Journal de bord
Novembre
2008
Dimanche 30 novembre, Milieu de l'Atlantique, En route vers Ste-Lucie
La routine en mer s'installe
30 nov 08 Sur la route des Alizées, Atlantique, vers Ste-Lucie
29 nov 08
La petite routine est maintenant bien installée. Je continue à faire mes exercices et ma
musculation de façon assez régulière, soit quotidiennement. Le roulis et les vagues sont
très confortables. La journée d'aujourd'hui se passe de façon assez standard, mis-à-part
une nuit que je qualifierais d'assez brève pour la capt et la seconde. C'est que sur
vent arrière, il arrive que le pilote ne tienne pas quand le vent n'est pas stable.
Ainsi, René et moi ne captons qu'une heure de sommeil ici et là, tant et si bien qu'au
petit matin nous n'avons guère plus de trois heures de sommeil cumulé. Ca rend l'école
un peu plus difficile quand la maîtresse dort dans le visage de ses élèves qui essaient
de lui faire la lecture. Mais enfin, on a passé à travers la journée quand même. Tel que
convenu, nous n'avons sorti que la ligne à pêche à espadon. Il fallait prendre une petite
pause de ces 14 livres de poisson à peine digérées, car à sept personnes dont quatre
enfants, ça donne une quantité assez faramineuse par adulte.
30 nov 08
Nous avons peine à croire que nous avons sept jours de complétés déjà. Nous nous remettons
à la pêche aujourd'hui mais la pêche est moins bonne et nous terminons la journée
bredouille. Alors la cuisinière décide que c'est le moment de concocter un de ces bons
vieux repas typiquement québécois, c'est-à-dire boulettes de steak haché avec oignons
sautés, patates pilées (Thermomix) et sauce brune, le repas est bienvenu de tous. En PM,
Catherine réussit à établir un contact radio avec son amie norvégienne Amanda sur Lucey
Blue. Elles sont bien heureuses de se parler et si tout va bien, nous devrions réussir à
les croiser dans la journée de demain. La nuit s'annonce un peu plus tranquille, je me
croise les doigts du moins. Nous sommes toujours sur une moyenne de 5 à 6 nœuds. Nous
naviguons avec le Spi de jour et le soir venu nous le rangeons, on ne sait jamais ce que
la nuit nous réserve, vaut mieux être prudent surtout quand on barre seul. Nous sommes
souvent tentés de le garder, même de nuit mais il n'y a pas de chance à prendre. Demain
c'est le début de l'Avent. Les calendriers sont sortis, les enfants les trouveront à leur
réveil demain. Ils devraient être assez heureux. Parlant des enfants, ils sont beaux à
voir et je dois dire que je suis particulièrement fière de voir à quel point ils ont de
l'imagination pour s'occuper. Les Gameboy qui avaient été achetés spécialement en vue
d'occuper les enfants sur la mer sont confisqués depuis près de deux mois déjà, sinon
ils ne faisaient que ça. Depuis ce temps, ils s'amusent avec des riens. Une fois l'école
finie ou lors des pauses, ils partent tous les quatre en courant sur le pont (jouer dehors
qu'ils appellent). Souvent on les retrouve en train de se construire des cabanes à l'aide
de couvertures et épingles à linge dans leurs cabines. Ils jouent beaucoup avec les
cordages aussi, se construisant des toiles d'araignées complexes au travers desquelles
ils se suspendent. Ils dansent, ils se font des scénarios dans lesquels ils jouent à
faire des manœuvres sur le bateau, ils jouent à faire des auditions, ils font de
l'improvisation et des prestations de qui sera le plus original et agile dans sa danse
ou spectacle d'adresse. Ils se déguisent et s'habillent avec les vêtements des uns et des
autres dont ceux de Catherine et ceux des parents pour ensuite se photographier. Ils
continuent à adorer faire la cuisine quand leur tour d'aide cuisinier vient. Ils se font
des défis sportifs (push ups, jumping jacks, culbutes et autres) ils jouent aux fléchettes,
au ballon, ils se font des jeux de basketball avec des contenants dans lesquels ils lancent
des bouchons de plastique ... ils se chamaillent et bien sûr prennent aussi le temps de se
chicaner de temps en temps. Ils lisent beaucoup aussi. Thomas est parti en grand. Il
épluche roman par-dessus roman, il vient d'ailleurs de se lancer dans la lecture de la
collection Harry Potter. Catherine lit la Comtesse de Ségur et le Club des Cinq et Nicolas
continue d'éplucher ses livres d'animaux et de poissons, page par page ainsi que son
encyclopédie Encarta. C'est bien d'avoir enfin du temps pour lire, avant on avait une vie
tellement occupée, les enfants n'avaient jamais une seconde à eux. Cette vie ne nous
manque pas.
