Autour du monde avec ...

 
 

Journal de bord
Mai 2009
 

 

 

Dimanche 31 mai, En Route pour les Marquises
31 mai 09
Entre les Gambier et les Marquises

Après l'incident des 600 litres d'eau perdus, les choses se sont tassées un peu. Le


lendemain les vents ont diminué et nous en avons eu pour trois jours à nous assister


au moteur, sans quoi nous avancions à pas de tortue. Malgré le fait que nous avions


encore certainement l'équivalent de 40 litres d'eau via nos gallons sur le pont (ce


qui aurait pu nous tenir pour 8 jours avec notre équipage de 6 personnes), Jacques et


Josée d'Alexandre IV ont eu la bonté et la générosité de nous faire cadeau de trois


de leurs 5 gallons d'eau. Pour ce faire nous avons procédé à une opération de


transbordement d'urgence en mer grâce à un savant système de cordes et de poulies entre


Cat Mousses et Alexandre IV. Ils nous ont transbordé de l'eau et nous des bananes.


L'opération fut un succès. Merci infiniment à Jacques et Josée. Encore une expérience


de plus en arrière de la cravate!

A part ça tout va bien, les vents ont fini par forcir, tant et si bien que nous faisons


des moyennes de 6 à 7 noeuds de vitesse. C'est pas mal pour notre rafiot! Le jour ça


va mais depuis deux nuits on ne manque pas d'action et d'activités nocturnes. Les grains


se succèdent et on n'arrive pas toujours à les éviter. Quand la voilure n'est pas


parfaitement balancée, le pilote automatique fait des caprices et ne tient pas, en quel


cas il faut sortir sous la pluie pour reprendre le cap en allumant un moteur ou deux.


Evidemment, les moteurs tournent toujours aussi rondement. surtout dans ce genre de


situations d'urgence! Le moteur de tribord éprouve toujours son problème de transfert


de vitesses et il faut aller plonger dans la salle des moteurs chaque fois qu'on veut


en baisser la révolution (pratique la nuit!) et pour le moteur de babord. un cordage


de trampoline est allé s'emmêler dans l'hélice cette nuit, le rendant inutilisable pour


le moment. Le capt devra encore plonger en pleine mer dans des vagues d'au moins 15


pieds pour aller remédier à cette situation (changement de plan, il attendra à notre


arrivée à Fatu Hiva, les vagues sont trop grosses). Parlant d'hélice, celle du côté


tribord est encore en train de se désengager à cause du fameux chemin de clé. Non mais


on as-tu assez hâte d'arriver à un endroit où on pourra se réparer adéquatement! Une


chance que le capt est débrouillard. Hier il a réussi à réparer le radar qui ne répondait


plus à cause d'une connection corrodée et la même chose pour celle de l'indicateur de


vent qui s'est cassée lors de cette opération. Le capt adore toujours sortir tous les


livres des bibliothèques, dévisser les cadres et défaire les murs de la chambre avant


tribord pour aller jouer, la tête à l'envers dans ces filages. Non mais au risque d'avoir


l'air de me plaindre, je ne fais que dépeindre les situations de notre petit quotidien.


Pour ceux qui pensaient que nous passerions notre temps en vacances de rêve à siroter des


petits cocktails sous les palmiers des Tropiques, je confirme que la vie de navigateur


n'est pas toujours de tout repos. C'est précisément ce que je voulais dire avant de


partir quand je disais que ce ne serait pas de pures vacances. Et n'oublions pas que le


jour le capt et sa seconde doivent continuer de s'acquitter de leurs tâches habituelles


des classes, réparations, repas et autre, et ce tout en dormant à tour de rôle, ici et


là pour rattraper les heures de sommeil perdues en raison des quarts de veille de la nuit.


Mais vous savez quoi? On ne changerait pas notre vie pour rien au monde je vous le confirme!


Les beaux moments continuent de surpasser les petits désagréments occasionnels.

Mercredi 27 mai, Les Gambiers


Enfin les Gambier!
 
18 mai  09
Les Gambier

Et bien on a réussi, le 8 mai dernier, en milieu de PM, nous atteignons enfin les Gambier. 

Nous sommes fort heureux, nous en avions un peu notre voyage de nous faire taper la caisse. 

Depuis le matin, nous sommes tout près mais malgré tout, le vent souffle dans la direction

contraire où nous voulons aller, nous obligeant à tirer des bords des heures durant, en

attendant une accalmie.  Puis nous frappons un gros grain, tout le monde sur le pont!!! 

Douche forcée et réapprovisionnement majeur en eau de pluie pour la vaisselle et le nettoyage. 

Nous réussissons à atteindre les Gambier quelques heures plus tard et tout propre en prime. 

Nous sommes heureux de revoir Jacques et Josée d'Alexandre IV et nous rencontrons des Français,

François et Francine de 'Capt ponch',  ainsi qu'un autre capitaine canadien de Vancouver dont

j'oublie le nom.  Ils viennent prendre un petit cocktail sur Cat Mousses.  Le mouillage est

paradisiaque.  Le dernier endroit aussi tranquille où nous sommes allés remonte aux San Blas,

donc cet oasis de paix est bienvenue et franchement bien  mérité.

Situées à 1600 km au sud-est de Tahiti et à 300 km à l'ouest de l'île de Pâques, les îles

Gambier forment un ensemble géographique et territorial bien distinct.  D'origine volcanique,

il est composé d'un lagon principal d'une circonférence d'environ 90 km, comportant cinq îles

hautes et quelques 18 îlôts et motus, et d'un atoll (Temoe) à environ 45 km vers l'est. 

L'île principale de Mangareva où nous nous trouvons et son village de Rikitea abritent

aujourd'hui plus de 80% de la population des Gambier, estimée à un millier d'habitants. 

Annexés à la France en même temps que Tahiti en 1880, les Gambier font aujourd'hui partie de

la Polynésie française où nous comptons bien nous prélasser pendant les trois prochains mois

si nous obtenons les visas nécessaires.  Après les Gambier ce sera les Marquises, Tuamotu et

les îles de la Société comme Tahiti, Bora Bora, Moorea et autre.  Assez spectaculaire comme

endroit, nous allons en profiter.

L'archipel des Gambier étant situé juste en dessous du Tropique du Capricorne, le climat y est

tropical  mais l'alizé océanique fait que la chaleur n'y est jamais accablante et spécialement

maintenant puisque nous sommes juste aux portes de l'hiver austral. Entre 1834 et 1871, sous

l'impulsion des Pères Laval et Caret, les Gambier devinrent une plaque tournante et un bastion

du Catholicisme en Océanie.  Les plus remarquables de leurs actions furent l'organisation d'une

véritable 'théocratie' aux Gambier, et la construction de nombreuses églises, monuments religieux

et bâtiments divers, en pierres de taille volcaniques ou coralliennes, notamment la Cathédrale

Saint-Michel de Rikitea (1841) le plus grand et le plus ancien monument historique de Polynésie. 

Bien que cette Cathédrale soit présentement sur le point d'entreprendre des travaux de rénovations

majeurs, un monsieur, Frank Sauvage (le concierge de la Cathédrale âgé de 82 ans), a gentiment

accepté de nous la faire visiter.  A 'intérieur, l'autel tout de nacre est fort impressionnant. 

Depuis toujours les Polynésiens ont utilisé la nacre comme matériau pour fabriquer des bijoux,

orner leurs costumes cérémonials et façonner leurs outils : leurres de pêches, hameçons, râpes,

grattoirs, cuillères et autres.  Dès le début du XIXème siècle, la richesse du lagon des Gambier

en huîtres nacrières attira de nombreux commerçants.  Cette flambée du commerce de la nacre et

des perles a fait la richesse de quelques commerçants installés à Mangareva mais la popularité

de la perle a depuis décru a un tel point que la commune des Gambier a dû diversifier ses

richesses et faire en sorte que son revenu repose désormais sur trois piliers, soit non seulement

la perliculture mais aussi l'agriculture et le tourisme.  Nous avons eu la chance de visiter

une école où les jeunes apprennent à travailler le nacre, Josée a d'ailleurs acheté une belle

pièce de nacre.  Il fallait voir les yeux de la jeune Polynésienne lorsque Jacques etJosée lui

ont demandé de graver sa signature sur son ouvre d'art.  Si tout va bien, nous devrions réussir

à visiter une ferme perlière, lundi le 25 mai.  La perle de culture est obtenue en greffant sur

l'huître perlière un morceau de chair prélevé sur une huître fraîche, de pair avec un minuscule

nucléus de nacre.  Si la greffe est acceptée, une perle couleur gris vert, teintée de jaune ou

de rose est produite en un peu moins de deux années d'immersion dans les eaux du lagon.  Un

ancien légionnaire français rencontré sur l'île doit nous organiser une visite via un ami. 

