré dans une
baie que les 'Boat boys' accourraient de toute part pour s'arracher les bateaux entrants
pour nous soutirer de l'argent ou essayer de nous vendre leurs produits. Les Marquisiens
sont courtois à un tel point qu'il n'est pas rare de voir des adolescents ou des groupes de
jeunes, s'arrêter sur la rue pour nous saluer. Ici l'argent ne prévaut pas. Pour avoir
des fruits il n'y a qu'à demander aux locaux. Gare à celui qui prend sans demander toutefois!
Il suffit de demander, ils vont parfois accepter de l'argent mais la plupart du temps, un
sourire et une conversation est tout ce qu'ils demanderont. On nous a d'ailleurs encore
offert des pamplemousses, caramboles, caracole (sour sup), citrons, bananes et fruit de
l'arbre à pain. C'est fort agréable comme environnement. Par contre, ce qui est payant
n'est pas donné! Par exemple, les prix de la nourriture dans les petites épiceries de ces
destinations isolées sont exorbitants compte tenu des frais de port et manutention.
Merci à Jacques et Josée de nous avoir convaincus de les suivre à Nuku Hiva, l'île du groupe
nord la plus étendue de l'archipel des Marquises, la deuxième de toute la Polynésie française
avec ses 340 km2. La plus peuplée, cette île a toutefois l'une des plus faibles densités.
Comme le reste des Marquises, tels des blocs de lave surgis au milieu du Pacifique, les
côtes de Nuku Hiva présentent un profil tourmenté et d'abruptes falaises sculptées par les
puissantes éruptions de ses deux volcans emboîtés qui ont donné deux 'caldeiras' concentriques,
dont les crêtes forment des remparts apparemment infranchissables.
Nous nous arrêtons d'abord dans le port d'entrée de Nuku Hiva, soit la baie de Taiohae
gardée par ses deux rochers (la sentinelle de l'ouest et de l'est à son entrée). Ce
charmant petit village de Taiohae compte 1500 âmes, niché dans la verdure et rythmé par
les allées et venues des pêcheurs. C'est dans ce village que les santaliers sont venus
piller les ressources de bois et c'est également ici que les baleiniers venus se ravitailler
faisaient relâche au début du XIX siècle. Le futur écrivain de Moby Dick, de Taipi et de
Billy Budd déserta son baleinier et passa trois semaines à cet endroit, Taipivai plus
précisément. Comme nous arrivons en milieu de journée, nous allons passer quelques heures à
terre en PM et chemin faisant, nous rencontrons Jocelyne. Son mari et elle offrent des tours
guidés de l'île en véhicule. Ainsi, dès 09h00 le lendemain matin, nous (Cat Mousses et
Alexandre IV) partons avec Jocelyne pour une excursion dont nous nous souviendrons longtemps.
Jocelyne est une française mariée à un Marquisien, originaire des Gambier, qu'elle avait
rencontré en France à l'époque, alors qu'il était encore en service militaire. Ils ont
voyagé beaucoup à travers les mutations de son mari dont une au Gabon pendant quelques
années, endroit où Jocelyne avait ouvert un petit restaurant. Ils ont un fils de 19 ans,
Niles, présentement à l'école à Tahiti et ils vivent à Nuku Hiva depuis une dizaine d'années.
Ils avaient visité cet endroit quelques 23 ans plus tôt et ont décidé de revenir s'y établir.
Tout ceci pour dire que nous avons littéralement bu les paroles de Jocelyne toute la journée.
Très connaissante et cultivée, elle nous a entretenu toute la journée sur la flore et la faune,
la culture, les us et coutumes et autre. L'endroit est magnifique et cette escale valait
définitivement le coup. Jocelyne nous a appris une multitude de choses sur les plantes locales
et les fleurs dont les hibiscus, orchidées sauvages, frangipaniers, le tilleul et j'en oublie.
