Journal de bord Mai 2011
Mercredi 31 mai , En navigation vers Rabaul, Papouasie Nouvelle-Guinée
Récit 173 - Navigation tranquille vers Rabaul
Nous avons quitté les Louisiades en direction du nord de la Papouasie, l'île
de New Britain. Le passage est très tranquille, nous sentons que nous sommes
dans les doldrums, les vents sont variables, beaucoup de cellules orageuses
le jour et les vents sont faibles. En quittant les Louisiades nous avons
goûté à un peu de vent arrière (environ 20 noeuds) jusqu'au petit matin,
mais ça ne cesse de diminuer depuis. Nous avançons à spi à l'occasion,
parfois au près serré avec la grande voile et le genois assisté à moteur,
puis à nouveau sous vent arrière. Bref, ça varie énormément. Ce passage
vers Rabaul totalise près de 400 miles nautiques. Aujourd'hui, après les
classes, les enfants ont pris leur douche sous une averse de pluie. Ils
adorent se doucher sous la pluie.
L'ancienne capitale de New Britain a été ensevelie lors d'une éruption
volcanique en 1994. Il y a apparemment 2 volcans actifs à voir là-bas alors
on s'en promet! Nous nous apprêtons à quitter la mer des Solomons pour entrer
dans la mer de Bismarck. Plusieurs des îles du nord de la Papouasie ont été
sous contrôle japonais durant la 2e guerre mondiale et il est encore possible
de voir des vestiges de leur présence dans les environs de Rabaul alors on
espère pouvoir aller en visiter.
Toujours pas de poisson, à part un mini 'squid' qui est atterri sur le pont
il y a deux jours. Évidemment, René l'a ramassé, nettoyé et mis au frigo. Moi,
je l'ai cuit dans le beurre et l'ail comme entrée pour le repas du lendemain
midi. Sur Cat Mousses on ne jette rien! Hugo a mis un morceau dans sa bouche
qu'il s'est empressé d'aller recracher à la mer. Les enfants l'ont trouvé
pas mal drôle, eux qui se battaient pour avoir plus de morceaux du 'squid'. On
n'a pas encore réussi à sortir la ville de notre équipier. Il rêve encore au
prochain McDo qu'il trouvera sur notre route. Il va rêver longtemps j'ai
l'impression. En effet, nous avons quitté l'Australie le 7 mai et depuis nous
n'avons pas vu l'ombre d'un magasin. Demain nous sommes le 1 juin et nous
n'avons pas dépensé un sous noir depuis tout ce temps. Tout ça pour dire que
nous sommes loin des grands centres et nous ne planifions pas y retourner avant
un bon bout de temps.
Depuis quelques jours il n'y a pas la moindre brise, c'est le calme plat sur l'eau.
On devrait arriver aujourd'hui, mardi 31 mai en fin de journée après cinq jours
en mer. C'est que c'est grand la Papouasie!!! Comme il fait une chaleur incroyable,
nous nous arrêtons souvent pour une petite baignade en mer. A un certain endroit,
il y avait des profondeurs de 28 000 pieds d'eau. Cet endroit est appelé Planet
Deep, impressionnant! C'était magique de nager dans cette eau limpide, bleu pur au
milieu de l'océan. Cet PM je me suis laissée tirée sur un matelas (Aquaglide)
derrière le bateau pour quelques heures. Quel bonheur!
Nous ne sommes plus qu'à quelques miles de notre arrivée à Rabaul et nous distinguons
très bien les émanations de fumée du volcan et les arbres pétrifiés qui longent le
flan de la montagne. Nous espérons que nous pourrons visiter ce volcan comme celui
de Tana au Vanuatu que nous avions trouvé fort impressionnant.
Comme il y a eu plusieurs histoires de vols rapportés par des navigateurs qui sont
passés par ici, les enfants travaillent ardemment à élaborer un plan de défense
depuis deux jours. Le cockpit est rempli de pièges de toutes sortes dont plusieurs
ficelles invisibles, reliées à de savants amas de canettes vides, question de générer
un peu de vacarme en cas d'intrusion. Leurs idées sont toutes plus ingénieuses
les unes que les autres, on se croirait dans le film de 'Home Alone'. Reste à voir
lequel d'entre nous se portera volontaire pour passer la nuit dans le cockpit pour
surprendre un possible visiteur nocturne!
Lundi 24 mai , Panasia, Lousiade, Papouasie Nouvelle-Guinée
Récit 172 - L'île 'déserte' de Panasia
Comme promis, je débute ce récit avec un peu plus de détails sur la Papouasie,
ce pays situé à un peu plus de 100 miles au nord-est de l'Australie. Nous nous
trouvons actuellement dans les Louisiade, un groupe d'îles à l'est du continent
principal. La Papouasie et la Nouvelle Guinée ont été combinées avec le Papua
and New Guinea Provisional Administration Act, adopté plus ou moins un an après
le repli des Japonais en 1945. Le pays est complètement indépendant depuis le
16 sept 1975. Le peuple indigène d'ici est l'un des plus hétérogènes du Pacifique
puisque la Papouasie, avec ses 178 700 miles carrés, est constituée de plusieurs
centaines de petites communautés disparates d'une centaine de personnes chacune.
Cette disparité au niveau de la langue, de la culture et des traditions de ces
communautés ne fut pas sans générer plusieurs conflits inter-tribal. Il n'existe
pas moins de 700 dialectes différents parmi ces différentes tribus de la Papouasie
Nouvelle-Guinée mais leurs langues les plus universelles, voire communes, sont le
Pidgin et le Hiri Motu.
Nous sommes présentement dans la tribu du groupe de Misima et nous réalisons de plus
en plus, que plusieurs adultes ne parlent pas du tout anglais. Seuls les plus
privilégiés le parlent, c'est-à-dire ceux qui ont eu l'argent pour payer les frais
scolaires car c'est à l'école qu'ils apprennent l'anglais, une fois leur propre
langue maîtrisée. A ce titre, nous avons visité l'école du petit village de
Panapompom. Cette école enseigne le cours préparatoire (maternelle), première et
deuxième année. Franchement, pour une école où les enfants sont assis à même le
sol de terre dans la petite case où on leur enseigne, c'est plus qu'impressionnant
de voir la structure et la qualité de l'enseignement qui est prodigué et tout le
matériel disponible. Le seul ennui c'est qu'il y a des frais assez importants,
et bien que l'école soit supposément obligatoire, plusieurs enfants ne semblent
pas assister très assidûment à leurs classes.
