Autour du monde avec ...

 
 

Journal de bord
Juin 2011

 

Mercredi 22 juin ,  Atoll de Woleai, Yap en Micronésie



 

 

Récit 176 - Encore de nouvelles découvertes

Bon et bien me revoici.  Je dois dire pour commencer que j'ai l'impression de me

réveiller d'un rêve.  Je suis comme sur un nuage et je dois me pincer pour vérifier

que je suis bien éveillée.  Alors que nous avions tendance à commencer à croire

que c'est un peu du pareil au même d'une île à une autre, alors que nous pensions

avoir pas mal tout vu, puisqu'une île c'est une île et que ça se ressemble tout

un peu en bout de ligne... et bien nous avions tort.  Nous sommes atterris cette

semaine, sur une autre planète, un endroit, ou plutôt une ambiance, dont on ne

soupçonnait pas l'existence. Tout ceci me semble encore très irréel. Nous venons

tout juste de reprendre la mer vers Yap pour un autre 360 miles nautiques (3-4 jours),

avec un membre d'équipage en plus, Sam, un jeune Américain de 24 ans, rencontrés

sur l'île, que nous ramenons sur le continent à Yap, où il doit attraper un vol

d'avion.  Sam vient de compléter un an à faire de l'enseignement bénévole dans

l'école secondaire du village de cette île que nous venons de quitter. Il y a

maintenant deux mois qu'il attend le cargo de réapprovisionnement, mais comme

celui-ci ne cessait d'être retardé, il a pris la chance de venir avec nous.  Il

semble pour l'instant, un peu incommodé par le mal de mer mais il va s'en remettre. 

Il est 23h00, il a été malade quelques fois mais il dort sur un coussin dehors

alors que je suis de garde.  Alors par où commencer pour vous décrire ce que nous

venons de vivre??

Nous venons de faire notre premier arrêt de quatre jours dans l'état de Yap, l'un

des quatre états fédérés de la Micronésie.  Dimanche dernier, alors que nous étions

encore à 3 ou 4 jours de notre destination finale, nous nous battions contre des

vents venant anormalement de l'ouest pour cette période de l'année. Le capitaine à

son réveil, n'a pu résister plus longtemps à la tentation.  Voyant la terre pour

la première fois après une semaine complète de navigation, il changé de cap pour

rallier l'atoll de Woleai. On dit de Yap que c'est le district le plus traditionnel

de tous les états de la Micronésie, et que dire de cet atoll de Woleai d'environ

22 petits ilôts dont 5 îles habitées, totalisant environ 850 personnes. 

On dit qu'il n'y a pas d'endroit plus traditionnel à Yap.  Nous étions un peu sceptiques

à ce sujet mais nous avons été agréablement surpris de constater que le livre disait,

on ne peut plus vrai.  Nous sommes arrivés de nuit vers 21h00, n'utilisant pour tout

instrument que le radar, nos yeux et nos oreilles pour éviter le récif car les cartes

marines sont complètement décalées de la réalité. Encore une fois le capitaine, est

certain, en pénétrant ce lagon de noirceur, d'avoir vieilli d'un autre dix ans. 

Pauvre de lui... on pourra dire qu'il est pas mal 'game' notre capitaine de s'aventurer

dans de telles entreprises. Finalement, l'arrivée s'est très bien déroulée et nous

étions tous fort heureux de pouvoir aller nous coucher dans notre lit pour une vraie

nuit de sommeil, le capt et moi plus spécialement.

Le lendemain matin, nous étions bien curieux de voir ce que nous allions découvrir sur

l'île et nous n'avons pas été déçus. L'influence occidentale ne s'est pas encore fait

ressentir dans ce coin-ci du monde, qui est demeuré des plus traditionnels et qu'on ne

voulait plus quitter.  Les premières pirogues aperçues, à distance, étaient déjà

différentes de toutes celles vues auparavant. Contrairement à toutes les îles visitées

dans les derniers deux ans et demi, personne n'est venu à notre rencontre.  Ils nous

envoyaient bien sûr la main, mais personne ne s'est jamais approché (le chef du village

l'interdit). Il y avait, à notre plus grande surprise, un autre bateau dans la baie, un

Belge en plus. Marc, navigant en solo sur son voilier 'Gannett', venait lui aussi

d'arriver et n'avait pas encore mis le pied sur l'île. Puis, Sam, le jeune bénévole

américain, nous a contacté sur la radio pour nous inviter à venir rencontrer le chef à

terre en PM.