Elle nous a offert des fruits de l'arbre à pain que nous avons cuisiné en frites, mais aussi
en purée dont j'ai fait un pâté chinois. Elle nous a fait voir les caractéristiques des arbres
mâles et femelles de la papaye. Elle nous a fait voir le pigeon impérial des Marquises, une
espèce endémique à l'île en danger d'extinction. Bien que les Marquises ne comportent ni
serpents, ni araignées locales, Jocelyne nous a montré deux arbres dont le fruit est poison et
nous avons croisé le lendemain un scolopendre (d'une douzaine de cm), espèce de mille pattes
dont la morsure est mortelle. Nous prenons, chemin faisant, plusieurs photos des cascades de
Teuakueenui et Mahuiki.
Nous avons visité quelques petits villages typiques, dont la vallée de Taipivai abrîtant la
magnifique chapelle de St-Joseph toute de pierre et de bois sculptés, dont le bois de rose
et le tuf rouge, une pierre de coloration brique. Nous avons appris que pour les Marquisiens,
les nord-américains sont des 'popas', les Américains sont des 'gringos'et les français sont
des 'frannies'. Elle nous a aussi parlé des 'rérés', soit les hommes aux allures un feu
efféminées, nous expliquant qu'ils étaient très bien vus au sein de la société dû au fait
qu'ils avaient souvent été mis au service de l'aristocratie. Autrefois, il n'était pas rare
qu'une famille décide de garder un de leurs fils avec les filles de la famille, lui apprenant
à coudre, à cuisiner et autre. Ceci permettait aux parents de garder au moins un de leurs
fils à la maison en lui évitant d'avoir à se joindre aux guerres tribales. De plus, comme les
filles n'étaient jamais sacrifiées en offrandes, le fait d'avoir un réré dans la famille
garantissait de garder au moins un fils. Les 'rérés' travaillent surtout dans la restauration
et s'assument très bien, portent des vêtements féminins, bijoux, vernis à ongle et la fleur
traditionnelle dans leurs cheveux longs. Ils paraissent très bien et aiment bien être
complimentées sur leur tenue.
Au cours de l'excursion, nous nous arrêtons au bord de la mer dans le petit village pittoresque
de Hatiheu pour dîner. Jocelyne nous fait voir la statue blanche de la Vierge Marie, hissée
sur le haut d'un pic de montagne, à 300 m d'altitude en 1872. Après dîner nous visitons les
ruines d'anciens villages qui ont comporté jusqu'à 15 000 habitants à l'époque. Ces villages
étaient situés souvent très creux à l'intérieur des terres et ces agglomérations se trouvaient
concentrées autour de gigantesques arbres appelé banian. Ces arbres sacrés (grands figuiers de
l'Inde aux racines adventives aériennes) caractérisés par un entrelacement de racines à leur
base, servaient à l'époque, à enfouir ossements et crânes lors de cérémonies de sacrifices.
Elle nous a fait voir deux de ces sites archéologiques dont Hikokua, restauré à partir de 1987,
qui daterait des années 1250 et qui aurait été utilisé jusqu'au siècle dernier. Ancien lieu de
festivités et de sacrifices humains, ces sites comportent de magnifiques sculptures et tikis
dont certains très anciens. Jocelyne nous fait voir l'esplanade qui était réservée aux danses
lors des festivités communautaires pour les spectateurs des castes inférieures et supérieures.
On y voit aussi un rocher plat qui servait de podium pour les danses en solo, servant à accomplir
les rites liés à la puberté comme par exemple exposer les corps et les parties génitales des
jeunes garçons ou filles, ou pour exhiber les premiers tatouages des personnes importantes.
On peut aussi apercevoir neuf tombes chrétiennes faites avec des petites dalles de keetu.