L'économie du pays repose surtout sur l'agriculture, quoique qu'il y a eu une période
d'exploitation minière de cuivre à partir des années soixante, majoritairement sur
l'île de Bougainville. En certains endroits comme les villes de Lae, Madang, Rabaul
et Port Moresby, il y a de grosses plantations commerciales de coconut, cacao et
caoutchouc. Dans les endroits plus élevés, comme Goroka et le Mt. Hagen, la café
et le thé sont aussi cultivés. De façon générale toutefois, c'est le yam, le taro,
la canne à sucre, les bananes, le coconut et la papaye et quelques légumes qui sont
cultivés un peu partout.
Comme nous aimons à nous tenir dans les coins les plus isolés et les plus retirés,
nous n'avons toujours pas vu la couleur d'un kina, unité monétaire du pays. A date,
nous ne subsistons que du fruit de nos échanges avec les locaux. Les forêts humides
luxuriantes des îles laissent croire que les sols sont très fertiles mais en fait,
il paraît que la culture n'est pas évidente ici. Le sol est très rocailleux et
très peu profond dû à l'érosion que génèrent les pluies. Nous entrons tranquillement
dans la saison sèche, quoique c'était difficile à croire sous les pluies torrentielles
de la semaine dernière. Cette semaine par contre, il fait un temps magnifique et les
vents ont diminué drastiquement. Heureusement pour nous, sinon nous n'aurions jamais
pu nous rendre jusqu'ici. Les vents sud-est qui s'établissent à partir du mois de
mai sont typiques de la saison sèche et c'est précisément ce que nous vivons présentement.
Lors du recensement de 2000, le pays comprenait environ 5 130 000 habitants mais
cette population diminue graduellement avec l'expatriation vers les grands centres.
Il y a encore quelques années, les navigateurs étaient mis en garde de rester à 50 miles
des côtes à cause d'activités hostiles entre groupes de sécession indonésiens pour
le mouvement pour un Free Papua. Il existe aussi des groupes d'insurrection sur
certaines îles comme Bougainville et Buka. Il continue apparemment d'y avoir certains
problèmes d'effractions par ce qu'ils appellent les 'rascals' (voleurs/violeurs), surtout
dans les grandes villes comme Port Moresby mais le problème semble vouloir s'élargir
vers Madang, Lae et Rabaul depuis quelques années. Nous serons plus vigilants lors
de notre passage à Rabaul mais on nous a dit que ça valait la peine d'y passer car
cette ville a longtemps été vue comme une perle du Pacifique, jusqu'à ce qu'une
irruption volcanique en enterre une grosse partie sous 10 à 15 pieds de cendres en
1994. C'est d'ailleurs près de cet endroit qu'il y a eu un tremblement de terre la
semaine dernière, peu après notre arrivée.
Parlons maintenant de Panasia, l'île sur laquelle nous nous trouvons actuellement dans
les Louisiade. On avait entendu qu'il s'agissait d'un très beau lagon et qu'il n'y
avait personne qui vivait ici sur cette île. A notre arrivée, quelle ne fut pas notre
surprise de voir apparaître un local et son fils dans leur pirogue. Ici nous étions
le premier bateau à passer cette année, ce qui explique que dès qu'ils ont aperçu
notre voile, dans la passe, Mackenzie et son fils se sont mis à pagayer contre le
vent et les vagues pour parcourir les 3-4 miles pour venir nous visiter. Inutile de
dire qu'ils semblaient bien heureux d'avoir des visiteurs. Mackenzie nous a pris sous
son aile et s'est très bien occupé de nous lors de notre passage. Il nous a emmené
visiter une grotte (Limestone Cave), dans laquelle il y avait un petit lac sous-terrain,
fort joli. Au retour, nous avons emmené Mackenzie dîner sur le bateau pour le remercier
de l'excursion à la caverne. Puis est arrivée une autre famille dans leur pirogue,
ils venaient passer quelques jours dans leur maison sur l'île pour venir travailler
à leur jardin. Ils vivent en alternance sur deux îles différentes. Ces nouveaux amis,
(John, Gwen, leur fils Emmanuel, ainsi que Rodney (frère de John)) sont aussi montés
à bord mais ne voyaient plus l'heure de partir. Il semble que ce soit la norme ici
et que les locaux montent souvent à bord des bateaux. Cette pratique est un peu
nouvelle pour nous. Ainsi, j'ai fini par leur servir à souper sinon nos hommes n'auraient
jamais pu partir pour leur pêche. Mes nouveaux amis, même après souper et même après
que les hommes eurent quitter pour la pêche, ne finissaient toujours pas par partir
mais je me suis montrée convaincante et après quelques dons de sucre et de thé je
leur ai gentiment détaché leur pirogue?MESSAGE! Ils ont bien reçu mon message et
ont quitté, c'est que les enfants commençaient à s'impatienter un peu.
Les hommes ont rapporté trois poissons et deux langoustes de leur pêche ce soir-là.
Une belle grosse langouste verte pêchée par Thomas et une mini pêchée par papa.
Fiston était pas mal fier de son coup et papa a finalement redonné la liberté à
sa petite prise pour que bébé grandisse et devienne bien gros. Mackenzie, comme son
île est un peu loin, a passé la nuit sur Cat Mousses, sur un matelas bleu du cockpit
après la pêche. J'ai mis toutes les conditions gagnantes de notre côté pour
éliminer les odeurs un peu fortes en lui offrant une douche avec savon et shampoing
s.v.p. ainsi que de nouveaux vêtements; un short et t-shirt de René.