Dans notre cas, c'est à la récole que nous devrions assister.  Reste à voir si ça fonctionnera

car depuis deux jours nous avons bougé deux fois de mouillage, à la recherche de la précieuse

langouste de l'endroit.  Espérons que notre contact ne pensera pas que nous avons quitté

l'atoll définitivement.  C'est que nous n'avons pas pu lui parler avant de partir en cavale. 

Plus à suivre.. (Deux jours plus tard .


Finalement nous n'avons pas pu visiter.  Les locaux nous avaient prévenus, les propriétaires de

fermes perlières sont très réticents à y amener des touristes.  Ho well!)  

Lors de notre séjour sur l'île,  nous avons aussi escaladé la montagne de Mokoto.  Nous avons

mis deux heures à atteindre le sommet mais les sentiers dans la forêt étaient magiques et rendus

en haut nous avions une vue superbe sur l'atoll.  On distinguait très bien la ceinture blanche

que dessine le corail  au loin et on voyait la multitude de fermes perlières.  Nos hommes ainsi

que Billy the Fisher ont également eu la chance inouïe d'aller  pêcher toute une journée durant

avec Roland, un pêcheur local de l'endroit qui se cherche régulièrement des compagnons de pêche

car il ne sort jamais seul.  On comprend pourquoi quand on voit les bétails qu'il pêche. 

Ils sont revenus le sourire aux lèvres avec six bonites et un énorme thazard.  Pas d'espadon

malheureusement!  Roland nous a fait cadeau de deux bonites (une pour nous et une pour Alexandre

IV) que nous avons cuisiné au cari et lait de coco.

Nous avons eu la chance aussi de refaire le plein de diésel, à un prix d'ami (évidemment) via la

goélette qui est arrivée il y a de cela deux jours.  Nous sommes allés nous accoster sur sa

bavette arrière et avons fait le plein avant qu'elle ne reparte quelques heures plus tard. 

Cette goélette apportait également quelques vivres, nous avons donc pu nous réapprovisionner

en légumes frais grâce à une petite avance de fonds de Jacques.  Pour ce qui est des fruits,

les gens d'ici sont d'une telle gentillesse qu'ils nous offrent gratuitement de délicieux 

pamplemousses gros comme des ballons, régimes de bananes, papayes et autres, directement de

leur cour.  

Notre séjour ici devrait s'achever d'ici quelques jours, il y aura toujours des travaux et

réparations à faire mais si on attend d'avoir terminé, nous ne partirons pas de sitôt et de

toute façon, les pièces de rechange ne courent pas les rues ici.  Ce soir Thomas et son papa

viennent de partir à la chasse à la langouste.  Ils sont partis vers 21h45 pour pêcher de

nuit à la marée basse, voyons ce qu'ils rapporteront.  A part ça la vie est belle! 

Ces temps-ci, soit que je suis nostalgique ou soit que je suis trop reposée,  je n'arrête

pas de rêver.  Je rêve souvent à mon ancienne vie militaire, l'autre nuit j'ai  même changé

d'uniforme pour passer de l'armée de terre à l'airforce. C'est mon SMI qui aurait été fier,

comme de raison mon fidèle SMI fait partie intégrante de ces rêves ainsi que plusieurs autres

confrères de travail.

Les hommes sont de retour de la pêche, il est 01h30 AM.  Thomas a sauvé la face des hommes car

sans lui ils seraient revenus bredouilles.  Ils l'ont laissé seul quelques instants pour aller

explorer les récifs un peu plus loin et soudain Thomas s'est mis à crier :  J'en ai une,

j'en ai une!  Il a vu cette langouste, la seule qu'il ait vue d'ailleurs et aussitôt il l'a

harponnée.   Nous avons aussi fait un peu d'apnée en PM et je dois dire que les coraux sont

vraiment magnifiques.  Il y a toute une panoplie de beaux poissons exotiques de toutes les

couleurs.  Il y a longtemps que nous n'avions pas fait d'aussi belle plongée.

26 mai 09
 
Nous avons finalement quitté les Gambier cet PM vers 13h00 pour mettre le cap directement

sur les Marquises.  Nous ferons les Tuamotus plus tard, c'est ce que nous dictent les vents.

Après notre départ, on s'est fait brasser pendant 5ou 6 bonnes heures le temps de sortir

du lagon. Eurk. Nous avons tous un peu le cour au bord des lèvres.  Ca nous apprendra à

nous arrêter aussi longtemps.  Le calme plat pendant une semaine, le corps oublie vite le

mouvement de la mer.  La cuisinière n'avait pas le goût, mais pas du tout, de préparer le

souper.  Mais je réussis tout de même à concocter un couscous tomaté aux saucisses de mon

propre cru.  Malgré notre maigre appétit, nous en avons tous repris deux fois, c'était

trop bon. 

A part ça tout allait bien sauf que. 6 heures après notre départ, les 600 précieux litres

d'eau qui devaient nous tenir jusqu'à Tahiti ont disparu. En effet, en ouvrant les robinets,

pas une goutte ne sort.  Serait-ce la pompe qui fait des siennes?  Non car même avec la

pompe manuelle on n'obtient plus la moindre goutte!  C'est mauvais signe.  Le capt brave les

vagues et la noirceur et va inspecter les réservoirs dans les compartiments à l'avant du

bateau.  Ce qu'il craignait depuis toujours est arrivé, une 'hose' a cédé et ce n'est pas

un mais les deux réservoirs qui se sont vidés à notre insu.  Plus une goutte d'eau!  Que

faire?  On entreprend une traversée de 8 à 10 jours sans eau et d'après ce qu'on en a lu,

nous ne savons même pas si nous arriverons à trouver de l'eau aux Marquises.  On vire de

bord et on retourne aux Gambier??  Non, on ne recule pas, on continue!  En tout cas si on

faisait attention à l'eau comme à la prunelle de nos yeux avant, là je ne veux même pas

voir ce que ce sera.  Le désalinateur d'eau ne fonctionnant pas bien, il ne produit qu'un

maigre litre d'eau à l'heure.  A ce rythme, on brûle plus de diésel à faire fonctionner la

génératrice produisant le pouvoir du 'water maker' qu'on produit d'eau.  Pas très pratique! 

Anyways, on a quelques bouteilles d'eau achetées de 1.5 litres et encore un peu d'eau dans

nos deux bidons pour se laver et faire la vaisselle.  Pour le reste on verra.  Espérons

qu'il pleuve de temps à autres.  Le pire dans tout ça ce n'est pas l'eau. C'est que le

réservoir d'eau de tribord, sous la force des 600 litres qui s'étaient déversés dans la

cale et avec les contre-coups des vagues est sorti de ses gonds.  Le capt se voit déjà

tout sortir de ce compartiment, relaminer le plancher et le boîtier du réservoir avec du

fibre de verre que nous devrons faire (nous n'avons rien de tous ces matériaux à bord),

puis faire de l'époxy et tout le tralala.  Quelle joie!  Le capt a eu peu la binette à

terre.  Et les pompes à au des moteurs qui ne coopèrent pas. Ca ne finit jamais.  Réparer

quand on n'a pas les pièces c'est tout un défi. Il doit faire preuve d'ingéniosité mais

vient un moment où il est à bout de ressources.  Mais demain le soleil se lèvera et tout

ira mieux.  En attendant, je viens de finir d'étaler. partout, partout, partout dans

le carré, tout, tout, tout ce que contenait notre énorme coffre à pêche que nous avons

retrouvé, flottant dans nos 600 litres d'eau, la tête à l'envers.  Beau dégât!  Espérons

que ça sèche vite.
Dimanche 17 mai ,   L'île de Pitcairn 

Wonderful Pitcairn!
 
16 mai  09
En route vers les Gambiers
Croyez-le ou non, on a réussi!  Et oui, mais nous sommes déjà de retour en mer après une

escale magique de même pas trente heures.  C'est à croire que nous avons rêvé cette escale.  

Nous avons finalement atteint Pitcairn vers 19h00, avant-hier, le 14 mai, après ce que nous

avions qualifié de traversée la plus 'challengeante' jusqu'à maintenant.  A mon réveil,

ce matin-là, alors qu'on aurait pratiquement dû voir l'île,  le capt m'annonce qu'il y a

un changement au programme et que nous n'arrivons plus aujourd'hui comme prévu.  Le vent

a forci depuis quelques heures et nous pousse encore dans la mauvaise direction, impossible

de se rendre à Pitcairn.  Non mais est-ce signe d'un présage ou quoi?  Est-ce qu'on force

trop la note, doit-on abandonner Pitcairn?  Non impossible!  Pas lorsque nous sommes si

près du but. à 48 miles nautiques à peine de notre but. Mais on en a marre, marre de se

faire taper le C....  En PM je me recouche un peu (en vue d'une autre nuit qui s'en vient.