On suppose qu'elles datent de l'époque d'arrivée des premiers missionnaires, après l'abandon
du site. Finalement, Jocelyne nous montre une fosse alimentaire d'origine. Encore aujourd'hui,
l'esplanade de cet endroit prête son cadre à des danses traditionnelles occasionnelles. Nous
voyons ensuite le site archéologique de Kamuihei restauré en 1998 que l'on suppose avoir été
habité par le clan des Puhioho. Ce site rassemble tous les éléments architecturaux de la tribu :
vestiges des plates-formes d'habitation (pae pae), lieux de festivités et de réunion (tohua),
sites religieux (meae), pétroglyphes, fosses alimentaires de stockage et banians (arbre sacré).
L'importance et le nombre de ces structures témoignent de la forte densité de population qui
occupait jadis cette vallé : on estime qu'elle était dix fois supérieure à ce qu'elle est
aujourd'hui.
Jocelyne nous a également fait voir plusieurs magnifiques baies dont la baie Colette et du
Contrôleur et autres dont j'oublie le nom. C'est dans ces baies inhabitées que la série
télévisée américaine ' Survivors' avait été filmée il y a quelques années. Bref, nous avons
passé une journée inoubliable et nous recommandons sans aucune hésitation cette excursion,
voici d'ailleurs l'adresse de courriel de Jocelyne (jocelyne@mail.pf) dont nous afficherons
la photo dans la section remerciements de notre site web. Le lendemain matin, nous quittons
tôt pour nous rendre dans la baie de Taioa. Dans cette baie, nous apercevons des tortues et
de magnifiques raies mantas qui nagent majestueusement, la gueule grande ouverte, en quête de
nourriture. Elles sont suivies de petits requins à pointes noires.
Cette baie de Taioa est aussi appelée (Daniel's Bay) à cause de la famille de Marquisiens qui
vit sur la plage. Aussitôt arrivés à cet endroit, nous mettons le dinghy à l'eau pour nous
rendre dans l'anse d'Hakaui, l'embouchure de la rivière que l'on longe via les sentiers de
la vallée pour aboutir à la cascade de Vaipo, haute de 350 m, soit la troisième plus haute
au monde. Cette vallée était autrefois le fief du roi Te Moana et de la reine Vaekehu. Sur
le sentier empierré menant à la cascade, nous empruntons des tronçons de l'ancienne voie royale
pavée et y trouvons de nombreux vestiges d'une occupation humaine ancienne dont des grottes
funéraires dissimulées dans les parois des falaises et les ruines de ce qui formait autrefois
ces lieux d'habitations, festivités et sacrifices humains. Nous atteignons la cascade après
deux heures et demi de marche, elle se déverse à pic dans une vasque à travers une gouttière
naturelle. La cascade, dissimulée par des contreforts rocheux, n'est toutefois visible que
sur un court tronçon ce qui la rend moins imposante qu'escompté. Nous passons un moment
agréable à y pique-niquer et à regarder les gars se baigner et s'affairer à chasser (sans succès)
les écrevisses. Au cours de cette excursion, nous devons retirer nos chaussures à deux
reprises pour franchir des passages à gué. Nous nous repentirons longtemps d'avoir marché pieds
nus dans ces rivières. Nous en avons encore des souvenirs incrustés dans la plante des pieds.
Grr!!! En effet, le lit de ces rivières regorge de minuscules coquillages, semblables à de
petits escargots dont la carapace tient des pics qui s'infiltrent sous la peau tels des échardes
lorsqu'on marche dessus. Le lendemain, nous décidons d'étirer notre séjour d'une journée dans
cette baie car nous avons rencontré, la veille, un compatriote québécois, Sylvain Caron de
l'Abitibi. Il est seul sur son voilier, un Ketch en bois de 40' appelé 'Inherit the Wind'.
Jacques et René passeront une journée entière sur son bateau (sous l'eau dans le cas de René)
à essayer de l'aider à se réparer un peu. Je laisserai le soin au capt de vous raconter cette
partie.