On nous a accueilli avec des colliers de fleurs, et ce à chaque fois que nous avons mis

le pied sur l'île.  La culture est ici très différente de tout ce que nous avons rencontré

jusqu'à maintenant. Le chef de cette île de 400 habitants interdit formellement tout

vêtement occidental tel que t-shirt, short ou casquette aux habitants de l'île. Les

habitants de Yap appelés Yapese, sont, plus que tout autre Micronésien, intouchés dans

leur culture et traditions par l'influence occidentale. Les hommes sont vêtus d'un vêtement

appelé 'thu' (un bout de matériel porté comme une jupe-culotte enveloppée autour de la

taille et porté de différentes façons tout dépendant de l'âge).  Pour les jeunes garçons

et le chef, les fesses ne sont pas couvertes alors qu'elles le sont à partir d'environ

16-18 ans. 




Les femmes elles, évoluent seins nus et portent le lava-lava, (un bout de

tissu, tissé à la main par les femmes du village) ou encore une jupe de fibres séchées

d'hibiscus et bananiers.  On m'en a d'ailleurs offert deux au cours de ma visite et je

ne porte que ça depuis.  Bien que je doive quand même me couvrir la poitrine, c'est le

grand confort. René et Hugo se sont pourvus d'un thu qu'ils portaient allègrement à

chacune de leurs visites sur l'île. 

Les traits physiques des locaux sont assez asiatiques, soit un mélange qui semble provenir

des Philippine, Palau et Indonésie. Les femmes de cette société sont contraintes à un

rôle de servantes si on peut le dire ainsi.  Comme dans le régime matriarcal, elles

travaillent comme des abeilles, mais elles ne sont jamais admises dans le monde des hommes. 

Alors que les hommes sortent pêcher et passent leurs journées à socialiser, elles sont

confinées à la maison ou au jardin et passent leurs journées à cuisiner, jardiner et

tisser dans le peu de temps qu'il leur reste. Les repas des hommes sont préparés et

consommés à part de celui des femmes et enfants.  Elles mènent leur petite vie parallèle

au monde des hommes mais ne semblent pas trop s'en plaindre.





Suite à notre rencontre avec le chef du village, on nous a invité à venir sur l'île vers

18h00 le premier soir.  Quelle ne fut pas notre surprise de trouver tout le village

rassemblé à nous attendre.  Les femmes nous offraient des chants de bienvenus et des

colliers de fleurs.  Puis on nous a emmené, les enfants et moi, à la maison de Mina

pour qu'on laisse les hommes seuls à leur affaire.

Chaque soir, les hommes se rassemblent pour le 'drinking circle' pour consommer le

faluba (alcool fabriqué à partir du tuba, liquide provenant de l'arbre de cocotier). 

On ne peut pas dire que nos trois amis (René, Hugo et Marc du bateau belge) raffolaient

de ce liquide mais quand même, ils étaient toujours de la partie, question bien sûr,

de s'intégrer pleinement. Ces cérémonies (apparemment de planification...) étaient bien

sûr combinées du fameux mâchage du betelnut aussi accompagné de tabac.  Nos trois

mousquetaires, bien qu'ils ne sont pas allés jusqu'à mâcher, faisaient quand même un

bel effort de guerre dans la session de 'drinking'.  Afin de se donner une petite

chance, ils trichaient un peu et apportaient une petite contribution de nos réserves

d'alcool de fonds de cales, question de changer le goût du faluba un  peu... au plus

grand plaisir des locaux qui ne semblaient pas se plaindre de ces petites contributions. 

Hugo m'a bien fait rire en disant qu'il se sentait un peu, (assis dans ce cercle chaque

soir), comme s'il participait à une soirée d'Alcooliques Anonymes. Il avait juste envie

de se lever debout pour se présenter et annoncer qu'il avait décidé de cesser de boire

mais il ne l'a pas fait et, comme un véritable MALE, il a bu sa part à chaque soir.

Un soir, René avait apporté l'Atlas ainsi que livre sur le Canada et la ville de Québec

au 'drinking circle'. Les locaux ont bien apprécié cet échange.

Les Américains semblent injecter à chaque année un certain montant compensatoire,

peut-être en guise de réparation pour les années de guerre et dommages qui s'en sont

suivis.








Nous avons d'ailleurs pu visiter l'ancienne piste d'atterrissage,  abandonnée

depuis 7 ans, des bunkers, véhicules à chenille, armements, un monument, un avion et

autres vestiges surtout japonais mais aussi américains de la deuxième guerre mondiale. 

Toujours est-il que grâce à ces dons, l'île est équipée d'une génératrice et du 110

volts pour s'éclairer dans les maisons le soir. Je parle de ceci car, pendant les

sessions de planification stratégique des hommes 'drinking circle', les enfants et

moi rejoignons les femmes dans leur petite case ou maison traditionnelle, une grande

pièce sans meuble où on se rassemble sur une natte tressée, à même le sol. Comme ils

avaient l'électricité, nous apportions le lap top et des films. Chaque soir nous

apportions de nouvelles surprises... pop corn, peanuts, biscuits, jus et autre. 