à faire des quarts de nuit).  A mon réveil. surprise, le vent a encore tourné (pour faire

changement) mais dans la bonne direction cette fois et il souffle si fort que le capt pousse

la machine à fond, il est déterminé, il fait du 8 à 9 noeuds!  Il appelle Pitcairn sur la

radio et leur fait état de notre position, on nous dit que c'est encore possible d'arriver

avant qu'il fasse nuit mais qu'il faut faire vite.  On pousse, on pousse, on pousse. les

grains se succèdent, pour faire changement.  A notre arrivée, il fait pratiquement noir,

évidemment personne pour nous accueillir à cette heure, les vagues et la houle sont fortes,

on ne peut pas dire que la baie soit des plus protégées mais 'Too bad!' on ne fait pas un

pas de plus, on en a marre!  Le gars de la radio de Pitcairn, nous voit de sa maison juchée

sur la falaise de la montagne et nous guide bien qu'il ne voit plus le fond de l'eau à cette

heure tardive.  Nous attendons son 'GO'.  Puis il nous annonce : Ici, mettez l'ancre ici, à

l'endroit exact où vous vous trouvez'!  On s'exécute, habillés comme des ours, il pleut, il

fait froid, il vente à écorner les boeufs.  Mission accomplie!  On a peine à y croire.  Comme

il n'y en a jamais de facile, l'ancre se met à chasser car le fond de la mer est fait de roche

volcanique, l'ancre n'a nulle part où s'accrocher.  On bouge et on rebouge et on réussit à

trouver une 'patch' de sable.  On commande aussitôt une période de prière forcée sur Cat

Mousses, les enfants prient à qui mieux mieux dans leur cabines.  Leurs prières sont finalement

exaucées, on ne semble plus chasser.  Mais la houle est forte, on se fait presque autant

brasser qu'en mer.  Je couche dans le carré cette nuit-là, je programme mon alarme aux heures

de sorte à vérifier notre position pour m'assurer qu'on ne chasse pas.  Puis le matin se lève,

nous dévoilant une île magnifique.  On nous contacte sur la radio pour nous demander de les

avertir lorsque nous serons prêts. On nous parle des frais d'entrée sur l'île, 30$ US par

personne, même prix pour les enfants et 50$ pour qu'un petit bateau vienne nous chercher

aller/retour.  Ouf, les prix ont augmenté depuis le temps!   Les livres ne sont plus à jour,

on est loin du 10$ par personne et 10$ pour le petit bateau.  Mais rendu là où nous sommes,

ce n'est plus le temps de reculer.  Trente minutes plus tard le petit bateau arrive pour

venir nous chercher.  C'était une bonne décision, avec notre annexe nous n'y serions jamais

arrivés.  Il faut un capitaine expérimenté pour braver ces vagues déferlantes.   La mer est

trop forte et il faut vraiment connaître la baie pour entrer , accoster et sortir sans se

faire renverser.  Cat Mousses gardera  d'ailleurs un souvenir de ce petit bateau en aluminium

sur son patin arrière qui a été, malgré nos défenses, solidement écorché et même déchiré.

Encore une job de fibre de verre. mais ce n'est pas la première, toujours le même spot! 

Ho well! L'avant dernier bateau qui est venu s'arrêter cette baie avait décidé de rebrousser

chemin et de ne pas débarquer à terre de peur d'abimer son voilier.  Nous ne sommes pas rendus

là.  Pas après tous ces efforts pour se rendre à Pitcairn.  Notre tank prendra bien une

cicatrice de guerre de plus.

Dans le petit bateau, il y a un homme (le chauffeur) et une femme (Brenda, la responsable de

l'immigration).  Arrivée à terre, il y a le médecin de l'île qui nous attend pour nous faire

un petit 'check up' de santé à cause de la quarantaine imposée dû au fameux virus de la grippe

porcine.  Il prend nos températures et nous interroge sur notre état de santé général.  Il est

d'avis qu'après deux semaines en mer, nous avons en quelque sorte, effectué notre quarantaine

mais Catherine fait 37.6 de fièvre. Normalement il n'accepterait pas en haut de 37.2. Il

l'ausculte, nous pose des questions et finit par signer nos papiers d'entrée. Ouf!  

Parce que nous avons des enfants on doit aussi signer un formulaire par le chef de police à

cause d'abus sexuels qu'il y aurait eu sur l'île. il y a quelque trente ans de cela.  Il semble

que cet incident isolé et sévèrement puni à l'époque soit encore aujourd'hui bien présent dans

les mémoires.  D'ailleurs on nous dit que les gens venus de l'extérieurs soit pour s'établir

ou honorer un contrat d'un an ou deux, ne peuvent emmener leurs jeunes enfants avec eux. 

Inutile de dire que ça n'aide en rien à regénérer cette population déjà très faible.

Puis on nous embarque sur trois différents (4 roues) pour nous remonter vers la maison de

Brenda Christian.  On aboutit à sa maison, laquelle a une vue somptueuse sur la baie.  Cette

femme aux longs cheveux noirs, dans la cinquantaine avancée, est visiblement native d'ici,

nous apprendrons plus tard qu'elle est une descendante de Fletcher Christian. Elle et son

mari Mike nous offrent des rafraîchissements et ce faisant, les papiers sont remplis. La

langue parlée est l'anglais  car l'île est de dépendance britannique.  Les enfants sont

fascinés par l'impressionnante collection de dauphins de Brenda.  Il y en a partout dans la

maison, en photos, en peintures, en gravures, en bibelots, en bijoux, ils sont partout.   

Brenda et son mari nous font ensuite visiter leur maison fort bien équipée de toutes les

commodités dont un atelier pour travailler le bois et la visite se termine par le petit

enclos de chèvres auxquelles nous donnons des bananes.  

Brenda nous demande ensuite si nous aimerions voir l'école du village, évidemment nous

acceptons avec empressement et c'est là que débutera une journée mémorable qui restera

gravée dans nos coeurs à jamais.  La petite école compte 7 élèves âgés entre 5 et 17 ans

et trois autres d'âge pré-scolaire (ce sont les seuls enfants de cette population de 48

habitants).  La professeure (Jenny) est d'une gentillesse sans borne.  Originaire de la

Nouvelle-Zélande, elle est sur un contrat de deux ans alors que le policier et le médecin

de l'île, aussi de la Nouvelle-Zélande, sont sur des contrats d'un an.  Bien qu'ils aient

très peu de contacts avec l'extérieur, il est surprenant de voir à quel point ils sont

imprégnés de la culture européenne.  Vraiment, ils n'ont rien de primitif.  A part le fait

qu'ils préfèrent aller pieds nus, ils sont vêtus dans le même style et la même mode que nous.

L'île possède l'eau, l'électricité, le téléphone, internet et tout.   Les enfants nous

chantent une chanson de bienvenue et on nous invitent ensuite à jouer un jeu de ballon

(Four square Ball) dans la cour arrière.  Ce petit jeu de dextérité typiquement néo-zélandais 

fait des miracles d'intégration. Tant et si bien que nous passerons finalement 2 bonnes heures

à l'école à jouer à ce jeu, à la TAG et ensuite au soccer.  Jenny, n'ayant jamais vu autant

d'enfants sur son terrain de soccer, jubile et ne se fait pas prier pour substituer son

avant-midi d'école par l'après-midi de sport prévue pour le lendemain.  Je ne savais pas mon

petit Antoine si habile avec un ballon, il jouait avec les grands comme un pro comme s'il

avait toujours fait ça.  Je me demande où il a appris ça.  Nicolas, notre sportif national,

se repentira de cette journée.  ( Il aura du mal à se lever le lendemain et se réveillera

courbaturé de partout.  Il dira à son réveil:  'J'ai trop fait d'exercice hier, y a-t-il

quelqu'un qui peut m'amener une chaise roulante!'.)  En somme, nous avons passé un moment

fort agréable en compagnie de ces enfants  et alors qu'ils s'assoient pour dîner, nous partons

marcher un sentier menant à la grotte de Fletcher Christian avec Brenda et Mike.

Cette grotte, à flanc de montagne, offre une vue tout-à-fait spectaculaire sur la baie. 

C'était, à l'époque, l'endroit par excellence pour faire la vigie ou encore  se cacher des

navires de l'amirauté à la recherche des mutins du Bounty.  On raconte que c'est cette grotte

qui a assuré la survie de Fletcher Christian, le lieutenant qui avait assuré l'intérim de

l'amiral contre lequel s'étaient insurgés les 18 membres de l'équipage du Bounty.  Nous

découvrons à notre départ, lorsque Brenda nous tend sa carte d'affaire, que son nom étant

Brenda Christian, elle est une descendante de cet homme, Fletcher Christian.  Ca fait tout

drôle à découvrir.  Après tout, selon les calculs de Thomas, 200 ans, ce ne sont que quatre

ou cinq générations tout-au-plus. 