Le voyage de Sylvain a débuté au Costa Rica et sa traversée vers les Marquises s'annonçait
tout-à-fait normale. Mais après 3 jours en mer, son moteur a lâché et ensuite 3 jours plus
tard l'eau s'est mise à s'infiltrer, à un point tel que lui et son équipier ont dû pomper
l'eau manuellement après une semaine parce que les batteries étaient à terre. Lorsque les
avaries commencent à s'accumuler, il lui est impossible de rebrousser chemin car les courants
l'éloignent de la côte et les vents ne sont pas favorables pour un retour à terre, il pointe
donc vers les Marquises. Il a pris 62 jours pour faire une traversée qui aurait dû lui prendre
un maximum de 30 jours. L'eau rentrait à un point tel que lui et son équipier (qui n'avait
jamais fait de voile de sa vie avant cette traversée!) ont pompé sans arrêt jour et nuit pour
2 minutes à toutes les 10 minutes. Pas besoin de vous dire qu'ils étaient contents de voir la
terre. Pour compliquer le tout, puisque sa traversée a été un peu plus longue que prévue, ils
ont commencé à manquer de nourriture et de propane, mais grâce à des rencontres fortuites et
une rencontre arrangée par un réseau de radio amateur américain, ils ont reçu des vivres tout
à fait gratuitement leur permettant de compléter leur périple. Lors de notre arrivée à Daniel's
Bay, dès que Jacques mets son ancre dans la baie, une annexe l'approche, c'est Sylvain avec son
chien Eddy. Il a vu le drapeau du Québec sur Alexandre IV, Sylvain de dire, de l'aide venu de
plus de 10000 miles nautiques!! Les varangues (morceaux de bois tenant en place les planches
de bois formant la coque de son bateau en bois) sont pourries et lorsque le bateau est sur un
tack, les planches ne tiennent plus en place et l'eau s'infiltre. Nous avons passé la journée
à percer la coque pour installer dans ancrages additionnels afin de solidifier les planches de
bois pour que l'eau cesse de s'infiltrer. Après plus de 8 heures de travail avec beaucoup
d'outils spécialisés que Jacques a à bord d'Alexandre IV, on croit bien qu'il est en position
de pouvoir entamer sa traversée vers le prochain port où il pourra sortir le bateau de l'eau
pour compléter le travail, dans les Tuamotus, une petite traversée de 500 miles nautiques!
Ce fut une journée très exigeante physiquement mais nous pouvons dire que nous avons le
sentiment d'avoir fait notre BA de la journée et de la semaine car franchement sans notre
aide, je ne suis pas sûr de ce qui serait arrivé à Sylvain. Le lendemain en quittant la baie,
nous passons très près de Sylvain pour lui dire au plaisir de se voir dans le prochain ancrage
et il nous salue habillé comme un vrai capitaine de navire!!
Pour terminer notre visite des Marquises, nous nous arrêtons à Ua Pou, à 30 km au sud de Nuku
Hiva. L'île de Ua Pou vaut la peine d'être admirée au soleil levant et couchant pour ses paysages
impressionnants tout en pics, en aiguilles et en monolithes blanchâtres, dont le plus haut
sommet à 4000'. Malgré sa petite taille, elle compte près de 2000 habitants, regroupés pour
l'essentiel dans le petit bourg fleuri d'Hakahau. C'est apparemment le troisième village le plus
populeux des Marquises. Nous y passons 24 heures au cours desquelles Alexandre IV nous invite
à souper sur leur bateau pour déguster la succulente dorade qu'ils ont pêchée ce jour-là. Avant
de quitter le lendemain, les hommes font un dernier réapprovisionnement en eau douce et en
essence puis nous levons l'ancre vers les Tuamotus pour éventuellement retrouver notre Catherine
qui se sauve de nous et nous cache où elle se trouve dans l'espoir de pouvoir vivre à jamais avec
Amanda. Nous avons l'intention de nous arrêter dans les îles du Désappointement que nous
croiserons sur notre route si nous en trouvons les cartes afin de nous assurer une approche
en toute sécurité.