Un soir j'ai apporté, en catimini, du petit vin rosé.  Les femmes m'avaient expliqué,

dans leur meilleur anglais, qu'elles n'avaient pas le droit de boire ou plutôt, pas

accès à l'alcool. J'ai donc tenté le tout pour le tout en apportant mon petit jus

spécial qu'elles ont bien apprécié.  Je n'en ai apporté qu'une seule fois mais elles

auraient bien aimé qu'on reste plus longtemps car elles appréciaient pas mal ces

petites soirées.  Le dernier soir, les enfants et moi avons apporté des guimauves. 

On s'est fait un petit feu au centre de leur cour et nous les avons initiés à l'art

de griller des guimauves sur le feu.  Ils (femmes et enfants) ont adoré, nous avons

eu un plaisir fou.  Certains hommes, attirés par le bruit ont même quitté le

'drinking cercle' pour venir fouiner et essayer nos guimauves.  Franchement c'était

magique.  

Chaque jour ils nous faisaient goûter leurs plats et nous leurs faisions connaître

des gâteries.  Les jeunes filles nous tressaient les cheveux à Catherine et moi. 

Elles nous fabriquaient de magnifiques colliers de fleurs. Catherine leur peignait

les ongles et leur a aussi offert divers vernis à ongles.  Malgré la barrière de la

langue, car les jeunes parlent très peu l'anglais, les garçons s'amusaient beaucoup

de leur côté aussi. Mes fils m'ont beaucoup impressionnée en montrant aux locaux à

jouer à la patate chaude avec une pierre qu'ils chauffaient sur le feu.  Je ne sais

pas où ils ont pêché cette idée mais les locaux ont trouvé ça bien drôle.  Ils se

sont aussi sculpté des couteaux, des arcs, des flèches, des arbalètes et autres. 

Franchement, je le redis, c'était magique!

Normalement, nous mettons quelques jours à connecter avec les locaux mais ici nous

avons été accueillis à bras ouverts et Sam a grandement facilité cette connexion. 

Grâce à lui, nous avons vécu des moments très intenses car, puisqu'il quittait cette

île sur laquelle il venait de passer un an, les habitants du village lui ont préparé


une petite cérémonie de départ.  Les femmes et les filles avaient préparé une multitude

de colliers de fleurs et chantaient alors qu'on nous enduisait le torse de poudre

jaune (épice de turméric). Nous sommes repartis de là, le bateau chargé d'une tonne

de bananes, de noix de coco, breadfruit et autre.  On nous demande souvent quels

furent nos plus gros coups de coeur depuis notre départ du Canada.  Franchement je

pense que cette petite escale de 4 jours se retrouve maintenant en tête de liste.

Merci infiniment à Kirk de Gallivanter de nous avoir parlé de cet endroit, c'est

grâce à lui que nous avons mis Yap sur notre liste de destinations cette année.

Côté pêche, nous avons pêché deux superbes thons jaunes la semaine dernière et un

autre plus petit ce soir. Un matin au cours de notre séjour, René et les garçons

sont allés faire la chasse aux crabes de terres et crabes de cocotiers avec les

locaux sur une île avoisinante.  Les garçons ont vite pris la 'twist' et sont

revenus avec un sac plein, soit 20-30 crabes. 




Hugo nous a préparé des frites avec les patates et le breadfruit alors nous
avons eu tout un festin pour dîner. C'est pas mal ce qui résume nos toutes
dernières aventures.  Plus à suivre sur le continent principal de Yap que
nous devrions atteindre d'ici 2 ou 3 jours.


Dimanche 12 juin ,  Manus, Papouasie Nouvelle-Guinée



 

Récit  175- Hmmm!  De l'opposum!
Nous sommes dimanche matin, jour de pause d'école, tous sont partis à terre et

je suis restée au bateau avec Thomas. Basé sur mon expérience d'hier, ça m'inquiète

un peu de savoir René au marché ? je m'explique.  Hier, René est parti tôt pour

le marché, question de voir s'il pourrait y faire des trouvailles?  Il eut tôt

fait de revenir, brandissant d'un air triomphant sa trouvaille du jour.  Quand je

suis allée le chercher avec l'annexe, je lui ai demandé si c'était le sac de

poubelles qui sentait fort comme ça? Il s'est contenté de sourire.  De retour au

bateau, il s'est mis à déballer ses achats.  Aux cris et éclats de rire des

enfants, je me suis empressée d'accourir pour voir ce qu'il en était. J'avais

planifié, comme menu ce jour-là, un repas composé de soupe Won Ton et de rouleaux

de printemps que je devais préparer en après-midi.  Malheureusement, je n'avais

pas imaginé les achats que René ferait.  On a pensé qu'il nous avait rapporté du

crocodile, de la tortue, du requin, du singe, je ne sais pas? Mais non, comme il

l'avait prédit, nous n'arrivions pas à deviner ce qu'il avait bien pu acheter. 