Cette expédition vers la caverne de Fletcher Christian  sera pour Catherine et moi un effort

physique très  demandant.  Nous avons tous l'estomac un peu barbouillé depuis quelques jours

(peut-être une légère indigestion) mais aujourd'hui je me sens spécialement mal.  Aussitôt un

pied à terre, la vague me prend.  Je dois m'asseoir partout, je me sens faible et étourdie. 

Lors de mon ascension vers la caverne, je fais de l'hyperventilation, la tête me tourne, c'est

pas mêlant je ne me suis pas rendue à la caverne, c'était trop dangereux, je m'évanouissais

partout.  Pas une bonne idée de s'évanouir à cet endroit!  La falaise à laquelle on doit

s'agripper et monter pratiquement à genoux est un peu trop escarpée et tout en bas. il y a la

mer.   J'ai eu ordre de m'arrêter du capt.  Inutile de dire que mon égo en prenait un grand coup. 

Moi, wonder woman!  Non mais c'était surtout humiliant de ne pouvoir suivre Brenda, cette femme

qui doit approcher la soixantaine si pas déjà entamée.  Forte comme un cheval, cette femme

gravissait la montagne pied nu, tel un bouc des montagnes.  Bâtie comme un homme, il ne semble

rien avoir à son épreuve, pêche, mécanique, ébénisterie, jardinage, cuisine, ferme et tout le

tralala et en même temps douce comme un agneau et amoureuse des enfants.  Elle a sur les murs

de sa maison, des photos des enfants de l'école et ces derniers semblent tout simplement l'adorer

d'après ce qu'on en a vu lors de notre visite à l'école.  Toujours est-il que sur le retour de

notre expédition à la caverne, même chose, je traînais de la patte et m'arrêtais partout pour

reprendre mes esprits, même dans un simple petit sentier dans la forêt.  Puis, après une petite

diarrhée derrière un arbre, je me sentais un peu mieux mais pas question d'arrêter.  Pas

aujourd'hui, notre seule journée à Pitcairn.  

Après cette expédition, nous sommes passés chez Brenda pour grignoter un peu et les enfants ont

eu droit à un bol de crème glacée au chocolat.  Brenda et Mike ont ensuite passé le reste de la

journée à nous trimballer partout, d'un bout à l'autre de l'île, en passant par le village

d'Adamstown et ses maisons éparpillées un peu partout sur l'île et son populaire bureau de poste

où nous avons acheté bon nombre de timbres et cartes postales. Le maitre de poste, Paul, aux

allures étrangement ressemblantes à un pirate avec des anneaux partout nous accueille à grand

bras ouvert dans son bureau de poste et il n'oublie pas de nous demander si nous désirons le

service de courrier par bateau ou par  pigeon voyageur (il n'y  a pas d'aéroport sur l'île en

passant!).  Il faut mentionner ici que le courrier prend parfois 5 mois à se rendre à destination,

le prochain envoi étant prévu par bateau au mois de juillet vers la Nouvelle-Zélande.  

Brenda et Mike nous ont fait voir les points de vue les plus spectaculaires de l'île en nous

grimpant sur les plus hautes falaises et en nous emmenant au bout de tous les sentiers de l'île. 

Vivement les 4 roues!  Sans quoi je n'aurais pas survécu.  Cette visite a duré jusqu'au soir et

ils ne nous ont pas ramené au bateau avant 18h00, dans une mer des plus agitées.  Nous sommes

arrivés au bateau détrempés et exténués mais le sourire aux lèvres et la tête remplie de

souvenirs heureux de notre visite de l'île la plus isolée de la planète.   Comment les remercier

de cet accueil aussi généreux!  Ils nous ont même fait don d'un sac d'oranges cueillies en chemin,

deux citrouilles et deux petits régimes de bananes.  Nous leur avons acheté deux pots de leur

production de miel et leur avons déboursé les frais d'essence pour la journée  mais encore. ils

ont accepté à contrecoeur,  nous disant que nous n'étions  pas des touristes pour eux.  Ils sont

contents que des navigateurs se tapent cette mer difficile pour aller leur rendre visite sur leur

île, ils nous ont accueillis comme de la famille.  Leur saison touristique s'étend d'octobre à

mars avec les différents World Cruise Ship qui passent et s'arrêtent pour des escales de deux à

six heures. La cloche du village est alors sonnée  et c'est le branle-bas de combat. Mille

touristes sur une île de 48 habitants, ça déménage!   Parfois, quand la mer est trop forte dans

la baie,  le capitaine du bateau interdit à ses passagers de débarquer.  Les habitants de l'île

jubilent de ces moments où ils peuvent venir eux-mêmes aborder le bateau de croisière avec leurs

longues barques en aluminium pour venir vendre leur art local, principalement composé de sculptures

de bois de Miro et tressages de paniers.  Ils font alors des passes d'argent incroyables et n'ont

pas à se faire envahir sur leur île.  Ils sont quand même très accueillants et apprécient les

touristes, qui sont en quelque sorte leur gagne-pain annuel.  Du côté des navigateurs comme nous,

il y a en moyenne de 15 à 20 voiliers par année qui s'arrêtent à cet endroit, d'où leur accueil

si généreux.  Il y a eu 12 voiliers l'an derniers et 16 jusqu'à maintenant cette année mais la

saison touristique tire à sa fin.  Se faire dire que nous ne sommes pas des touristes a été

vraiment très flatteur pour nous.  La preuve. personne n'a essayé de nous vendre quelque souvenir

que ce soit.  Nous estimons que le fait que leur passé soit lié à la mer y est certainement pour

quelque chose, c'est ce qui nous permet de connecter.

Ce soir, un pot Mason est bienvenu pour le souper.  La maman est sur le carreau, c'est Thomas qui

prépare un pot de porc Teryaki sur un lit de vermicelle de riz.  Et le capt qui parle de reprendre

la mer après souper. Heureusement, il nous accordera un 2-3 heures de sommeil et nous levons

l'ancre vers 23h30, destination les Gambiers.  

Pour terminer, voici, pour ceux qui aimeraient en savoir un peu plus, un court résumé super
intéressant sur l'histoire des mutins du Bounty qui rend Pitcairn si spécial et unique.
En 1789, le vaisseau anglais Bounty fait route vers Tahiti. À son bord se trouve un équipage
enrôlé de force et placé sous les ordres du cruel capitaine William Bligh. Les hommes
souffrent du manque de nourriture, mais surtout des punitions et des sévices que leur inflige
le capitaine. Son second, Fletcher Christian, est respecté de tous les hommes, mais s'attire
la haine de Bligh en essayant de le modérer. Il gagne en revanche l'amitié du jeune aspirant
Roger Byam. Le Bounty arrive à Tahiti, et Fletcher Christian tombe amoureux de la petite-fille

du chef de l'île.


Après cette parenthèse paradisiaque, les hommes doivent reprendre la mer. La tyrannie du
capitaine Bligh s'avère alors insupportable pour l'équipage, qui se révolte, avec Fletcher
Christian à sa tête. Ce dernier permet cependant à William Bligh d'échapper à l'équipage
qui voulait le tuer et le débarque en pleine mer, ainsi que ses partisans. Le Bounty
retourne à Tahiti, où Fletcher Christian y épouse celle qu'il aime. Mais le capitaine
Bligh parvient à regagner l'Angleterre. Il reprend la mer afin de ramener à Londres son
ex-second et ses complices pour les faire traduire en justice. Tandis que Fletcher
Christian réussi à s'échapper avec ses compagnons, Roger Byam est fait prisonnier par
William Bligh ; il est jugé et condamné à mort, mais son père obtient sa grâce et il peut
reprendre la mer. Par ailleurs, son témoignage contribue à faire évoluer la loi qui
régit les rapports entre officiers et marins. Quant à Fletcher Christian, il s'installe
avec ses hommes sur Pitcairn et ils coulent le Bounty : ils sont définitivement coupés de
la civilisation.


Autre résumé intéressant :  

Bounty, mutinerie du, nom d'un navire de commerce de la marine royale britannique, dont
l'équipage se mutina en 1789 près des îles Tonga dans le Pacifique sud. Les mutins dirigés
par le commandant en second Fletcher Christian, abandonnèrent 19 hommes, dont le capitaine
William Bligh, sur une chaloupe avec quelques provisions. Malgré les privations, le
remarquable sens de la mer de Bligh permit aux 19 hommes de rejoindre Timor dans l'archipel
malais après avoir parcouru 5 823 km. Il regagna l'Angleterre avec les hommes qui lui

étaient restés fidèles, et fit ouvrir un procès contre les insurgés. En 1808, on découvrit
sur l'île Pitcairn dans le Pacifique sud un établissement qui avait été construit en 1790
par neuf mutins aidés par six hommes et douze femmes de Polynésie que les mutins avaient
enlevés à Otaheite (aujourd'hui Tahiti). Le dernier des mutins, John Adams, mourut en 1829,
laissant une colonie en développement qui fut annexée par le Royaume-Uni dix ans plus tard.