Note du capitaine : Aujourd'hui avant le réseau du capitaine, nous sommes entrés en contact
avec Sylvio de Brania. Que ça faisait du bien de pouvoir lui parler après tant de temps.
La dernière fois que nous nous étions parlé c'était à La Rochelle. Il me semble que nous
aurions eu tant de choses de plus à se dire mais bon, peut-être nous nous verrons dans les
Antilles pour se raconter toutes nos histoires devant un Rhum punch.
Durant la nuit, nous naviguons en ciseau pour pouvoir mieux garder notre cap mais ce n'est
pas toujours facile de garder le genois d'un bord et la grande voile de l'autre. Plusieurs
voiliers possèdent un tangon pour garder le genois bien en place dans cette posture mais
bon je n'ai pas vu beaucoup de catamaran avec des tangons, mais je crois bien m'en procurer
un à la prochaine opportunité, ça me rendrait la vie tellement plus facile.
Vendredi 28 novembre, Milieu de l'Atlantique, En route vers Ste-Lucie
Pêche miraculeuse Sur la route des Alizées, Atlantique, vers Ste-Lucie
27 nov 08
Aujourd'hui, le vent tant attendu se lève finalement et on passe de 1 à 10 nœuds de vent.
Ouf il était temps, on avait hâte d'éteindre les moteurs. Qui dit vent dit vagues bien
sûr mais l'équipage n'en semble pas incommodé outre mesure. Nous sommes déjà amarinés.
On prend une belle routine pour l'école et faire des journées complètes commence à donner
des résultats. On avance enfin et on arrête de piétiner. Il faut dire que la limonade
au Thermomix promise par papa cet après-midi aide grandement à motiver les troupes.
On termine la journée en beauté avec des steaks sur le BBQ, humm ça nous fait penser à Guy
Bourassa. Bien sûr nos steaks n'arrivent pas à la cheville des siens mais nous les
trouvons tout-à-fait succulents. Pour dessert, un gâteau à la salade de fruits avec sauce
au caramel, ouf ça réveille de vieux souvenirs. Cette recette me vient de ma tante Paulette
qui m'avait montré à faire ce gâteau alors que je n'avais encore que 16 ans. 28 nov 08Aujourd'hui les distractions se font nombreuses… difficile d'enseigner, c'est que
voyez-vous nous n'arrêtons pas d'attraper des poissons. Il n'est pas 09h00 que nous attrapons
notre premier poisson de la traversée, soit une belle coryphène de 28 pouces (3 livres).
Puis on en prend une autre qu'on échappe. Quinze minutes plus tard, en voilà deux autres de
tout près d'une livre chaque. Ensuite quelques vingt minutes plus tard, nous en prenons
une quatrième de 27 pouces (3 livres). Puis… une cinquième (30 pouces), presque 6 livres.
Tout ça en moins de 75 minutes. Le capt, entre deux communications radios découpe le poisson
en filet que je prépare à la poêle en filets (enrobés de chapelure). Nous en mangeons environ
7-8 livres pour dîner, inutile de dire que nous terminons le repas repus. Cette pêche est
peut-être un peu dérangeante sur la routine d'école habituelle mais l'équipage est aux anges et
pour une fois la cuisinière ne se casse pas la tête à trouver le menu de la journée.
Pour souper ce sera… encore des coryphènes (mahi-mahi) en papillotes, avec tarte au sucre maison.
Manger 14 livres de poisson dans une journée ça fait du poisson ça mes amis! Je viens d'aller
remonter deux de nos lignes à pêche car je décrète qu'on en a assez pour aujourd'hui, et le capt,
surtout en a sa claque de nettoyer et arranger des poissons. Il ne reste que la ligne à espadon
car celui-là on l'attend encore avec impatience. Pour ce qui est de la tarte au sucre, bon ce
n'est pas très standard comme tarte, on s'entend que faire de la tarte au sucre en mer c'est tout
de même assez inhabituel mais j'avais un restant de Lait Carnation à passer et je n'ai rien trouvé
de mieux comme idée. Ca donne un résultat un peu douteux, ce n'est pas très standard comme tarte
mais tout de même, l'équipage semble bien satisfait et ça goûte bon. Côté voile, avec un vent de 10-15 nœuds et une vitesse de 6 à 9 nœuds, on réussit enfin à augmenter
notre moyenne de vitesse. C'est qu'à 3.5 nœuds, on commençait à se demander si on arriverait
avant Noel! Bon assez de blabla, ma job d'enseignante m'attend.
Jeudi 27 novembre, Milieu de l'Atlantique, En route vers Ste-Lucie
Journée de rêve en mer.