Après avoir ramené Mackenzie sur son île de Little Panasia, le lendemain matin, il nous
a emmené visiter une autre grotte (Skull Cave), soit une caverne où on pouvait trouver
des ossements divers dont plusieurs crânes, sûrement des vestiges d'ancien cannibalisme.
Disons que nous étions fort heureux d'avoir notre ami Mackenzie car sans lui nous
n'aurions jamais trouvé l'endroit. C'était fort impressionnant et l'expédition en
soi a été une très belle expérience que nous ne sommes pas près d'oublier. Le sentier
et les arbres grouillaient de fourmis rouges. On avait l'air touristes un peu je dois
dire ce matin-là. En effet, on pouvait difficilement cacher nos origines, soient
nos racines de gens de la ville, en dansant d'un pied à l'autre à chaque arrêt pour
ne pas nous faire piquer! Mackenzie, lui, marchait et grimpait pieds nus sur les
rochers super coupants. Comme je viens de terminer le roman de Ingrid Bétancourt
'Même le silence a une fin' je la revoyais, elle et le groupe d'otages, captifs au
beau milieu de la jungle colombienne grouillante de bestioles de toutes sortes.
Ouf, pas quelque chose que j'aurais voulu vivre, comme personne d'ailleurs.
Ce matin-là, Mackenzie nous a fait une prestation de grimpage de cocotier et il nous a
fait goûter diverses choses comme le coco vert et son eau, versus, les cocos d'âge
mature à la chair beaucoup plus ferme et au goût beaucoup plus prononcé. Aussi il
nous a ouvert de délicieuses noix trouvées à terre. J'étais contente qu'Hugo aie la
chance de goûter toutes ces nouvelles choses. Il est ressorti enchanté de son
expérience de ce matin-là. Même si nous n'avions pas de Kina, nous avons largement
récompensé Mackenzie et sa famille pour ces deux belles journées en leur offrant des
vêtements pour son fils et lui, sucre, riz, hameçon, cahier,crayon, antibiotique
contre les infections aux yeux, graines pour ensemencer des fines herbes, laitue,
fraises, etc. Je leur ai même cuisiné un plateau de muffins aux bananes alors je
crois qu'ils étaient contents. Ensuite la famille CAT MOUSSES et Hugo avaient envie
d'être un peu seuls et d'aller jouer les Robinson Crusoe sur une île vraiment DÉSERTE. à
On s'est arrêtés sur une magnifique île, loin de toute civilisation. On s'y est fait
un feu, il y a longtemps que nous n'avions pas fait notre fameuse banique (pain
amérindien), saucisses et guimauves sur le feu. C'est un de nos classiques et Hugo
a bien aimé cette activité. On en a profité pour brûler nos vidanges ou crasses comme
dirait Hugo. Puis comme si ce n'était pas encore assez, il restait encore une pêche
de nuit en famille que nous nous étions promise dans un super beau spot que René
avait découvert, très semblable à ses spots chanceux de pêche aux Tonga.
Il ne s'était pas trompé, la pêche fut là aussi très bonne quoiqu'un peu stressante.
On y a vu plein de beaux spécimens. Tortue et raie la veille mais ce soir-là,
il y avait, en plus d'une variété impressionnante de poissons de toutes sortes,
crabes, langoustes et tout ? des amis requins. Disons que des sept plongeurs
que nous étions au départ, nous n'étions plus que cinq en moins de dix minutes,
puis plus que trois après un autre 20 minutes. Il fallait surveiller car à trois
reprises nous sommes arrivés face à face avec un requin et la troisième fois, le
requin était pas mal gros. Ils ont beau être gentils, ils étaient quand même attirés
par notre sac de poisson. Il y a une semaine d'ailleurs, René et Thomas étaient
tombés nez à nez avec un requin de récif. Il paraît que le requin est resté tellement
surpris et qu'il a été tellement aveuglé, qu'il était complètement désorienté.
Il se cognait partout contre le récif, contre René puis contre le récif encore.
Les gars n'ont pas insisté et sont revenus assez vite.
Disons qu'hier soir, à la rencontre du troisième requin, René n'a pas eu à nous
prier, Nicolas et moi, de retourner à l'annexe, il était pas mal gros ce requin là.
Mais en nous retournant, nous sommes tombés nez à nez avec une énorme langouste.
Too bad le requin, on ne pouvait passer devant cette belle langouste! Le requin
pouvait bien attendre un peu, on a essayé de l'oublier le temps de ramasser cette
deuxième belle langouste verte. Puis on s'est dit que deux langoustes et un
poisson perroquet nous suffiraient pour ce soir-là et on a terminé l'expédition
de pêche. Pauvre Hugo, on lui en fait voir de toutes les couleurs mais surtout,
il va virer langouste. Lui qui n'en raffole pas? le pauvre? il doit pâtir un
peu de mes menus. Ceviche de poisson et wraps de langouste pour le dîner, puis
spaghettis nappés de crème à l'ail et à la langouste pour le souper. ENCORE de
la langouste! Et il en reste pour le dîner de demain. Il dit quand même qu'il
commence à se faire au goût.
J'avoue que le souper de ce soir était digne d'un repas de grand restaurant.
Un délice!
Ce matin, René et Hugo font une dernière visite à John. C'est qu'il nous a demandé
de lui expliquer quelques fonctions du téléphone cellulaire qu'il venait tout
juste de s'acheter et que nous lui avions chargé sur le bateau. Hugo, issu d'une
génération plus technologique que le nôtre, s'est vu attribuer cette tâche par le
capitaine. Il a pré-programmé quelques numéros de téléphones et entré la date,
l'heure etc. Ensuite nous avons levé l'ancre pour changer de mouillage et rallier
l'île de Kamatal, un autre beau lagon tranquille. C'est vraiment impressionnant
de voir toutes les pirogues à voile ici. De toutes les îles du Pacifique, c'est
le premier endroit où on voit les locaux utiliser la voile sur leur pirogue.