Finalement, voici des infos complémentaires sur l'île, son économie et ses infrastructures. 
Vous me pardonnerez de ne pas traduire, mais j'ai choisi le texte le plus simple et court.  

Pitcairn Island is a small isolated volcanic island in the South Pacific, its closest
neighbours the Gambier Islands to the west and Easter Island to the east. Only three square
miles of land, with steep cliffs all around, the sole anchorage is at Bounty Bay which is
tenable only in settled weather. Pitcairn is a dependency of Britain, together with the
uninhabited Henderson, Ducie and Oeno islands. It is administered by the British Consulate
in Auckland, New Zealand, but day-to-day affairs are run by an island council.

Supply ships are supposed to call three or four times a year but there is no regular service.
Other ships used to call regularly to buy fresh produce and handicrafts from the islanders,
but this has declined with the cessation of passenger liners and the increase of container
ships on tight schedules. Nevertheless, ships continue to call at Pitcairn, on average about
one every week. Approximately 20 yachts stop at Pitcairn every year, where a warm welcome
awaits the cruising sailor who calls at this remote community, whose entire history has been
intrinsically bound up with the sea.

Adamstown, the only village on the island, is on the northern coast, near Bounty Bay. The
islanders are extremely welcoming, but some cruising sailors have abused this generosity
and overstayed their welcome. The once free launch service (with donations) to and from
your boat, now has a charge (currently 30$ per person).
Pitcairn Practicalities:

The islanders rely economically on tourism and the odd part time job for the local
administration. The local economy is still largely based on natural household. Tourism
mainly consists of the locals taking their boats out to sell handmade souvenirs, postcards
and the very coveted Pitcairn-stamps whenever there is a cruise ship or cargo vessel
stopping by for a few hours. 

Electricity is made with diesel generators, and electricity is only switched on between
0800 to 1300 and 1700 to 2000 every day. But many have their own little generators or large
batteries installed in their homes.  There is a post office, co-op, basic bank services, and
even a restaurant! It is open every Friday between 1800 and 2200. There you can enjoy a good
meal and a Captain Morgan rum, meet the islanders and have a nice time.

In order to be allowed to drink alcohol in Pitcairn, you need an official alcohol license which
costs US$20. The license is beautiful, it comes in writing, with name, date of birth, place and
the official crest of Pitcairn on it. (Not sure if that still applies)

Weather:


The climate is subtropical in the SE trade wind belt, with the most pleasant weather from
November to March, when the winds are also lighter and the seas smoother. Pitcairn is very
rarely affected by tropical storms. (Note : il y a eu un coup de vent important la semaine
dernière qui a fait quelques dommages).


Jeudi 14 mai ,   En route pour l'île de Pitcairn 

Lentement mais sûrement
 
12 mai  09
En route vers Pitcairn/Gambiers
11 mai 09

Ouf, la mer s'est enfin calmée.  Les vents ont diminué à 10 noeuds ce qui fait qu'on

peut enfin faire route vers notre destination. Oui, oui, on va enfin dans la bonne

direction!  Il était temps. encore la nuit dernière. après 12 heures de navigation.

Nous n'avions égrainé que 12 maigres miles nautiques dans la bonne direction.  Nous

avons le vent directement dans le nez ce qui fait qu'on doit naviguer à moteur.  On

avance à pas de tortues, mais on avance.  Il faut surveiller les moteurs car l'une

des pompes à eau démontre encore des signes de faiblesse.

Au cas où vous vous demanderiez pourquoi les courriels ralentissent. c'est que nous

avons éprouvé de sérieux problèmes avec la radio qui ne voulait plus 'tuner' ce qui

rendait les communications radios et échanges de courriels impossibles.  Le capt avait

la binette à terre. Plus de radio. Non mais c'est sa vie la radio et les e-mails sur

le bateau!  Il était FENI : F -E- FE- N - I - NI!! Mais. comme par miracle, ça s'est

remis à fonctionner.  Go figure!  Parlant de ceci, apparemment qu'il n'y a pas internet

aux Gambiers.  Que fera le capt? On est bien loin du temps où l'on réussissait à se

brancher sur internet clandestinement dans pratiquement tous les ancrages.  Cette

époque est bel et bien révolue.  Personnellement, ca fait plusieurs mois que je ne

suis pas allée sur mon compte e-mail.  Maintenant, il faut aller à terre à partir de

nos ancrages et même à terre, c'est tout un défi de trouver un café internet où le

service n'est pas 'down' et que dire de Skype. Parler sur Skype est devenu un défi

de taille.  Le capt, qui se demandait ce qu'il ferait de toutes ses minutes sur le

téléphone satellite, commence à trouver que les minutes s'envolent plus rapidement

qu'il ne le croyait.

Plus que quelques 300 miles nautiques à parcourir. Il faut faire vite car si on veut

arrêter à Pitcairn, on n'a qu'une très courte fenêtre de disponible avant l'arrivée

du prochain front.  Plus à suivre, à la vitesse à laquelle la météo évolue, ça a

bien le temps de changer encore.  Trop tôt pour se prononcer encore!

13 mai 09

Si tout va bien nous devrions atteindre Pitcairn demain juste avant la brunante. après

15 jours de navigation (plutôt que les 10 prévus) et ce si nous sommes chanceux.  On

se croirait dans le temps des impôts, le capt ne cesse de calculer et recalculer

l'heure estimée d'arrivée sur sa calculatrice.  Non mais ce qu'il faut comprendre

c'est que si on manque notre arrivée à la clarté, ne serait-ce que par une petite heure,

on va se retrouver à virailler toute la nuit sur la mer, dans des vents de 25 noeuds, en

attente du petit matin pour pouvoir pénétrer dans l'atoll en toute sécurité.  Bien

honnêtement, une bonne nuit de sommeil ne serait pas de refus avant de repartir vers

les Gambiers.  C'est 'rough' sur le système à la longue de dormir par petits 'stretchs'

de 2-3 heures.  On n'a plus vingt ans!!  Ha ha ha!  Alors que nous devrions avoir un

beau vent de 12 noeuds dans le dos ce soir, nous passons système après système depuis

l'heure du souper, les éclairs fusent de partout.  Les vents sont de moins de 5 nouds

et la girouette vire dans tous les sens au grand désespoir du capt.  Je comprends mieux

maintenant l'essence de l'expression : Cesse de faire la girouette! Baisse la grand voile,

enroule le génois, ré-ouvre le génois, enroule, monte le spi, baisse le spi. ça garde

occupé mais on n'en demande pas tant.  Cet PM, le capt a sorti ses ciseaux et a fait

des coupes de cheveux à ses trois fils, moi je n'ose pas.  Au clipper c'est une chose

mais faire des coupes dégradées, stylées. non, pas vraiment!   Fidèle à nous même, 

on aime se compliquer la vie.  Couper les cheveux dans les vagues et le vent.pas évident! 

Le résultat n'est pas trop mal mais Christian. il serait peut-être mieux que tu n'inspectes

pas les détails de la coupe de trop près.  Après plus de 4 mois, les coupes étaient
bienvenues toutefois.  Pour ma part, j'arrive maintenant à m'attacher les cheveux dans

un semblant de chignon, je suis encore à déterminer si ça me va bien ou non mais au

moins, dans l'intérim, je n'ai pas à me trouver de coiffeur.  Quant au capt,  il va

devoir se trouver une coiffeuse car moi je n'ose pas encore.  A moins que je lui mettrais

un bol sur la tête pour essayer la technique de la bonne vieille coupe champignon et je

pourrais terminer le reste au 'clipper'.

Bon j'y vais, encore un système menaçant qui se pointe et semble vouloir nous rentrer

dedans.  Le capt, avant de se coucher,  m'a donné ordre de les éviter.  je vais voir

ce que je peux faire. 



Pour terminer,  spécialement pour ma bonne vieille amie Annie, je t'envoie un Roupoupou
fort et clair et je promets de t'écrire cette nuit.