Finalement il s'est avéré que son achat du jour était nul autre que de l'opposum! 

Wouach!  Il fallait lui voir le tête à cette bibitte et pour employer les termes

d'Hugo, de s'écrier :  'Ha!  mais c'est qu'elle sent bien fort ta bête René!'

(Note d'Hugo : Dany a beau parler, mais elle pourra le confirmer, elle était

pratiquement en train de s'évanouir sur le patin dû à l'odeur de l'animal. 

Catherine, elle,  refusait de poser avec l'animal.)   Avec des bâtons de bois, la

bebête avait été déployée tout en largeur, ouverte sur la longueur, éviscérée puis

fumée.  Quel arôme!  Et comme si ce n'était pas suffisant, René avait aussi acheté

des brochettes de crustacés quelconques, extirpés de leur coquillage et embrochés

avant d'être fumés.  Et pour finir, il avait aussi acheté une belle grosse pieuvre

fumée? Vous dire comment ça sentait le fumé dans le bateau!

Je ne veux pas partir de fausse rumeur mais avec tout le temps qu'Hugo a passé enfermé

dans la salle de bain, on s'est demandé si la toilette n'était pas devenu l'oasis de

paix du bateau. (Note d'Hugo : on n'a même plus le droit de soulager un besoin

maintenant? J'y ai passé peut-être cinq minutes à tout casser.)   Non mais si la

toilette est l'endroit du bateau où ça sent le meilleur, on n'est pas sortis du bois. 

A toi ma chère Anne (Hortense pour les intimes), de sincères remerciements car je

me suis alors rappelé un de tes cadeaux, tu sais la bougie odorante 'Party Lite' offerte

il y a trois ans.  Ha!  Quel soulagement pour les narines!  On pourra dire que tu as

le chic pour trouver le cadeau parfait toi!




Vous pourrez voir une photo de la fameuse 'Bête' comme l'a gentiment surnommée Hugo. 

J'ai ensuite entrepris de faire des recherches extensives dans tous mes livres de

recettes exotiques des îles.  J'y ai trouvé des recettes de sanglier, de tortue,

soupe de queues de kangourou, roussette (chauve-souris), oiseau de mer et autre mais

les recettes d'opposum restaient introuvables.  Alors, sur les conseils, des locaux,

René a bouilli sa bête à la cocotte minute.  Les enfants, qui tentaient de faire les

classes, étaient très impressionnés de l'odeur!  Il fallait voir la tête de la bête

quand René a soulevé le couvercle  du presto une fois la cuisson terminée!  Elle était

toute rabougrie, les yeux sortis de la tête!  On a tellement hâte d'y goûter! 

C'est bizarre mais pour le repas du dîner, ce jour-là, Hugo a déclaré qu'il pensait

se convertir au végétalisme (pas de produits laitiers, lait, beurre, crème, fromage,

yogourt et oeufs, mais en plus pas de viande, gibier, poisson, fruits de mer,  ou autre). 

J'ignore si c'est le fait qu'il devienne de plus en plus difficile, à faire sa fine

bouche sur tout, mais plus ça va, plus il mange léger ce cher Hugo!  Nous avions pourtant

un repas du midi très élaboré!  Thon fumé et mariné, pieuvre fumée et marinée, crustacés

de coquillages fumés et sautés dans le beurre à l'ail, pain, crackers et fromage affiné

farci aux fruits et noix?  Il n'a pas mangé fort ce midi-là!!  Il dit qu'il fait la

'bisance'  je crois? c'est-à-dire qu'il jeûne par respect pour les Papous qui n'ont rien

à manger. (Note d'Hugo : J'ai quand même mangé du pain, du fromage, donc je ne fais pas,

ma fine bouche ;-), de ce fait je peux perdre mes quelques kilos superflus, je ne serai

donc plus surnommé le gros du bateau par Nicolas et Thomas, même si certains locaux

appellent ces derniers comme cela. )   Quel grand coeur il a ce Hugo de jeûner ainsi! 

Pour le dessert Nicolas nous a proposé de l'opposum au sirop d'érable mais je n'ai pas

eu le temps de le préparer. Dommage!!!  On s'est contenté de mes muffins à l'ananas.

En tout cas, tout ça pour dire, qu'on n'a toujours pas goûté notre opposum qui attend

sagement dans le frigo qu'on daigne bien vouloir le mettre sur la table.  René n'est

toujours pas revenu du marché, ce n'est pas bon signe!  Que nous rapportera-t-il comme

surprise aujourd'hui?