Cette utilisation du vent leur permet de se déplacer très loin et par le fait même,
leur garantit toujours de belles pêches. De par le peu de cochons et de poules
rencontrés sur les îles, on voit bien que les locaux se nourrissent principalement
de poisson. Parlant de pêche, nous avons eu plusieurs touches sur nos lignes à la
traîne aujourd'hui et même qu'à un certain moment, un requin s'est laissé taquiner
par un de nos leurres. Il a essayé de mordre à quelques reprises mais ne s'est
pas laissé berner. C'était la première fois que ça nous arrivait, on voyait
sa nageoire dorsale qui fendait l'eau derrière nous.
Nous sommes arrivés à Kamatal, encore dans les Louisiade, en fin de PM et n'avons
encore vu personne. Je ne sais pas si l'île est habitée mais je sais toutefois
qu'elle est peuplée de moustiques. Ouf, de gros bétails à part ça! Une chance
qu'on prend bien nos médicaments contre la malaria. Mais blague à part, nous
avons entendu des voix sur l'île. Elle est habitée à coup sûr, nous les
rencontrerons sûrement à la première heure demain, surtout qu'ici aussi on doit
être le premier bateau à passer cette année. Disons que nos guides nautiques et
informations concernant la Papouasie NG sont assez limités, alors y naviguer est
un peu stressant pour le capitaine. Les chartes sont plus ou moins fiables, il
faut être bien vigilants. Pour nos destinations, on se laisse guider par nos
intuitions et ce que les locaux nous recommandent et à date nous sommes enchantés
de nos découvertes. Nous pourrions passer plusieurs mois en Papouasie mais nous
avons encore un programme de navigation assez ambitieux cette année alors nous ne
nous éterniserons pas trop et pousserons assez rapidement vers Yap.
Finalement, pour terminer, nous avons reçu, ce matin, un avis de notre compagnie
d'assurance de bateau que d'ici un mois nous ne serions plus assurés. Tu avais raison
Judith, nous n'échapperons pas à leur nouvelle règle, ils ne veulent plus assurer
les Canadiens. Ho well, ce n'est pas ici dans les Louisiade qu'on va se mettre
à magasiner les firmes de courtiers en assurances. Il faudra vivre SANS pour les
deux années à venir, tout comme pour nos assurances médicales. Espérons seulement
que le pari sera bon et que la chance sera de notre côté. Sur ce, assez de blabla,
c'est l'heure du dodo.
Lundi 16 mai , Panapompom, Papouasie Nouvelle-Guinée
Récit 171 - La vie parmi les Papous
Où en étions-nous? Dans mon dernier récit, René et Thomas partaient pour une
pêche de nuit avec les Papous. Ils sont revenus, avec six superbes langoustes,
un énorme poisson perroquet et quelques autres poissons.
Le lendemain,
dimanche, journée préférée des enfants (parce que c'est leur seul jour de
pause scolaire dans la semaine), Nicolas nous a préparé ses fameuses brioches
à la canelle. Nous les mangeons en pensant à Kangaroo, surtout qu'on écoute
une des émissions de la série 'C'est pas sorcier', une série éducative qu'ils
nous ont donnée et qu'il nous tardait tant d'écouter. J'ai bien hâte d'écouter
celle sur l'adolescence, les enfants ne veulent pas l'écouter mais les parents
oui car disons que nous avons quelques ados en devenir sur le bateau à qui
cette émission ne fera pas de tort.
Puis après une petite plongée de snorkeling sur l'épave de l'avion, nous préparons
un méga festin de chef avec les 6 langoustes pêchées la veille. Comme dîner, j'ai
vu pire! J'ai pensé pouvoir apprivoiser Hugo au goût de la langouste en lui
préparant une sauce composée de beurre, d'ail et de crème (son péché mignon) mais
je n'ai pas obtenu le succès escompté. En PM, nous allons faire une visite à
terre car les locaux nous avaient parlé d'un problème avec leur tuyau
d'alimentation d'eau douce. Ce dernier, amenant l'eau de la montagne au village,
fuyait en plusieurs endroits, surtout dans les joints.
Encore une fois le capitaine a réussi à faire des miracles et à colmater avec
brio toutes les fuites. Il est devenu, en trois ans, un homme à tout faire
très habile de ses mains.
Les enfants m'ayant rapporté, le matin-même, deux noix de coco de la plage, qu'ils
avaient ouvertes avec les moyens du bord comme des Robinson Crusoe. J'avais préparé
des petits macarons à la noix de coco (Anzac cookies) que j'ai apportés lors de
notre visite au village cet après-midi là. Inutile de dire que mes biscuits ont
fait fureur. Les enfants ont joué au ballon avec les enfants du village, pendant
que l'on se promenait et que les villageois nous montraient fièrement leurs maisons.
A 22h30, je suis allongée dans le lit et je ne dors pas vraiment car le vent souffle
de façon déchaînée, ça fait presque peur. Ce qui devait arriver arriva, 10 minutes
plus tard on entend un gros paf. Bing bang, le capt déboule en bas du lit et on
court vers l'ancre pour voir ce qui se passe. L'un des côtés de la patte d'oie,
cette corde qui sert à prendre la tension sur la chaîne de l'ancre pour éviter que
ce soit le guindeau électrique qui tienne tout le poids du bateau, a cédé au niveau
du noeud. Comme quoi il est vrai qu'un cordage perd jusqu'à 50% de sa force sur
les points où il y a des noeuds. Pour faire une histoire courte, on s'est tous
retrouvés sur le pont, à l'exception de Thomas et Antoine qui dormaient dur comme
des roches. Sous le vent en furie, Nicolas tentait de faire avancer le bateau
sur la chaîne pour enlever la tension pendant que René changeait le cordage pour
la patte d'oie. Un beau petit coup d'adrénaline.
Ce matin, nous recevons la visite d'un autre local, les bras chargés de fruits. Avec
les papayes vertes, nous avons fait goûter à Hugo la salade de papaye et le Island
cabbage frit. Ce soir, je vais tenter le tout pour le tout pour lui faire apprécier
davantage le goût de la langouste en les préparant en galettes (lobster cake) que
je ferai frire. A mon avis, cette fois il succombera. Note d'Hugo : Ce fut fait,
la nourriture frite cela me connaît, et oui la Belgique c'est le pays de la frite
(si elle existe toujours, vu que je n'ai pas vraiment accès à l'actualité sur le
bateau
Le vent continue de souffler sans relâche, il faudra bien partir un jour mais il
doit y avoir moyen d'avoir une journée de répit où le vent sera un peu moins fort.