Dimanche  10 mai ,   En route pour l'île de Pitcairn ou les Gambiers


A la cap au milieu de l'Océan Pacifique
 
10 mai  09
A la dérive au milieu de l'Océan Pacifique
08 mai 09
Bon,  il ne serait pas juste de laisser nos lecteurs languir d'inquiétude alors voici

des nouvelles fraîches.  La première tempête a frappé tel que prévu en fin de soirée

et a atteint son point culminant tôt le lendemain matin.  Les vents oscillaient entre 

40-45 noeuds avec des pointes à 47 noeuds. Une tempête qui s'étendait apparemment sur

700 miles.  On avançait assez tranquillement et très difficilement dans des vagues de

plus de 20-25 pieds (en s'éloignant de notre objectif pour mieux passer à travers la

tempête).  Les enfants sont venus barrer avec moi à chacun leur tour pour venir

s'imprégner de la tempête et s'éventer un peu car ça devient chaud à la longue dans le

carré à l'intérieur. C'est beau à voir, c'est majestueux de voir ces vagues monstres,

les embruns, le vent qui hurle!  C'est impressionnant. Et c'est évidemment beaucoup

moins épeurant de jour que de nuit.  Ce qui est le plus ironique dans tout ça c'est

que le ciel est bleu et il fait beau soleil et pourtant, le vent rugit.  Dans le but

de ménager la pression sur le gréement, trampolines, voiles nous avons décidé, un peu

plus tard en journée de tout affaler les voiles et de nous mettre à la cap technique. 

Nous nous laissons aller au gré des vagues et CAT MOUSSES tient merveilleusement la

direction.  Nous aurons bien sûr à refaire la route perdue mais c'est tellement plus

confortable ainsi.  On va attendre que ça passe et on traversera le pont de la prochaine

dépression quand on y arrivera (dans 2 jours avec des vents cette fois de plus de 50

noeuds sur les gribs).  Comme le vieux dicton le dit si bien: Une dépression à la fois!!! 

Pour les non-initiés, la cap technique c'est de se laisser dériver sur la mer sans moteur

ni voile avec la barre à roue tournée vers le vent.  Le fardage du bateau tire le bateau

vers le sud mais le gouvernail vers le nord dans notre cas spécifique ce qui veut dire

que le bateau se laisse dériver sur cette mer quelque peu déchainée.  

En soirée, une fois la tempête calmée,  nous reprenons notre route.  René est pas mal

vané alors je prends le fort vers 22h00 et j'assure la veille pour une bonne partie de

la nuit. J'en profite pour sortir mes livres de recette Mince à Vie et je nous prépare

une salade de chou, une salade de patates et deux pains aux bananes.  Ce faisant je

surveille les vents qui tournent et aussitôt que le vent nous le permet, je mets le

cap franc ouest, j'allume un moteur, je déroule le génois et je pousse le plus vite que

je peux vers l'ouest.  Pour une fois que le vent nous permet d'aller dans la bonne

direction, je pousse la machine!  Sauf que rendu à 04h00 AM, le vent grimpe à 24-25

noeuds alors je réveille le capitaine.  

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09 mai 09

Il n'y a pas 1h30 que je dors sur un coussin dans le carré que René me tire de mes

rêveries vers 05h30 AM.  La tempête reprend de plus belle, il faut enrouler le génois

et prendre trois ris dans la grand voile.  On a presque pas bougé depuis hier.  Nous

avons réussi à faire environ 40 MN vers l'ouest mais les vents sont de retour du

nord-ouest où nous désirons nous rendre.  La force des vents est entre 23 et 28 noeuds

avec des vagues de 15 à 20 pieds.  Le ciel est très couvert,  puis c'est la parade des

averses et orages qui commencent.  A un certain moment alors je m'affaire à barrer pour

reprendre le cap que le pilote automatique vient de perdre, j'ai la chance inouïe

d'assister à un rare spectacle.  A 2 longueurs de bateau en avant de CAT MOUSSES est

passé un waterspout (entonnoir d'eau semblable à une mini-tornade aspirant l'eau vers

le ciel formant une colonne visible jusque dans les nuages).  Très impressionnant!  Dieu

merci nous avons seulement été spectateurs dans tout ceci. Il devait certainement y avoir

un ange-gardien qui veillait sur nous sinon la liste des bris aurait été légèrement plus

longue!!! 

En PM, notre patience s'effrite, nous n'en pouvons plus de nous faire taper dans les vagues.

Sur notre rapport de position du 5 mai en fin d'après-midi, il nous restait 460 Mn à faire

avant d'arriver à Pitcairn.  En date d'aujourd'hui, il nous reste encore 358 Mn à faire!!!!! 

Faire 102 Mn en 4 jours, c'est du jamais vu pour nous!!!  Nous avons dû faire tout près de

500 Mn à virailler afin de fuir le gros temps mais sans succès.  Quand on regarde notre

trajectoire sur le GPS, on croirait voir une toile d'araignée.  Au bout du compte on ne fait

que s'éloigner de notre destination finale et on finit quand même par essuyer tous les systèmes

qui passent.  Rien ne sert de fuir, on ne peut pas deviner la trajectoire exacte des systèmes

qui ne cessent de nous jouer des tours.  Le capitaine nous dit : 'Je dois avouer qu'en tant

que capitaine, cette étape de notre voyage m'a beaucoup appris!!'

Ainsi, après de longues discussions en famille, nous décidons de nous mettre à la cap technique

à nouveau en attendant que les conditions s'améliorent.  Nous dérivons à 1.5 nouds direction

générale du 135 degrés.  CAT MOUSSES n'aime pas le près et depuis hier, nous avons cassé 5

ancrages de trampolines.  Le pare-soleil sur notre génois commence à tomber en lambeaux,

notre réflecteur radar a perdu deux de ses pales, bref nous sommes en sécurité mais notre à

tank cumule les bris et ça fait mal au coeur.  Ainsi, afin de limiter les bris et de cesser

de tirer des bords pour rien ont décide d'attendre que le mauvais temps passe.  Selon les gribs,

nous devrions pouvoir recommencer notre route dimanche ou lundi.  Pour en rajouter, notre

connexion radio fait des siennes.  C'est que René avait débranché l'antenne radio lors du dernier

orage électrique et il a perdu une vis à cause d'une vague qui a tapé plus fort que les autres.  

Résultat, la radio éprouve des difficultés à 'Tuner' et on ne peut que difficilement recevoir et

envoyer des courriels et on ne nous entend pratiquement plus lors des communications radios au

grand désespoir du capitaine.

En principe nous devions arriver à Pitcairn le 9 mai, après 10 jours de navigation mais au moment

où on se parle on ne sait même plus si on s'y rendra.  Chose certaine, ça ne sera pas avant le

15 mai.  Malgré tout le moral est bon et les enfants ont éclaté de rire lorsque nous leur avons

parlé de ce petit délai!!

Quel soulagement que de se mettre à la cap.  Tout va bien à bord du CAT MOUSSES et ce soir, nous

avons bien l'intention de se payer une longue nuit de sommeil laissant le Radar en charge de la

veille.  Quel bonheur!

10 mai

La maman du Cat Mousses a été bien gâtée ce matin.  En plus de tous vos courriels de Bonne Fête,

j'ai eu droit à un bon déjeûner de crêpes aux bananes Mince à Vie que j'ai préparées avec ma

Catherine.  Nous avons remis les voiles en fin de matinée car les vents sont présentement

favorables mais ça ne durera pas.  Sur les dernières communications radio ce matin, on nous

sommait de changer de cap et de fuir à nouveau car un nouveau front frappera ce soir vers 19h00. 

Pas question de fuir, basé sur notre expérience des derniers jours, on utilisera notre bonne

vieille technique de mise à la cap.  Il y a deux ou trois dépressions encore en vue.

Sur ce, je vous laisse en souhaitant de la part de tout l'équipage du Cat Mousses une Bonne Fête

des Mères à nos plus fidèles lectrices!  De mon côté je vais continuer à me la couler douce. 

Je suis dispensée de mes tâches aujourd'hui, congé de vaisselle et pas de repas à préparer. 

Wow!  J'en profite et je me rattrape sur mes courriels et récits.


Jeudi  07 mai ,   En route pour l'île de Pitcairn ou les Gambiers

100ième récit - Leçon d'humilité 
05 mai  09
En route pour l'Ile de Pitcairn ou les Gambiers

Demain le 6 mai, il y aura 10 mois que nous aurons quitté Québec pour entreprendre ce

périple autour du monde.  Que de miles nautiques parcourus depuis  notre départ (Plus

ou moins 15000 Mn ce qui veut dire un peu plus de 27000 Km) et que d'encre coulée par

l'entremise de mes récits.ce soir j'écris mon centième récit.  Je serais curieuse de

voir combien de pages cela fait en tout.. Beaucoup. J'ai l'impression que je rirai

lorsque je me relirai dans quelques années d'ici,  je rirai de voir dans quels détails

je rapportais notre petit quotidien parfois bien anodin, mais en attendant,  ça occupe

mes quarts de veille de nuit et ça nous fera des souvenirs.