Mercredi 17 juin , Les Marquises
Un petit répit
13 juin 09
Hiva Oa puis Tahuata, Marquises
Après Fatu Hiva, nous nous sommes dirigés vers Hiva Oa, une petite journée de 40 miles
nautiques. Là-bas, nous avons finalement trouvé de l'argent, Ouf!!! Mais si vous
saviez comment ce n'est pas toujours évident de gérer des cartes bancaires et des
cartes de crédit dans des petites îles du Pacifique. Les cartes de crédit à nip ça
fonctionne peut-être très bien à Montréal mais dans les petite îles, c'est une toute
autre histoire. Depuis les trois dernières semaines, ça doit faire au moins quatre
fois qu'on doit appeler les compagnies de crédit. Tantôt on nous bloque notre carte,
tantôt notre nip est désactivé. C'est beau la technologie mais ça fait trois fois
qu'on nous change notre nip depuis un mois. Faire des appels et recevoir des nouveaux
nip par la poste c'est pas ce qu'il y a plus simple en bateau. Parfois quand on nous
annonce que notre carte est désactivée, ça fait monter notre pression un peu, surtout
quand on essaie seulement de payer notre épicerie et que ça fait trois fois qu'on se
fait bloquer dans la même semaine et ce malgré toutes les notes qu'on a fait mettre à
notre dossier! En tout cas, le moins qu'on puisse dire c'est que c'est sécuritaire.
Pas toujours adapté pour les voyageurs mais sécuritaire!
Je disais donc. Hiva Oa. La ville est un peu éloignée du port, 4 km de marche pour s'y
rendre à chaque fois. Le capitaine y a fait son exercice du mois. Tantôt à pied, tantôt
à la course, tantôt à vélo (emprunté). Il s'y est rendu au moins une fois par jour,
pour aller refaire nos réserves d'argent liquide, revenant souvent bredouille quand on
nous bloquait nos cartes*#$!@!!!! Ca fait bien des heures de perdues pour rien dans une
journée quand on est à pied! On a aussi profité de cette escale pour refaire quelques
emplettes, un peu de maintenance dont l'époxy pour remettre le réservoir à eau en place
dans ses gonds. On a également visité l'espace Paul Gauguin et Jacques Brel puis le
cimetière où reposent leurs tombes. Ca nous a fait (à nous et aux enfants) connaître
des artistes que nous connaissions moins bien.
Note du capitaine : Dans la baie à Hiva Oa, on doit mettre une ancre en avant mais également
une en arrière que nous avions pris soin d'aller porter avec l'annexe le soir de notre
arrivée. Toutefois, le 3e matin, au départ du bateau de ravitaillement de l'île vers 05h30
le matin, j'entends un appel sur la VHF de mon ami Jacques m'avisant que mon ancre arrière
a dû lâcher car nous sommes le seul bateau de la baie dans le mauvais sens. Malgré notre
malchance, nous avons été chanceux puisque malgré l'ancre qui a lâché, nous avons de
justesse évité les 2 bateaux en avant de nous. Jacques sur Alexandre IV a mis son annexe
à l'eau et nous avons replacé notre 3e ancre pour remettre le bateau dans le bon sens de
la baie. Le seul hic la-dedans c'est que nous avions maintenant une ancre dans le fond de
l'eau que je n'avais pas l'intention de laisser là!! Le soir venu, nous avons emprunté un
grappin à un bateau français mais après 30 minutes à gratter le fond à la recherche de
notre ancre, nous décidons de nous reprendre le lendemain matin mais en plongeant cette
fois. Le lendemain venu, Dany et moi nous nous sommes jetés à l'eau main dans la main
car malgré le fait qu'il n'y avait que 8 pieds de profond dans la baie, on n'arrivait pas
à y voir plus loin que 3 pouces!!! Malgré ce manque de visibilité, croyez-le ou non, en
moins de 2 minutes en tâtant le fond, nous avons retrouvé l'ancre et la chaine!! Quel
soulagement!!!