Ça vaut la peine d'attendre. Dans l'intérim, on se concentre sur les classes et
on fait de petits projets d'entretien en PM pendant que les enfants passent
leurs après-midi à jouer toutes sortes de jeux avec Hugo. Parfois aussi, il vont
jouer au ballon sur la plage avoisinante de Vivani avec les locaux.
Un soir Hugo nous offre de faire des frites pour accompagner le steak. Wow! Je
pense qu'il vient de décrocher un contrat. Il a fait honneur à son pays ce soir-là,
je vous confirme que les frites belges, elles sont bonnes en titi! Il me faudra
faire des réserves de pommes de terre lorsque je réussirai à en trouver.
Puis, le 18 mai au matin, nous prenons le taureau par les cornes et on lève l'ancre,
il faut bien partir un jour. Serions-nous en train de ramollir,? de devenir 'chicken',
ou 'chicken fried noodle pie with ketchup on it' comme dirait Thomas. Le temps est
gris, il pleuvasse, aussitôt sortis de la baie, les vagues arrivent de tous les
sens, le vent rugit à 30 noeuds et, pour faire changement, il vient de face et nous
sommes au près. On avance à la vitesse de 1 noeud à l'heure. On a beau n'avoir
que 20 miles à parcourir, on ne se rendra jamais avant la nuit. On peine pendant
un peu plus d'une heure et puis René et moi on se regarde? on vire de bord et on
retourne se protéger pour attendre quelques jours de plus. Si ça ne se calme pas,
nous réviserons notre plan de route. Après tout, quand on est maîtres de son
horaire, de son temps et de sa vie comme nous le sommes actuellement, pourquoi se
donner de la misère. A ce titre, nous avons déjà pris la décision de laisser tomber
les Salomons car nous n'avons aucune envie de nous taper les 300 miles nautiques
au près. On prend de la sagesse on dirait. Sagesse ou paresse, on s'assume!
Une fois de retour dans notre baie, Hugo nous prépare, pour le dîner, une pile de
crêpes, ça faisait tellement longtemps qu'il en parlait, il nous faisait saliver.
Toujours est-il qu'il a passé près de deux heures en dessous, à cuire ses crêpes
que nous avons ensuite garnies de tout ce qui nous faisait envie, salé pour certains,
sucré pour d'autres. J'ai l'impression qu'il vient de décrocher un nouveau contrat!
Ça fait changement de la papaye. J'ai beau la préparer verte (en salade de chou ou
en choucroute) ou mûre (en salade de fruits), il vient un moment où on s'ennuie un
peu d'autre chose. Avec ce régime de poisson, de langoustes, de fruits et de légumes,
notre équipier va bien perdre encore quelques kilos car je pourrais me tromper, mais
quelque chose me dit que ce type d'aliments, ce n'est pas exactement son genre.
Nous sommes actuellement le 20 mai, nous partons demain pour explorer plus au sud
des Louisiades. Si cette tentative échoue, nous laisserons tomber le sud pour
pousser plus au nord. Je vous reviens avec un peu plus d'info sur la Papouasie
dans mon prochain récit.
Vendredi 13 mai , Papouasie Nouvelle-Guinée
Récit 170 - Enfin chez les Papous
Plus que quelques heures ? Voilà maintenant six jours que nous naviguons, il
est 02h15 AM, je suis de veille, il ne reste qu'un maigre 15 miles nautiques
à parcourir avant d'arriver à destination. Nous essuyons grain par dessus
grain depuis hier, ils semblent tous nous passer dessus sans exception. Fort
heureusement, nous sommes sur vent arrière, ce qui nous facilite grandement
la tâche. Toute cette pluie aura au moins l'avantage de nettoyer le bateau
de toutes les fientes laissées par nos amis les oiseaux, les fous à pieds
rouges, qui continuent de nous visiter sans relâche. Ce soir, il y en a même
un qui est venu mourir sur Cat Mousses, prenant bien soin de nous régurgiter
le contenu de sa dernière pêche sur le pont, pour ensuite se vider les intestins,
avant de s'élancer dans le vide, dans un élan de désespoir. Peut-être s'était-il
pris un coup d'éolienne, c'est assez violent comme rencontre pour un oiseau,
surtout quand le vent souffle à plus de 20 noeuds.
Ce soir, nous avons vécu un petit moment d'adrénaline en franchissant le Jomard
Channel, soit un passage qu'empruntent tous les cargos qui naviguent entre la
Nouvelle-Zélande/Australie et les destinations asiatiques. Si nous n'avions pas
vu plus de deux ou trois paquebots en six jours de navigation, nous avons été
servis lors de ce passage. En effet, au moment précis où l'on s'y engageait,
nous avions des cargos qui nous croisaient de toute part. Avoir un petit cargo
de 190 m qui nous pousse dans le dos et un autre qui vient direct sur nous à sens
contraire dans un petit entonnoir de moins de trois miles de large, ça peut être
impressionnant. Surtout quand on navigue dans des creux de vagues atteignant
les 5 à 6 mètres, qu'il fait un temps de chien et que le mur de pluie et le
brouillard nous empêche de distinguer des bateaux qui nous croisent à moins d'un
demi mile nautique. Notre équipier a semblé trouver l'expérience assez intense.
Nous avons su plus tard, que de 300 à 500 bateaux par mois franchissent ce passage,
ce qui fait environ 10 à 15 par jour. On dirait bien qu'ils se sont donnés le mot
pour passer en même temps que nous ce soir-là, car nous avons bien dû en rencontrer
cinq ou six en l'espace d'une heure.