Je me demandais depuis quelques temps quel serait le sujet de mon 100ième récit.  Et

bien aujourd'hui je n'ai pas à chercher loin.  Plein de choses sont arrivées aujourd'hui,

des choses que j'ai appelées une leçon d'humilité et qui nous rappelle que nous ne sommes

qu'une goutte d'eau dans l'océan et que nous n'avons pas grand contrôle quand les forces

se déchaînent.  

Ce matin, j'enseignais alors que le capt prenait un peu de repos.  J'ai essuyé quelques

averses en cours d'avant-midi, mais vers 12h00, les choses se sont corsées, le capt s'est

réveillé juste au moment où nous croisions un système de mauvais temps.  J'ai dû cesser

les classes pour le reste de la journée. au plus grand bonheur des enfants.   Nous sommes

en période hivernale ici et bien que nous ne sommes pas dans la période des cyclônes, il

semble que toute une série de tempêtes se préparent autour de nous.  Je disais donc. la

grand voile était réduite à son maximum (trois ris), le génois pratiquement tout enroulé

et  le vent ne cessait de forcir avec une moyenne de 30-35 noeuds.  Avec les bourrasques

de vent, nous avons atteint une lecture record de 48.5 noeuds de vent!   C'est du vent

ça mes amis!  Nous étions encore trop voilés, il me fallait donc aller affaler la grand

voile complètement pour réduire notre vitesse, pas une mince affaire sous ce vent.  René

était à la barre et toute attachée je suis montée sur le toit pour aller effectuer la

manoeuvre que j'ai réussi tant bien que mal, au fruit de toutes les forces que j'avais. 

Parfois j'ai l'impression d'en reperdre physiquement.  On dirait que les muscles perdent

de leur force sur un bateau.  J'avais beau tirer et y mettre tout mon poids, ça ne bougeait

pas d'un cheveu!

Puis, alors que j'essayais d'entrer en communication radio avec ceux qui suivent pour nous

la météo et guident nos trajectoires pour s'assurer que l'on navigue sous des vents

favorables et sécuritaires, j'entendais un bruit contre la coque du bateau.  Je suis sortie

sur le pont pour aller identifier ce bruit et c'était ce que je pensais.  Il y a sur la

partie extérieure des deux quilles, ce qu'on appelle un parre-battage, c'est-à-dire un

'bumper' en caoutchouc inséré dans une glissière de métal qui court de la proue à la poupe

du bateau. Et bien sous la force des vagues, une bonne quinzaine de pieds de ce protecteur

avait été complètement arraché (avec la glissière de métal) et le tout traînait à l'eau et

se fracassait contre la coque.  J'ai réussi à remonter à bord cette barre d'aluminium toute

tordue et à la placer sur le pont de manière qu'elle n'égratigne pas trop le fibre de verre. 

Alors maintenant ce sont les deux 'bumpers' qui gisent de part et d'autre du pont du bateau.

Beau portrait, on se croirait dans un vieux fond de cour au travers des débris de 'cour à

scrap'.  Le plan étant de naviguer les îles du Pacifique pendant 6 mois encore avant d'atteindre

la Nouvelle-Zélande (premier endroit où nous pourrons effectuer des réparations sérieuses),

j'ai bien peur que le bateau sera sur les blocs pendant  quelques temps car la liste des

travaux s'allonge de jour en jour.  Hier nous avons remarqué que le parre-soleil du génois

est usé à la corde.  Résultat, la toile du génois y est déchirée en deux endroits.  A part ça.

ha oui.l'hélice du moteur de tribord est désengagée de sur son arbre, rendant ce moteur

inutilisable jusqu'à ce que René plonge, en pleine mer, pour remplacer le chemin de clé que

nous n'avons pas et que nous devrons improviser avec un 'grinder' (petit projet de 10 minutes

du capitaine pour demain).  Bien sûr il nous reste toujours l'autre moteur sauf que ce dernier

semble à nouveau éprouver des difficultés au niveau du transfert des vitesses.  Il ne se

désengage plus seul, c'est donc dire qu'il faut descendre dans le fond de la  chambre des

moteurs pour aller en diminuer manuellement la révolution.  Somme toute, rien de très grave

mais on se sent un peu diminués dans ces moments.

Je suis un peu négative j'en conviens mais la température et mère nature me rendent un peu

misérable aujourd'hui.  J'ai dormi un peu cet PM et au réveil, vagues ou pas vagues, les

enfants avaient un super projet de cuisine pour essayer de faire diminuer nos régimes de

bananes.  J'ai donc retroussé mes manches et cuisiné avec eux trois différents pains de

bananes.  J'en suis ressortie avec quelques bleus et quelques coups à la tête mais les pains

étaient réussis.  Je ne sais pas pourquoi mais la patience manque dans ce genre de moments!

Rire!

Ce soir René a reçu différents courriels nous indiquant de modifier au plus vite notre

trajectoire.  La dépression qui se préparait depuis hier s'est maintenant développée en tempête

importante qui occupe un espace considérable de 20 degrés de latitude sur la carte. Ainsi, il

faut faire du sud-ouest autant qu'on peut afin de passer à côté de la tempête sinon on se

retrouvera en plein milieu, ce qui n'est pas à conseiller car ils annoncent des vents de 45-50

noeuds avec des bourrasques de 60-70 noeuds.  Basée sur notre expérience de ce matin, on serait

peut-être mieux de s'en éloigner un peu.  L'ironie du sort c'est qu'on se retrouvera avec un

vent de face puis plus de vent et nous devrons clencher le plus vite que possible pour sortir

de là à moteur.  La capt a passé la majeure partie de la nuit à braver les différents systèmes

que nous croisions mais j'ai pu reprendre le fort vers 03h20 AM, les dangers étant écartés.
Côté Pitcairn, on s'est peut-être réjouis un peu vite.  La météo annonce toujours des vents

calmes de ce côté pour les jours où nous devions nous y arrêter.  L'ennui c'est après.  Je dis

après car il semble que d'autres systèmes se développent maintenant entre Pitcairn et les

Gambiers et selon les calculs de nos experts, si on n'atteint pas les Gambiers (seul endroit

protégé) pour le 12 mai au matin, nous serons pris en mer pour trois jours sous des vents de

60 noeuds avant de pouvoir oser s'aventurer dans l'atoll des Gambiers.  Donc. on va devoir se

plier aux forces de la nature et passer droit devant Pitcairn  pour filer directement sur les

Gambiers.  Snif!  La sécurité d'abord et avant tout.
06 mai 09

Ce matin le capt a effectué sa plongée pour aller remplacer le chemin de clé de l'hélice.  Il a

réussi à en trouver un de 'spare' qui faisait plus ou moins l'affaire donc l'opération s'est

avérée un peu plus simple.  Je ne nous voyais pas, machiner ce genre de pièce minuscule, avec

nos outils de broche à foin sur un bateau.  Nous avons mis le bateau à la cape avec les voiles

à contre et il lui en a pris environ 30 à 45 minutes pour terminer l'opération sauf qu'au moment

de remonter à bord, il a effectué une petite inspection visuelle de l'autre hélice, côté babord. 

Evidemment, il y avait le même problème de ce  côté aussi. Il lui en a pris un autre 45 minutes

pour finaliser la réparation mais de ce côté-là il devait lutter contre le courant.  Le capt est

remonté à bord exténué, avec le mal de mer en prime mais il s'en est vite remis, heureux d'avoir

réussi sa mission délicate. Non mais va-t-on finir par trouver ces pièces de rechange quelque

part pour pouvoir se sortir plus facilement de telles impasses lorsque nous sommes seuls au monde

au beau milieu de l'océan?

Côté météo, les nouvelles ne s'améliorent pas mais la tempête (ou plutôt front) se déplace encore

plus rapidement que prévu.  Depuis hier, on a l'impression de jouer au yo-yo à se déplacer dans

un sens, puis dans l'autre, puis dans l'autre pour se sauver de la tempête.  Aujourd'hui nous

avons compris qu'il ne sert à rien de s'enfuir, elle va nous rentrer dedans coûte que coûte alors

on a mis le cap franc sud où nous devrions être exposés un peu moins longuement aux éléments et

pour le reste, advienne que pourra!  Après tout, la meilleure place à être lors d'une tempête

c'est bien en mer plutôt que dans un mouillage (ancrage)  mal protégé.  Notre catamaran c'est

un gros 'tank' de guerre, nous l'avons toujours dit.  Nous allons être frappés demain en PM avec

de forts vents d'environ 40-50 nouds.  Nous allons simplement affaler les voiles et nous mettre

à contre, se cloîtrer dans le carré et attendre que ça passe.  Nous sommes donc à préparer le

bateau et à tout vider le 'cockpit' pour que rien ne puisse s'envoler.  Nous avons enlevé tous

les coussins, enlevé le bimini, rangé l'ancre et nous allons tout fixer pour que rien ne bouge. 