En attendant, je vous parlerai un peu de Manus,  cette île d'origine volcanique qui fait

partie de la province du même nom, au nord de la Papouasie.  D'une superficie de 2 100 km²,

c'est la plus grosse de toutes les îles de l'Amirauté, et sa population se chiffrait à

43 000 habitants en 2000.  La capitale de la province de Manus est Lorengau.  Un pont relie

Los Negros (près d'où se trouve l'aéroport Momote de Manus)  à la capitale de Lorengau.  

Le mouillage où l'on se trouve est l'endroit précis où siégait une flotte de navires

japonais lors de la deuxième guerre mondiale.  Mentionnons qu'en 1942, Manus était un site

d'observation militaire pour une section militaire australienne, en échange de quoi des

services médicaux étaient offerts aux habitants locaux.  Le 25 janvier 1942, les Japonais

ont fait une première attaque sur Manus, puis ils sont revenus par bateau dans le port de

Lorengau, avec des centaines de militaires japonais, plus tard en avril de la même année. 

Devant cette invasion, les Australiens ont battu en retraite, s'enfuyant dans la jungle et

plus tard cette année-là, les Japonais ont établi une base militaire sur Manus qui allait

être attaquée par les Américains en 1944.  On voit encore plusieurs vestiges, d'équipements

militaires japonais un peu partout dans le coin et plusieurs épaves demeurent. 

Revenons à nos moutons?

Finalement, René est revenu du marché avec de nouveaux amis rencontrés la veille, soit Willie,

Lucy et leurs enfants : Anthony, Mary and Wilkinson.  Lors de cette visite au marché,  René

et les enfants ont vu un opposum vivant  pour 20 Kinas, soit environ 7$.  En passant, ce

que j'ai pris à tort pour un opposum, est en fait appelé cuscus ou Kapul en langue pijienne. 

C'est plus ou moins un espèce de furet à la queue entortillée comme un opposum.  Ils ont aussi

vu une énorme tortue vivante à vendre.  Hugo aurait bien voulu acheter ces animaux pour

pouvoir leur rendre leur liberté.  Ainsi, la troupe des joyeux lurons est revenue du marché

avec quelques fruits et légumes, dont un énorme, mais je dis? ÉNORME sac rempli de caramboles

offertes par Willie et sa femme. 







Elle est professeur pour les classes élémentaires préparatoire,

1ière et 2ième alors que Willie reste à la maison pour prendre soin de leurs deux plus jeunes. 

Il fabrique aussi des colliers qu'il vend.  René et les enfants lui en ont achetés plusieurs

dont un magnifique collier très typique de  Manus, seul endroit où on trouve les 'Emerald

Green Snails' (des espèces d'escargots vert lime utilisés pour la confection de bijoux).

Ils nous ont aussi offerts des bananes et des objets d'art local (des sacs tissés aux couleurs

vives).  Devant autant de gentillesses et voyant que nous avions affaire à de très honnêtes

gens, nous les avons ramenés au bateau en guise de reconnaissance et Hugo a aussi offert

une de ses chemises à Willie qui semblait bien heureux..  Ils étaient vraiment intéressants

à jaser et nous aurions passer toute la journée avec eux mais René avait d'autres plans en

tête.  Ainsi le reste de la PM a été consacré aux activités suivantes :  monter dans le mât

pour travailler sur l'éolienne et aussi jouer dans les cales moteur pour René et Nicolas, 

pendant que Catherine, Hugo et moi plongions pour frotter la coque.  Le capitaine a eu beau

tout essayer pour réanimer le moteur défectueux, il semble que le problème relèverait

possiblement des injecteurs, il faudra donc faire avec un seul moteur pour quelques temps.

Thomas et Antoine, eux, étaient sur une île avoisinante car des locaux sont venus les chercher

pour les amener jouer à terre sur la plage. Thomas jouissait d'une popularité peu commune

à Manus.  Chaque jour, tout plein de jeunes venaient en pirogue pour demander à voir Thomas

qui, flatté, se prêtait volontiers à leurs jeux.  Ils semblaient bien rire ensemble, c'était

beau de voir leur complicité. 

Après 30 jours dans le pays, nous avons complété les procédures de sortie ce matin et avons

pris la mer peu avant dîner.  Une jeune fille de 22 ans rencontrée hier sur la plage, est

venue nous saluer avant notre départ, nous apportant, sacs tissés, colliers et hameçons

provenant du magasin Papindo où elle travaille.  René avait fait, sans succès,  trois

endroits pour trouver ces hameçons ce matin et elle, nous arrivait avec précisément ce

qu'on cherchait.  Elle avait remarqué, sur la plage hier, notre curiosité et intérêt pour

ces hameçons  et s'était promis de nous en apporter.  Elle est venue avec son frère nous

remettre toutes ces choses.  Nous ne pouvions la laisser partir ainsi, alors nous les avons

invités à bord et leur avons remis quelques cadeaux et un peu d'argent.  