L'écran radar était... dirait-on, assez occupé. Des bateaux de toute part, la terre,
le récif, sans compter l'énorme nuage de pluie qui nous planait au-dessus de la
tête sans vouloir nous lâcher d'une semelle. Ça s'est très bien passé mais... ça
valait la peine d'être vu. On a réussi à garder Hugues debout avec nous jusqu'à
presque 22h00 PM pour qu'il puisse assister à ce moment, lui qui, dorénavant est
souvent au lit aussi tôt que 20h00 le soir. Après tout, qu'y a-t-il d'autre à faire
que de se coucher quand la nuit tombe et qu'on se fait brasser comme dans une machine
à laver? Autant se coucher et ça Hugues l'a bien compris. En fait, il est devenu
si sage qu'il est certain que ses parents ne le reconnaitront pas à la lecture de
ce récit.
Depuis le début de la nuit, nous jouons à nous ralentir et à tuer le temps jusqu'au
lever du jour, car il n'est évidemment pas question de franchir les récifs de nuit.
Il ne reste qu'un minuscule bout de toile en guise de voilure car il faut se ralentir
à une vitesse de moins de trois noeuds, ce qui n'est pas une mince affaire considérant
que le vent grimpe à 25 noeuds à chaque grain que nous essuyons.
Je dois mentionner que vers minuit, René et moi avions pris la décision de nous diriger
vers l'île de Panapompom plutôt que celle de Misima (l'une des deux seules îles où
l'on pouvait faire notre entrée au pays selon les autorités australiennes). On
devait aviser les douanes de Misima de notre arrivée mais après maintes tentatives
de fax, de la part de notre équipe de soutien terrestre, nos efforts furent vains.
Ainsi, comme on passait devant une belle île offrant une bonne protection contre les
vents qui s'annonçaient aussi forts pour les trois jours à venir, nous prîmes la
décision d'en faire notre premier arrêt. Surtout qu'on avait entendu dire qu'en 2009,
certains navigateurs avaient pu y faire les douanes. Finalement, il s'est avéré que
notre flair était bon car il y a ici un bateau pilote qui offre les services de douanes.
Les douaniers, lorsqu'on leur a annoncé notre intention initiale d'aller 'clairer'
à Misima, sont partis d'un grand rire nous disant que là-bas il n'y a que la
quarantaine et pas de douanes. Tout ça pour dire, que les procédures d'entrée au
pays pour les navigateurs sont pour le moins vagues en cet endroit. Par contre,
elles ont l'avantage d'être très, très, très relax. Nous avons bien fait de nous fier
à notre instinct et de nous arrêter ici.
Me revoici, après deux jours parmi les Papous. Aussitôt l'ancre descendue, nous avons
tôt fait de recevoir notre premier visiteur, un homme aux cheveux blancs, tout sourire
avec ses dents toutes rouges. Il est venu à notre rencontre avec sa petite pirogue
pour nous souhaiter la bienvenue. Puis le bal des visites a commencé, rendant les
classes du matin un peu plus difficiles mais bon il y a longtemps qu'ils n'ont pas eu
de visiteurs alors leur curiosité était bien compréhensible. Nous ne sommes que le
troisième bateau à passer en cette nouvelle saison. Je suis désolée de ne pas avoir
fait mes devoirs pour offrir à nos lecteurs une description du pays avec son histoire,
sa géographie, sa politique son économie et tout mais je n'ai aucune documentation
à cet effet alors j'irai tout simplement de nos impressions.
Les Papous sont très souriants et accueillants. Bien que curieux, ils se montrent
assez timides et nous approchent avec beaucoup de respect. Ils sont venus, tour
à tour, hier nous offrir des biens à échanger. L'un avec des citrons, l'autre avec
des limes, puis des bananes, un autre avec trois oeufs, des papayes, fruits de la
passion des sculptures et le dernier de la journée avec une superbe langouste, comme
on en avait vu à vendre en Australie au marché de poisson, pour la modique somme
de 80.00$ le kilo. Quelle chance! La devise monétaire ici est le kina, mais inutile
de dire que tout comme dans les Vanuatus, ils n'ont que faire de notre argent. Au
contraire, ce qu'ils recherchent ce sont les échanges. Ils veulent des bonbons, des
vêtements, des livres d'école et crayons, des crochets de pêche, du fil, du sucre,
des pointes pour la pêche sous-marine, etc. Pour nous c'est parfait, car de un, nous
n'avons pratiquement plus de fruits et légumes et de plus, nous avons en réserve
plusieurs items que l'on se gardait justement pour les échanges.
Je leur ai demandé le pourquoi de leurs dents et langue rouges et ils m'ont expliqué
qu'ils mâchent un mélange de noix appelée (beatle) avec un autre fruit appelé (mustard),
le tout mêlé à une poudre de corail (lime) qui donne la couleur rouge et qui brûle
apparemment les lèvres. Ce mélange qu'ils mâchent agit comme anabolisant, ils le
mâchent donc pour l'effet qu'il procure. L'ennui c'est que de plus en plus, ces
Papous souffrent d'un cancer de la bouche dû à cette pratique. Sur l'île, vivent de
500 à 600 personnes mais nous sommes du côté sauvage où ne vivent pas plus d'une
centaine d'habitants, installés dans des maisons de paille, surélevées sur pilotis.
Le village où il y a l'école, l'église, petit magasin général et autre est à 30 minutes
de marche, sur l'autre flan de la montagne.
Je ne connais pas le nom de leur dialecte mais les adultes s'expriment très bien en
anglais. Ils l'apprennent au cours du primaire, une fois qu'ils savent écrire leur
propre langue. Notre journée d'hier fut riche en poisson car nous avions pêché deux
bonites que j'ai préparé en accras pour le dîner et pour le souper nous avions un surf
& turf (steak et langouste). Encore ici, c'était une première pour notre équipier qui
n'avait jamais goûté de langouste avant. René a passé quatre heures sous l'eau ce
matin avec trois locaux mais il est revenu bredouille car il leur a laissé le poisson
puisqu'il y retournera ce soir avec deux locaux et Thomas pour une pêche de nuit.
Evidemment c'est la langouste qui intéresse notre capitaine.