Nous allons enlever le BBQ de sur le balcon arrière et ajouter des câbles pour réduire au maximum

le balancement de l'annexe.  Nous devrions avoir une première tempête demain en PM, puis une

autre 24 heures plus tard et possiblement une troisième pas longtemps après.  Rien d'insurmontable,

nous avons vraiment confiance au bateau.  On se laissera aller, ça va passer. Cet PM, absorbée

dans mes préparatifs, alors que je lovais (roulais) les cordages pour les ranger,  j'ai fait la

rencontre d'un acolyte.  Depuis notre départ des Galapagos, à part dans les mouillages, nous

n'avons pas rencontré âme qui vive sur la mer après la rencontre avec la barque de chasseurs de

requins blancs qui étaient arrivés de nulle part de façon impromptue.  J'étais assise sur le pont

quand j'ai entendu un gros 'Pshhh'. une baleine!  Une gigantesque et majestueuse baleine qui a

fait route à nos côtés avec son bébé pendant tout près d'une heure.  Nous avons eu beau éplucher

tous nos volumes de référence et encyclopédies, nous ne sommes pas arrivés à l'identifier hors

de tout doute.  Elle nageait en surface, nous laissant voir son large dos lisse et sa nageoire

dorsale arrière  mais elle n'ondulait pas suffisamment lors de ses plongées pour nous permettre

de bien distinguer les détails de son profil et de sa queue. Quoiqu'il en soit, nous étions

subjugués du spectacle. à quelques brasses à peine de notre bateau.  Quelle merveille que

d'observer une baleine sous un coucher de soleil!

Ce soir c'est le calme avant la tempête, plus une goutte de vent, une mer lisse.  Pour terminer,

il n'y a pas matière à s'inquiéter, nous assurerons d'abord et avant tout la sécurité des

moussaillons et veillerons à ne pas commettre d'imprudence.  Nous vous tiendrons informés des

développements de la situation.  De toute façon, dans la vie, les tempêtes qu'on craint le plus,

finissent toujours par être plus petites que prévu.



Mardi  05 mai ,   En route pour l'île de Pitcairn

De retour en mer
01 mai  09
En route pour l'Ile de Pitcairn
Nous avons repris la mer hier matin, non sans un petit pincement toutefois car

l'équipage du Cat Mousses s'entend, sans équivoque, pour dire que l'Ile de Pâques

figure maintenant en tête de liste comme destination préférée depuis le début

du périple.  Nous voulions sortir des sentiers battus et de la 'trail' standard

des navigateurs et nous avons réussi.  Nous avons adoré l'expérience.  Disons

toutefois que nous avons été bénis des Dieux car une semaine de plus et c'était

impossible.  En effet, ils annoncent une température exécrable à l'Ile de Pâques

pour la semaine à venir, de la pluie torrentielle et des vents violents de 30-35

noeuds.

De notre côté, le vent souffle bien, nous avons une grosse mer  mais l'équipage fait

bien ça.  Certains ont un peu le moton, il faut toujours un petit temps de réadaptation

à la mer mais déjà ça va mieux.  Nous avons commencé avec un vent de travers mais

nous sommes maintenant sur vent arrière, c'est une chance car la houle est assez

impressionnante.  Le premier jour nous avons pêché un autre poisson inconnu qui s'est

avéré être une 'sériole couronnée' de deux livres.  C'est une espèce de carangue.  Je

l'ai cuite au four en papillote et je l'ai servie nappée d'une salsa de mangues fraîches

avec  des pommes de terre rissolées.  L'équipage a mangé mais heureusement qu'elle

n'était pas plus grosse, les appétits étaient maigres.  Parlant de ceci, j'ai oublié

de mentionner que lors de notre rencontre avec le conjoint de notre guide (Inès)

sur la grève d'une plage à l'Ile de Pâques, nous nous sommes retrouvés avec des oursins

que ce dernier venait d'attraper.  Il nous en a offerts 5-6 et en a ouvert un devant

nous qu'on a mangé cru avec du citron.  Ce n'est pas mauvais, c'est salé, ça rappelle

un peu la texture du caviar.  De retour au bateau, je les ai cuits au presto, je pense

que personnellement  je les préfère cuits mais les deux sont bons.

Demain c'est la fête de 11 ans de Thomas.  Nous travaillons sur un concept de fête mais

ça risque de tourner autour du thème de James Bond pour lequel notre Thomas a développé

une passion depuis un certain temps.  Plus à suivre. Il racontera sa journée de fête

dans son journal de bord personnel.

03 mai 09

Ce soir, nos amis Jacques et Josée d'Alexandre IV arrivent finalement aux Gambiers après

22 jours de navigation.  Ils faisaient initialement route vers Pitcairn mais la température

n'a pas voulu coopérer, ils ont eu beau se battre contre le vent autant comme autant,

Éole a eu raison d'eux et ils ont dû se résoudre à contrecoeur à modifier leur cap et

oublier Pitcairn.  De notre côté, nous faisons route vers Pitcairn que nous planifions

atteindre pour le 9 mai sauf que.. comme vous le savez, le virus du Swine Flu fait des

ravages et une rumeur court à l'effet que Pitcairn aie décidé d'imposer une quarantaine

pour les visiteurs de l'île.  Nous avons envoyé des courriels leur expliquant notre

itinéraire des dernières semaines et leur demandant s'ils seraient prêts à nous recevoir

mais avons très faible espoir que cela puisse fonctionner.  Je ne me prétends pas médecin

et je ne connais pas le temps d'incubation de ce virus mais j'aurais tendance à penser

que si l'un de nous avait été mis en contact avec ce virus, les premiers signes ce seraient

manifestés au cours de nos jours de navigation entre l'Ile de Pâques et Pitcairn.  Néanmoins,

il faut comprendre que le faible nombre d'habitants de cet endroit (une cinquantaine au moment

où l'on se parle) puisse être sur leurs gardes et qu'ils tiennent à protéger leur subsistance. 

Ces gens sont les  derniers descendants des mutins du célèbre bateau 'HMS Bounty' et leur

système immunitaire leur dicte probablement une prudence accrue. Nous avions spécialement

hâte à cette escale que nous attendons depuis fort longtemps, justement parce que si peu de

navigateurs font ce détour.  Ainsi, nous nous croisons les doigts.  Plus à suivre.

04 mai 09

Il est 01h15 AM et je suis de veille, nous naviguons sous spi, le vent a forci et nous faisons

une vitesse moyenne de 6-7 noeuds avec des pointes à 8 noeuds.  Depuis notre départ de l'Ile

de Pâques nous naviguons strictement à voile,  le seul diésel qu'on utilise se limite à une

heure de génératrice le matin, question de remonter le frigidaire après une nuit noire, 

les panneaux solaires se chargent du reste de la journée.  Nous roulons aussi la génératrice

en soirée pour recharger les lap tops car on apprécie nos lap tops la nuit pour écrire,

gérer les courriels et visionner des DVD.  Ce midi nous avons pêché une magnifique dorade

de 7 lbs.  Le moment était un peu mal choisi puisqu'elle s'est pointée au moment précis où

je déposais sur la table le macaroni au fromage maison style bahamien préparé par mon

aide-cuisinier du jour (Thomas) et moi.  De plus, le capt était occupé sur la radio, le pilote

automatique venait de perdre le cap et pour en rajouter, nous traversions un grain et devions

à la hâte, défaire la table dans le cockpit pour la remettre dans le carré à l'intérieur. 

Mais tout de même, on a pris le temps de remonter le poisson (spécialement combattif). 

Après une journée complète d'école, les enfants et moi nous sommes attaqués à une recette,

assez longue mais combien délicieuse, de dorade poêlée, nappée d'une salsa de tomates à

la créole et servie avec des pommes de terres au four comme seule grand-maman sait si bien

les faire.  Ce souper gastronomique tombait bien car nous avons finalement eu des nouvelles

du commissaire de l'Ile de Pitcairn.  Comme nous le disions, Pitcairn est une petite île

isolée et vulnérable qui ne veut en rien mettre ses habitants à risque.  Néanmoins, ils ne

ferment pas l'accès aux navigateurs, en autant que le capt fournisse une déclaration formelle

attestant de la santé de ses passagers, qu'il fournisse un historique des dernières

destinations visitées avec dates et finalement, l'équipage doit se soumettre à un examen

médical de l'officier médical de l'île.  Ouf!  On a eu peur mais tout est bien qui finit

bien et on réussira à visiter cette fameuse île.  Côté température, il semble que nous aurons

une fenêtre favorable pour nous arrêter, les vents ne seront pas trop menaçants lors de notre

escale et nous repartons justement au moment où ils doivent grossir.  Encore plus à suivre .