Franchement, il est vrai que ces îles du nord sont uniques en Papouasie.  Il nous  a pris

quelques jours pour briser la barrière de la timidité mais de plus en plus, les gens venaient

à nous.  Ils viennent juste pour nous saluer, pour parler ou autre, et rarement pour faire

des échanges.  Ils n'en ont pas besoin car il y a ici quelques petits magasins et ils

ne semblent manquer de rien.  Quand ils nous apportent des choses ce n'est pas dans le but

de faire des échanges, ils nous l'offrent tout simplement par gentillesse, n'attendant rien

en retour.  

Le mot a dû se passer dans le village car plusieurs sont venus nous saluer ce matin avant

qu'on quitte, dont les nouveaux amis de Thomas.  Je ne mentirais pas en disant que certains

de ces garçons étaient âgés d'au moins 20 ans.  Nous quittons la Papouasie enchantés de

notre expérience.  Nous avons forgé de nouvelles connaissances, découvert de nouvelles

choses, de nouveaux fruits, de nouveaux mets.  Parlant de mets? on n'a pas encore goûté

notre cuscau (opposum).  C'est qu'hier soir René est revenu avec 6 seiches (squids)

offertes par un local à la plage.  Encore une de ses trouvailles!  Il faut être flexible

pour être cuisinière sur Cat Mousses!   Nicolas, nous a donc nettoyé, découpé, assaisonné

et cuit les seiches et finalement,  je me suis dit qu'on n'allait pas trop mélanger de

goûts pour le souper alors j'ai remis le cuscus pour un autre souper.  Je ne veux pas

traumatiser Hugo non plus, une spécialité locale par repas me semble suffisante, si on

veut qu'il mange un tant soit peu (Note d'Hugo : je suis assez déçu, car je voulais

goûter au cuscus, qui goûterait apparemment un peu comme le porc, mais nous remettrons

ça à un autre soir.). Bullshit Hugo, de répondre Dany!  Mais farce à part, je n'avais

moi-même, pas trop le coeur à l'opposum hier soir.  Ce soir, toutefois,  je n'aurai

plus le choix, un bon riz à l'opposum, en mer en plus.  Je l'ai mariné à la sauce Satay

question de camoufler la bête un peu.  (Note après coup :  Non franchement, on a fait

tout un plat avec cette histoire de cuscus, mais le goût et la texture de la viande est

bien bon, quoique l'odeur du fumé soit un peu prononcée par contre.)

Prochaine destination, Yap en Micronésie, dans huit jours.  La mer est calme, le vent très

léger, pratiquement inexistant.  On a eu beau attendre plusieurs jours,  rien ne se

présentait au radar.  Nous sommes donc partis, mûrs pour de nouveaux horizons.  Dans ce

coin, si près de l'équateur, les vents se font rares.  Nous traverserons la ligne de

l'équateur demain soir, une autre raison pour célébrer.   Peut-être finirons-nous par

rencontrer d'autres bateaux prochainement.  Hormis quelques baleines et dauphins ici

et là,  le seul et unique voilier rencontré a été à Rabaul.  Nous n'avons pas rencontré

un seul autre navigateur depuis l'Australie, il y a près de 6 semaines déjà.  Les enfants

ont bien hâte de rencontrer des amis de bateau.

Pour terminer, il y a longtemps que nous n'avons pas envoyé de cartes postales.  J'aurais

bien voulu pouvoir en trouver en Papouasie mais il faut croire que nous n'avons pas

exactement été dans les coins les plus touristiques du pays.  Nous avons préféré demeurer 

loin des grands centres pour prendre le pouls réel de la culture de ce pays et franchement,

ce fut réussi.
Mardi 07 juin , En navigation vers Manus, Papouasie Nouvelle-Guinée



 

<pre>Récit  174- Rabaul et son volcan


Nous avons bien apprécié notre passage à Rabaul.  Nous étions installés devant
le 'yacht club' de l'endroit et avons connu un autre bateau venu des Philippines
et naviguant vers l'Australie.  Les membres de cet équipage, étant extrêmement
connaissants des endroits que nous allons visiter cette année, nous ont fourni
de l'information très précieuse.  Les habitants  de Rabaul sont très aimables,
souriants et accueillants.  Quand on voit les adolescents d'une village s'arrêter
sur la rue pour vous sourire et vous saluer, c'est souvent une très bonne indication
sur l'attitude générale des gens.  Rabaul est une petite ville un peu fantôme. 
C'est comme si la ville s'était endormie sous les cendres.  Les gens parlent de
façon nostalgique de combien grosse et épanouie était autrefois leur ville qui
n'est plus qu'une infime partie de ce qu'elle a été avant l'éruption du volcan
en 1994. Après un mois entier sans voir le moindre magasin, il faisait bon revoir
un marché de fruits et légumes frais.  Les enfants étaient fous brac devant les
tables de fruits et voulaient tout acheter et faire goûter à Hugo : les noix,
le corossol, ramboutans, carambole, 'five corners' et encore d'autres dont
j'ignore encore le nom.  Ça faisait changement des papayes, bananes et noix de
coco que l'on mange jour après jour depuis un mois.  Aussi, quand on voit les
tables entières qui se succèdent, les une après les autres, remplies des fameux
'betel nut', ce fruit que mâchent les locaux, on comprend pourquoi ce fléau est
si répandu.  On se demande parfois où mettre les pieds, tant les rues et
trottoirs sont maculés de ce crachat ou plutôt pâte rouge que mâchent hommes et
femmes, adolescents et même certains enfants.