Hier, un local nous a emmené voir un puit d'eau où on peut faire notre lessive. Cet
PM, René et Thomas sont plongés sur une épave d'avion japonais (Japanese zero fighter
plane) datant de la deuxième guerre mondiale. Bref, on s'amuse bien mais surtout,
nous sommes contents de faire connaître à Hugo la vie des îles à son état le plus
sauvage. Ça fait du bien de quitter la grand ville et de ranger le porte-monnaie
un peu, pour retrouver le calme et la sérénité des îles.
Mercredi 11 mai , en Navigation vers la Papouasie Nouvelle-Guinée
Me
Récit 169 - En mer pour les Papous
Nous sommes toujours en mer, plus que deux jours et nous y serons. Tout se
passe bien mais disons que les journées passent et ne se ressemblent pas.
Nous avons eu droit à tous les types de vents depuis notre départ. Les vents
tournent du sud-est au nord-est depuis le début, alors les ajustements de
voiles sont fréquents. Un jour c'est 20-25 noeuds, le lendemain c'est 5 à 10,
nous naviguons tantôt au près, tantôt de côté, puis au grand largue puis de
nouveau de côté, mais c'est tant mieux, pour une fois que nous avons une pause
du près. Chut, je ne devrais pas le dire trop fort, je cherche encore le
trouble on dirait.
Le dimanche de la fête des mères, je regrettais un peu ma journée de rêve passée
avec Emie et Josée aux Fidjis l'an dernier, à nous faire masser et à nous prélasser
sur la plage en sirotant des petits drinchhhhs. Cette année, nous étions en
mer et la mer était pas mal agitée, tellement que personne n'a même songé à
l'événement qui, finalement, a été remis au lendemain, heure du Canada. Catherine
nous a préparé un déjeuner de pains dorés. Papa, lui, a bien failli remonter
une énorme dorade coryphène à bord (mahi-mahi). Quelle belle dorade elle faisait,
probablement une des plus grosses jamais attrapées sur Cat Mousses. Enfin les
leurres du capitaine reprenaient du succès. Mais à la grosseur du poisson, aucun
d'entre nous ne fut surpris de le voir se décrocher une fois sur le patin.
Heureusement, la chance nous a souri à nouveau plus tard ce matin-là et nous avons
remonté un beau thon jaune.
Ainsi, au menu pour le souper de la fête des mères,
un beau repas de sushis ultra chic avec un beau gâteau préparé en catimini par
les enfants pendant mon petit somme de l'après-midi (en vue de la nuit de veille à
venir). Ils m'ont bien eu, ils avaient tout rangé et nettoyé et si bien caché la
gâteau que ce fut une surprise totale. Il me semblait que ça sentait la gâteau
aussi! Pour Hugues, ce fut un baptême de sushis puisqu'il n'en avait jamais
mangé. Il a dit trouver cela très bon, surtout que le poisson pouvait difficilement
être plus frais. Il a mangé de tout, des sushis aux sashimis de poisson cru.
A part ça, les nuits de veilles se passent bien mais certaines nuits sont plus
mouvementées que d'autres. Je prie le ciel que cette nuit se poursuive sans grains,
ça me permet de me remettre à jours sur les courriels et les récits. En tout cas,
à ce temps-ci de l'année, on ne peut pas dire qu'il y a beaucoup de traffic sur
l'eau. C'est bien simple, aux dires des douaniers de Townsville, nous étions le
premier bateau de plaisance qu'ils 'clairaient' pour quitter le pays via la mer
cette année. Il est encore un peu tôt mais prions le ciel que la saison des cyclônes
soit bel et bien terminée.
Il n'y a pas peut-être pas de bateaux sur l'eau, mais par contre, il y a beaucoup
d'oiseaux. Des oiseaux qui nous accompagnent depuis le début de notre navigation
vers la Papouasie et qui viennent se percher sur Cat Mousses à qui mieux mieux.
Ils font la file pour obtenir une petite 'ride' en tête de mât. Notre indicateur
de vent est tout crochi sous le poids de leurs visites. Le pont, lui, témoigne de
leur passage car nos chers visiteurs ne manquent pas de laisser leur carte de visite,
des fientes un peu partout.
Ils sont bizarres ces Papous d'oiseaux (fous à pieds
rouges), pas farouches pour deux sous, c'est rare qu'on voit ce phénomène. On a bien
eu des visiteurs oiseaux par le passé mais ils ne se posaient qu'en cas de force
majeure, lorsque blessés ou épuisés et repartaient aussitôt qu'ils le pouvaient.
Enfin bref, assez parlé de nos nouveaux amis. Sinon c'est la routine sur Cat Mousses :
les classes tous les matins, puis jeux et lecture en PM.
Hier, la mer et les vents sont devenus si calmes que nous sommes tous sautés
à l'eau en pleine mer, une autre première pour Hugues qui a bien apprécié ce
petit bain rafraîchissant. C'était une pause d'école bien méritée. Quoi de
mieux comme récréation!
Dimanche 8 mai , en Navigation vers la Papouasie Nouvelle-Guinée
Me
Récit 168 - Fin du chapitre sur l'Australie
Et bien, cinq mois après notre arrivée en Australie, nous avons finalement
pu lever l'ancre pour naviguer vers de nouveaux horizons, plus précisément
vers les Louisiades de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Nous avons adoré chaque
minute de notre périple en Australie mais nous sommes maintenant mûrs pour de
nouvelles aventures. Nous étions à Townsville depuis le vendredi précédent, 30 avril,
afin d'effectuer nos procédures de sortie du pays ainsi que faire réparer quelques
coutures défraîchies sur le génois et le spi, ainsi que la housse du dinghy. Une
fois nos voiles récupérées, nous étions fin prêts et c'est dans la nuit de mercredi
à jeudi, soit le 5 mai, que nous avons levé l'ancre à 03h40 AM pour amorcer notre
navigation à travers la grande barrière de corail. La navigation se passait assez
bien, quoique très intense. Le capitaine disait que nous avions une fenêtre météo
IDEALE vue la direction des vents. Idéale, bon! Nous avions un vent de côté de 20
noeuds et plus et on se faisait rincer à souhait mais somme toute, on avançait bien?
jusqu'à ce que? six heures après notre départ, à 09h30 AM, le capitaine découvre à
son réveil que la grand voile sortait de sa track et le génois était décousu sur une
petite section d'environ 6 pouces. Ho, ho! On fait quoi?