Puis nous sommes partis pour Tahuata, anxieux de retrouver le calme et la sérénité d'un
mouillage tranquille et ce fut très réussi. En effet, nous nous sommes retrouvés sur
une plage déserte au sable fin bordée de palmier. Paradisiaque comme décor. Quelle joie
de se baigner dans cette belle eau claire et d'y voir passer d'immenses raies et même
une pieuvre. Un soir nous avons invité Jacques et Josée à venir souper et j'ai sorti mon
Thermomix pour concocter une espèce de ratatouille de légumes d'automne dans une sauce
au lait de coco et cari, servie sur un lit de riz et des cuisses de poulet. Et que dire
du bon gâteau de Josée dont il n'est pas resté la moindre miette! Le lendemain, nous
nous sommes promis un pique nique sur la plage.
Quel bonheur d'enfin prendre un peu de temps pour soi. On va tellement vite à essayer de
tout voir, tout faire et aller partout que parfois on a l'impression de toujours courir
mais dans ce petit coin de paradis on s'est gâtés un peu. On a sorti les hamacs, je me
suis offert des petites séances de yoga au réveil le matin pendant que le capt mangeait
son pamplemousse au soleil. Enfin on a ressorti nos maillots de bain, le soleil chaud
d'été est de retour et nous avons commencé à reprendre les couleurs perdues après les
Galapagos.
Notre pique nique a été tout-à-fait merveilleux. On s'est rendus sur la plage pour y
faire un feu avec du bois et des feuilles de palmier. Nous avions apporté saucisses et
guimauves et j'avais fait de la banique que nous avons fait cuire enroulée sur un bâton
(comme la famille de René faisait au chalet à Galix). Nous avons passé un après-midi
de rêve et nous avions des amis sur la plage, soit des cochons abandonnés affamés qui
creusaient le sable de leur nez à la recherche de crabes. Voyant cela, René leur a
ouvert des noix de cocos qu'ils n'ont pas tardé à avaler d'une traite.
Notre Catherine de son côté semble des plus heureuses sur Lucey Blue. Amanda et elle
ses sont fait deux nouvelles amies et elles multiplient les 'sleep over' chez l'une et
chez l'autre. Un soir elles ont même dormi dans une tente sur une plage. Elle file le
parfait bonheur, et ne semble pas s'ennuyer une miette. Elle est comme sur un camp de
vacances et ce qui est bien c'est que ses amies parlent toutes anglais alors elle est en
quelque sorte, sur une immersion en anglais. Sur ce je dois déjà y aller car on arrive
sous peu à Nuku Hiva, le chef lieu des Marquises, après une navigation de 80 miles
nautiques.
Vendredi 05 juin , Les Marquises
04 juin 09
Fatu Hiva, Baie des Vierges, Marquises
Les îles Marquises forment un archipel de la Polynésie française. L'archipel est situé
au milieu du Pacifique, au nord-est des îles Tuamotu. Les dix îles Marquises ont une
superficie totale de 1274 km2 pour une population totale estimée à tout près de 8000
habitants. Le groupe nord-ouest comprend Nuku Hiva, UA Huka et Ua Pou; le groupe
sud-est comprend Hiva Oa, Fatu Hiva et Tahuata. Taiohae, le chef-lieu, se trouve sur
Nuku Hiva. D'origine volcanique, culminant à plus de 1000 m d'altitude, les îles
Marquises sont montagneuses et très fertiles avec des noix de coco, du tabac et des
arbres à pain. Hiva Oa abrite, en autre, la tombe du peintre Paul Gauguin et du
chanteur Jacques Brel tout juste à ses côtés. Abordées pour la première fois par un
Européen en 1595, les îles Marquises furent ensuite touchées par James Cook en 1775,
puis annexées par la France en 1842 par Dupetit-Thouars. Elles furent incluses dans
les Territoires français de l'Océanie en 1880 puis dans la Polynésie française en 1958.