Un matin, nous sommes partis avec trois locaux et deux des quatre gars de l'autre
voilier pour escalader le volcan.  Seul René est resté au bateau car tous sont
catégoriques, il vaut mieux ne jamais laisser son bateau seul en cet endroit. 





L'ascension s'est bien déroulée, quoique assez intense.  Malgré mes petites
faiblesses et étourdissements habituels, ainsi que les fortes émanations de
sulfure, nous nous sommes tous rendus au sommet du col, sauf deux personnes
(un monsieur de l'autre voilier et un des guides).    La terre, ou plutôt
l'épaisses couche de cendres molles rendaient la remontée un peu difficile car
on enfonçait et on glissait sur le flan de la montagne.  Une fois en haut,
sans pouvoir distinguer le fond du cratère, on pouvait quand même voir et sentir
les fortes émanations du volcan ainsi que le grondement  généré par  la lave
tout au fond. 

Puis, le lendemain, nous avons fait le plein de diesel via un baril de 200 litres
acheté d'une compagnie pétrolifère de l'endroit.  Le patron de cette compagnie,
Oliver, nous a permis d'apporter notre 'lap top' dans leurs bureaux pour 'squatter'
leur signal internet et pouvoir télécharger quelques documents scolaires pour
les enfants.




Suite à l'éruption du volcan en 1994, il a été décidé de déménager la plupart
des infrastructures de Rabaul vers la ville de Kokopo.  Ainsi, c'est dorénavant
là que se passe toute l'action.  Kokopo c'est bondé de monde et ça grouille
d'activités.  Nous y sommes arrivés le matin et avons passé la journée à nous 
promener au marché de fruits/légumes et  dans les supermarchés.  Nous avons été
agréablement surpris de constater l'éventail des produits disponibles.  On trouve
de tout en cet endroit.  Ils ont, bien sûr, les produits locaux de la Papouasie
mais tout le reste est importé soit des pays asiatiques ou d'Australie.  Bref,
ils ne manquent de rien.  Par contre c'est beaucoup plus impersonnel comme
endroit.  De plus, on retrouve, là comme à Rabaul, une réalité qui n'existe pas
dans les petites îles plus isolées.  En effet, contrairement aux îles isolées, où
la plupart des habitants mènent une vie tranquille et où on peut très bien vivre
sans argent, la réalité est toute autre en ville où il y a le phénomène des
classes sociales.  Sans argent et sans emploi une personne ne survit pas en ville. 
On ne peut pas strictement vivre de son petit jardin et de la pêche en ville car
encore faut-il avoir un morceau de terrain.  C'est là qu'on voit apparaître la
pauvreté et les sans abris.  Ça fait tout drôle de voir des enfants se baigner
nus en ville quand dans les îles plus retirées, la plupart sont toujours habillés. 
C'est ici que naît,  par mesure de survie, la corruption.  Ainsi, si nous avions
trouvé Rabaul douteux du côté sécurité, nous n'avions rien vu.  Il n'était pas
question de laisser le bateau sans surveillance ici.  Aussitôt, nos emplettes
terminées, nous avons levé l'ancre pour rallier un coin plus recommandable, car en
mars dernier, un couple de navigateurs avait été attaqués sur leur bateau à Kokopo. 
Les malfaisants étaient débarqués dans leur  cabine, au milieu de la nuit, en
sautant dans leur lit par le capot au-dessus de leur tête.  Ils avaient menacé
le couple d'un couteau, les avaient attachés et étaient repartis en emportant
argent, laptop et autre.  Bref, on a décidé de ne pas tenter le diable et de partir.

Nous nous sommes donc retrouvés deux miles plus loin devant un 'resort' de haute
gamme à Rapopo. 





Wow quel bel endroit!  Un véritable oasis de paix.  Difficile à
croire qu'on pouvait trouver un endroit aussi chic, paisible et tranquille dans
une baie aux eaux aussi propres tout juste à côté de la ville.  Les propriétaires,
des Australiens, y sont extrêmement gentils.  Ils nous ont laissé utiliser la
laveuse des résidents de l'hôtel.  Après un mois, ce n'était pas un luxe de faire
quelques brassées de lavage.  Inutile de dire que ça faisait un bien fou que de
pouvoir faire un peu de lessive.  On nous a laissé utiliser la piscine et le bar,
on s'est même payé un souper au restaurant pendant que la lessive se faisait. 
Wow quel bonheur!  On a eu bien peur de perdre notre équipier qui avait l'air
déterminé à se trouver un emploi dans cet endroit paradisiaque.  