On affale et on répare à la main ou on rebrousse chemin pour défaire le trajet de 30 miles
nautiques déjà parcourus? Le temps qu'on réagisse et qu'on commence à enrouler le génois
en vitesse, il était déjà trop tard? Ce n'était plus 6 pouces mais maintenant toute la
couture au grand complet qui avait cédé, si bien que le génois était maintenant sectionné
en deux. Ceci rendait la décision assez facile, il fallait retourner à Townsville pour
faire réparer dans une voilerie.
Mais qu'allait-il se passer? Nous arriverions en fin de journée jeudi PM, notre gars
de voile allait-il pouvoir effectuer la réparation avant le weekend? Les autorités
australiennes allaient-elles nous laisser revenir sur le continent sans rien dire? Nous
n'avions pas tellement envie de refaire les procédures d'entrée, de repayer les frais et
d'être soumis à l'inspection de la quarantaine qui confisque tout ce qu'il y a de viandes,
fruits/légumes et produits laitiers. Pas après le méga réapprovisionnement que nous
venions de faire avant de partir. Bon nous n'étions pas tellement inquiets car nous
les aurions mal vus nous confisquer des denrées qu'on venait de se procurer dans leur
propre pays mais bon, on ne sait jamais! Finalement, ils ont été très courtois et
compréhensifs. Ils nous ont octroyé un sursis de 24 heures pour tout réparer et répartir.
Finalement, toutes les cartes se sont bien enlignées pour nous et notre gars de voilerie
a mis de côté ses autres projets pour nous accommoder. MERCI Michael! On dirait bien que
sur Cat Mousses, le dicton n'est pas 'Jamais deux sans trois'. Non, chaque fois que vous
avons à faire faire une réparation, le dicton est plutôt 'Jamais un sans deux', ou trois
ou quatre ou même plus selon le cas, pour ne citer que l'exemple du frigo.
Bref, jamais du premier coup! Dans ce cas-ci, ce fut toutefois positif car
ce n'est pas la réparation qu'on venait d'effectuer qui avait cédé mais bien une autre
couture. Pareille comme celle qui avait cédé à Tuvalu. Le tissu de la voile est encore
en parfait état mais il était devenu évident par contre, que les coutures, elles, soumises
aux rayons ultra-violet du soleil et de l'air salin, étaient maintenant défraîchies.
Nous en avons donc profité pour les faire refaire une à une, question de les solidifier.
Pendant ce temps, notre nouvel équipier belge, Hugues 25 ans, (pour les lecteurs qui ne
le connaitraient pas encore) ainsi que nos 4 Mousses, s'en sont donnés à coeur joie sur
internet pour épuiser le temps qu'il nous restait à Townsville. Inutile de dire, qu'aucun
d'entre nous, après notre avant-goût de traversée, n'avait tellement envie de reprendre
la mer. Mais il le fallait bien! Une fois la voile récupérée, il fallait repartir mais
pas un vendredi? En effet, amorcer une traversée un vendredi est présage de malheur sur
un bateau, nous avons donc attendu jusqu'au samedi matin 04h30 AM .
Ouash!!! Il faisait noir comme chez le diable, le ciel était chargé de nuages noirs,
il ventait à écorner les boeufs. Le capitaine et moi nous sommes regardés? et on est
retournés se coucher. Le départ allait attendre. A notre réveil quelques heures plus
tard, le ciel était plus beau, il fallait partir. Prise deux! Nous avons repris la mer
vers 09h00 AM samedi le 7 mai. La mer n'était pas si pire, le vent un peu moins fort
mais l'air chargé de grains, d'averses pour les néophites. Nous avons navigué quelques
heures puis horreur! La grand voile recommençait à sortir de sa track! Quoi! René avait
tout démonté la bôme avec Thomas à Townsville pour enlever la fameuse Strong Track
achetée et installée à Québec il y a trois ans. Ca éliminait bien un peu de friction
cette Strong Track et facilitait la montée de la grand voile mais le plastique était
devenu tellement éventé qu'il n'arrivait plus à retenir la grand voile qui sortait de
ses gongs, attache par attache. Heureusement, après inspection, le capitaine a déterminé
que c'était un autre problème, c'était plutôt la sangle qui retenait le point de drisse
de la grand voile qui avait cédé. René et moi avons sorti le kit de couture et on s'est
attelés à la tâche pour recoudre une nouvelle sangle et réinstaller le tout. Notre couture
de brousse semble tenir le coup jusqu'à maintenant. Espérons que ça tienne. Le reste de
la journée s'est bien déroulé mais la nuit elle? Quelle nuit! Nous avons essuyé grain par
dessus grain toute la nuit. On n'en manquait pas un. On perdait le cap, l'eau s'infiltrait
par les hublots mal fermés, des heures de plaisir! Le capitaine n'a pas dormi fort cette
nuit-là. Mais avec la matin, le beau temps est revenu et depuis, je touche du bois, tout
se passe bien. Notre équipier se porte bien, il a le coeur pas mal solide! Le capitaine,
avec ses nouveaux achats de leurres de pêche, attend toujours sa prise mais
les créatures se font rares. On a croisé, par contre, plusieurs serpents de mer qui
nageaient allègrement à la surface de l'eau. Ils ne sont pas gentils ceux-là, une autre
des espèces venimeuses de l'Australie. La chance a souri au capitaine à la fin de notre
deuxième journée en mer. Il a remonté un énorme poisson, un 'pick handle barracuda'
selon nos recherches.
Malheureusement, il a fallu se résoudre à le rejeter à l'eau
car il est reconnu pour être très ciguatérique, autant ne pas prendre de chance avec
ça. Alors ça fait le tour des nouvelles. Nous devrions arriver à destination d'ici
4 ou 5 jours. Sur ce, bonne fête des mères à toutes les mamans, du moins pour celles
qui fêtent ceci en mai comme chez nous au Canada.
Journal de bord sur notre périple en AUSTRALIE
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