La pluviosité est très variable d'une île à l'autre et d'une année à l'autre également.
La température est modérée par les alizés. Les côtes sur le vent sont beaucoup plus
arrosées que les côtes sous le vent, plus sèches et plus inhospitalières. La grande
distance qui sépare les îles du continent est à l'origine des principales caractéristiques
de l'écosystème. Celui-ci a souffert des activités humaines et de l'introduction
d'espèces étrangères. La faune marine est riche, la faune terrestre est nettement
plus pauvre : oiseaux, insectes (papillons, araignées, mille-pattes). L'homme a également
introduit des chiens, des cerfs puis des chevaux, des chèvres, des ovins ainsi que les
rats, les moustiques et les scorpions. La flore est variée et originale dûe à la très
grande fertilité des sols volcaniques. Les arbres fruitiers (mangue, citron, pamplemousse,
orange, mandarine, noni, papaye, banane et plantain) sont omniprésents, les fleurs,
surtout les hibiscus sont partout, c'est beau et l'odeur est particulière, légère et
parfumée.
Les îles Marquises étaient autrefois un centre important de la civilisation polynésienne
orientale (les Hawaii ont vraisemblablement été peuplées à partir des Marquises, comme
le démontre la parenté de la langue avec le marquisien). Aujourd'hui la culture
marquisienne est un mélange de culture originelle, tahitienne et française. Bien que la
pratique du tatouage soit présente dans l'ensemble de la Polynésie, cet art a atteint son
sommet aux Marquises. Les hommes se tatouaient totalement de la tête aux pieds,
essentiellement dans un but guerrier. Les motifs typiquement marquisiens sont aujourd'hui
recopiés dans le monde entier.
Faits divers : Le chanteur Jacques Brel résida aux Marquises à partir de 1974. Il y composa
son dernier disque : Les Marquises. Le peintre Paul Gauguin a également résidé sur cette île
à partir de 1901. Il profita de son séjour pour défendre les droits des indigènes. Influencé
par l'environnement tropical et la culture polynésienne, son oeuvre s'épanouit, il réalise
des sculptures sur bois et peint ses plus beaux tableaux. Il est enterré dans le cimetière
d'Atuona. La tombe de Jacques Brel côtoie la sienne. Finalement, Nuku Hiva servit en 2001 de
tournage à l'émission américaine de télé réalité Survivor (bien que la population marquisienne
ne fût pas consultée).
Fatu Hiva, là où nous nous trouvons, est l'île isolée la plus au sud, qui n'est accessible
que par bateau et compte moins de 300 habitants. C'est une île très arrosée à la végétation
exubérante, qui dit-on, abrite l'un des plus beaux sites du monde, soit la Baie des Vierges.
Cette magnifique baie, autrefois appelée 'Baie des Verges' fut rebaptisée 'Baie des Vierges'
par les missionnaires qui ne prisaient apparemment pas beaucoup le terme Verges. Je dois dire
que c'est effectivement très impressionnant comme paysage. Ce sont des hauts pics escarpés
verdoyants parsemés de très hauts palmiers. Après notre arrivée à Fatu Hiva, que nous avons
atteint vers 21h30 PM, nous avons vu apparaître Lucey Blue vers 08h00 AM le lendemain matin,
au plus grand bonheur de Catherine et Amanda. Nous avons tous déjeûné et dîné ensemble sur
Cat Mousses, nous en avions long à nous raconter. Puis nous sommes partis à terre pour
explorer l'île un peu. Après souper nous sommes retournés à terre pour aller voir une
pratique de danse traditionnelle polynésienne en vue de leurs spectacles et compétitions
du 14 juillet prochain. Impressionnant le déhanchement incessant de ces dames. Tout un
exercice!! Rien à voir avec nos danses du ventre. Le lendemain matin le Capt fait des
échanges de bons principes et siphonne nos réservoirs à diésel (nous en avons suffisamment
pour nous le permettre) pour remettre des bidons de diésel à Buc de Lucey Blue en échange
de bidons d'eau des désalinateurs d'Alexandre IV et Lucey Blue. Vive le troc! En PM nous
partons en expédition de trekking vers la chute de l'île, expédition au cours de laquelle
nous avons rencontré nos premiers nonos, ces minuscules mouches noires ou blanches dont la
morsure est douloureuse. Nous terminons la journée par un souper chez une femme locale
qui sert des mets traditionnels dans sa maison. Nous avons eu droit à un excellent souper
composé de poulet sauce aux champignons, poisson genre Ceviche dans un lait de coco, riz,
plantain frit et bouilli, salade de papaye verte vinaigrée, citronnade et pamplemousses
pour le dessert. Nous étions 8 adultes et 6 enfants avec Régis et Jeanne du bateau XE
tout juste arrivé cet après-midi là de l'île de Pâques. Nous avons passé un bon moment et
avions pris le soin de nous apporter du vin, ce fut donc un souper fort agréable passé en
bonne compagnie.