Malheureusement le capitaine n'a pas pu en profiter énormément car il a passé la
plupart de son temps dans ses cales moteurs  à nettoyer, changer ses filtres à
diesel et purger le système de l'air qui s'y était malencontreusement infiltré,
ce faisant.  Il a passé plusieurs heures là-dessus, voire plusieurs jours en ligne
et il n'y est toujours pas arrivé.  Résultat, nous avons décidé de partir quand
même, bien qu'un seul des deux moteurs ne fonctionne.  Au pire, nous ferons venir
un mécanicien à Palau si le problème n'est pas résolu d'ici là.   Il est pas mal
brave le capitaine de quitter ainsi.  Toujours aussi positif et optimiste, il est
convaincu qu'il arrivera à résoudre le problème de lui-même.  On l'espère en tout cas.

Nous avons repris la mer lundi, après deux jours au 'resort', Too bad le moteur! 
Nous naviguons  présentement vers Manus, l'île la plus au nord de la Papouasie,
où nous effectuerons nos procédures de sortie du pays avant de rallier Yap. 
Les deux premières journées, nous les avons navigué au spinnaker, jour et nuit, 
grâce à un confortable vent arrière qui nous permettait de faire une vitesse de
7 à 7.5 noeuds.   Enfin une belle navigation, ça n'arrive pas souvent.  En plus,
il y a ici un courant aidant qui varie entre 0.6 à 1 noeud.  Bref, la navigation
se passe très bien mais que dire de la pêche? René ne cesse de modifier ses appâts
et leurres afin de pouvoir attraper des poissons mais sans succès depuis les
Louisiades!!!  On ne baisse pas les bras!!  Encore chanceux que René, au plus grand
bonheur d'Hugo,  avait eu la présence d'esprit d'acheter un beau gros poisson
dégueulasse et puant, comme l'a si bien décrit Catherine, (qui adore en passant). 
Hugo par contre? aime moins le goût de ce thon fumé.  Mais si ce n'était pas de
ce thon fumé, le poisson se ferait rare sur le menu ces temps-ci. (Note d'Hugo :
celui-ci j'avoue que j'ai du mal.)

A part ça c'est la routine, Nicolas, a été malade à deux reprises hier matin
pendant les classes car le mal de mer est sournois sous vent arrière mais somme
toute, tous se portent bien.  Nous sommes très reconnaissants envers Hugo pour
tout le travail qu'il accomplit en classe avec les enfants, avec Nicolas et Antoine
surtout.  D'humeur toujours égale, et toujours prêt à jouer un jeu de cartes ou
autre, c'est pour nous une bénédiction de l'avoir à bord, surtout  lorsque nous
entreprenons des navigations sur plusieurs jours.  Comme ça, lorsqu'il arrive
que René et moi soyons un peu fatigués le matin suivant une navigation de nuit,
Hugo lui est frais et dispo et dès 08h00 tous sont assis, prêts pour entamer leur
avant-midi d'école.  Catherine m'a initié au DS en dénichant un jeu pour perfectionner
son espagnol.  C'est bien la première fois que j'accepte de toucher à cette machine
(note d'Hugo : et après, elle dit que ce sont les enfants qui sont intoxiqués par
les jeux électroniques).  Catherine a enfin réussi à capter mon intérêt en trouvant
mon point faible avec ce jeu d'espagnol. Ces temps-ci, les enfants sont sur un
'trip' de tricot alors ils consacrent beaucoup d'heures sur leurs projets respectifs. 
Un ourson et tapis pour Catherine et des foulards pour Nicolas et Antoine.  Thomas,
pour sa part, n'est pas très versé sur le tricot alors il en profite pour lire un
peu.  Je ne sais pas quand les garçons porteront leur foulard mais pas ici c'est
certain, car nous nous trouvons actuellement à 200 km au sud de l'équateur, ce qui
fait qu'on sent une augmentation marquée de la température.  Depuis que nous avons
quitté les Louisiades et ses vents constants de 30 km/heure, les vents sont devenus
quasi inexistants ou du moins drastiquement plus faibles. Il fait une chaleur et
humidité accablantes alors on se baigne souvent pour baisser notre température
corporelle, quoique l'eau est tellement chaude que ça ne rafraîchit pas énormément. 
Selon les prédictions météo, il semble que la situation ne changera pas beaucoup
dans la prochaine semaine.  Nous allons donc peut-être attendre un peu avant de
mettre le cap sur Yap.