Les gens des Marquises sont bien aimables et le troc, très populaire ici, prévaut au-dessus
de tout comme principale monnaie d'échange. Le capitaine a d'ailleurs fait l'acquisition
d'un masque moyennant trois petits (mickeys) de Whisky et comme nous quittons dans quelques
heures, il est parti à terre ce matin pour tenter d'échanger un tapa (peinture sur genre
de papier de palmier, aux motifs d'encre noire évoquant ni plus ni moins des espèces de
tatouages polynésiens). Il avait dans son sac une veste de sauvetage de bébé, des patins
à roues alignées, une bouteille de vin et un hameçon, voyons voir comment il s'en sortira.
Les gens ici nous ont demandé des lampes frontales, des défenses, rouge à lèvres, barrettes,
boucles d'oreilles, alcool, balles de fusil calibre .22 et autre. Finalement le capt
reviendra triomphant avec son tapa qu'il aura eu en échange d'un hameçon 'Heavy Duty'
provenant d'Australie (merci Luc). Le troc c'est pratique quand on a plus une cent dans
nos poches.
En effet, depuis les Gambiers on vit aux crochets de nos amis et disons qu'on a quelques
dettes envers Jacques et Josée d'Alexande IV ainsi que Lucey Blue. Nous nous dirigeons
actuellement vers Hiva Oa que nous devrions atteindre avant la noirceur. Nous espérons
que nous pourrons enfin avoir accès à un peu de financement car depuis Pitcairn nous sommes
en manque sérieux. Trouvera-t-on enfin accès à un guichet automatique? Disons que nos
réserves de nourriture baissent vite mais nous avons encore du stock pour nous tenir des
mois durant advenant un cas de force majeure. Nous sommes bas dans nos réserves, mais je
n'ai pas encore touché le fond de ma réserve de Coke Diet. Fiou!
Pour terminer, nous ne sommes plus que cinq sur Cat Mousses, en effet nous avons perdu un
membre de l'équipage pour les trois prochaines semaines environ, le temps de retrouver
Lucey Blue quelque part dans les Tuamotu. Mais qui peut bien être ce membre d'équipage
en moins? Catherine bien sûr, depuis leurs retrouvailles, Amanda et elle échafaudent les
plans les plus diaboliques et formulent leurs demandes incessantes de toutes les façons
possibles et imaginables pour convaincre les parents de les laisser ensemble quelque temps.
Ainsi notre Catherine nous a quitté ce matin, sous la pluie battante, radieuse comme un
soleil, pour aller se joindre à l'équipage de Lucey Blue. Elle est partie avec quelques
livres de mathématiques, bien résolue à tenir sa promesse de maîtriser, sur le bout de
ses doigts, ses fameuses tables de mathématiques qu'elle aime toujours autant apprendre.
Elle semblait fort motivée. Elle les connait déjà passablement bien de toute façon.
Un peu de pratique et une confiance en soi accrue l'aideront à passer au travers.
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