26 nov 08
A la recherche de la route des Alizées, Atlantique, vers Ste-Lucie
Aujourd'hui, mis-à-part le vent qui fait toujours défaut, nous avons passé une journée
idéale en mer. Le bonheur total. Ce genre de journée cadre bien avec les paroles d'un
ami militaire (Marc Chabot) qui me parlait de son principe : 'Vivre ses rêves plutôt
que de rêver sa vie'. A mon réveil, le Spi est déjà hissé. Les trois lignes de pêche
sont à la traîne, une pour l'espadon et deux pour le thon ou toute autre créature qui
voudra bien mordre à l'hameçon. René fait les maths avec les enfants, alors après un
déjeûner rapide je vais faire mon 'planning' d'enseignement du français étendue dans
les trampolines en avant et j'en profite pour refaire un petit 'snooze', la nuit a
été courte. Il y a si peu de vent que pour une fois les enfants peuvent se promener
à leur guise sur le pont et venir à l'avant sur les trampolines. Nous assistons
d'ailleurs a un spectacle donné par nos amis les dauphins qui sautent par dizaines
et s'en donnent à cœur joie à faire toutes sortes de galipettes dans les airs.
Après les diverses communications radios de midi, nous dînons. Puis, alors qu'Arnaud
est chargé de faire un peu de couture pour renforcir un cordage, je fais avec les
enfants un concours de vocabulaire sur notre tableau à encre sèche, bien assis au
soleil dans les trampolines. Nous avons décidé, la nuit dernière lors d'une discussion
entre deux quarts, que l'école se ferait le matin et en PM pour les semaines à venir,
question de se rattraper un peu. Je dois dire que par moments, l'école soulève bien
des questionnements. Comment savoir, sans aucun point de repère et aucun moyen de
comparer l'évolution des enfants avec d'autres enfants du même niveau, où ils se
situent au niveau des apprentissages. Je sais qu'en bout de ligne tout va se balancer
et qu'ils seront probablement plus avancés que la moyenne mais pour le moment, on a
l'impression d'avancer à pas de tortues et nous n'avons rien pour comparer et évaluer.
Puis, Arnaud ne découvre-t-il pas que nous avons des Gigs et des Gigs de musique sur
notre disque dur. C'est qu'il en a marre de Garou et de Céline Dion. Le capt se
débarasse donc d'une de ses tâches et nous décrétons qu'Arnaud sera désormais le
DJ du bateau. Il s'en donne à cœur joie et fait des montages et des compilations qui
mettent du bonheur dans l'air. La plupart d'entre nous ne peuvent résister, il y en a
toujours un qui danse, ça fait rêver et ça nous replonge dans nos plus tendres
souvenirs d'adolescence.
Le capt sort ensuite les chaudrons et décide de préparer à souper alors je m'empresse
de me payer une petite séance de musculation dans le cockpit puisque l'air est moins
chaud à cette heure du jour. Le souper se fera devant un film 'Big Fish', mais comme
je l'ai déjà vu je vais me coucher sitôt fini de souper afin de me reposer un peu avant
mon quart de nuit.
Minuit : Dehors il fait 'pitch black dark', la noirceur totale. Pas une once de vent,
l'aiguille indique 0.0 et oscille dans le cadran. Pour la première fois depuis notre
départ, il y a de cela 60 heures, il n'y a aucun bateau en vue et nous sommes seuls
au monde. Bon, assez pour aujourd'hui, j'ai promis de consacrer mon premier quart de
nuit à reprendre le temps perdu pour commencer à répondre aux dizaines par-dessus
dizaines et dizaines de courriels en attente.
27 nov 08
Le réveil est difficile ce matin, c'est que finalement j'ai tenu ma promesse et j'ai
presque terminé de me remettre à jour sur les e-mails mais j'ai fait ça de minuit à
06h30 AM sans réveiller René qui a filé sa nuit. J'aimais autant finir ce que j'avais
commencé pendant que j'y étais. Je terminerai le reste la nuit prochaine. Encore une
journée magnifique aujourd'hui mais toujours pratiquement sans vent. Nous avançons sous
spi, et pour ton info Hortense' il s'agit cette fois du fameux 'Spu'. Et bien oui, on a
réussi à le réchapper et il est à nouveau en fonction. Pour l'info de Pierre, nous avons
finalement remplacé les 2 dernières lattes de GV par des plus longues, à date tout tient
le coup! La journée d'aujourd'hui est consacrée au français mais en milieu de PM nous
décidons de procéder à l'opération douchage sur les trampolines. C'est toujours très
apprécié. Je décide ensuite de me faire une petite coupe maison de 'toupet'. Ouf!
J'aurais mieux fait d'investir quelques Euros aux Canaries mais bon! En passant,
parlant de cheveux. Voyant la longueur des cheveux de l'équipage, notre Super Doctor
Deegle nous demandait cette semaine s'il y avait lieu de faire une levée de fonds pour
nous procurer un 'clipper'. Et bien la réponse à cette question est non car croyez-le
ou non, nous avons un excellent clipper à bord. C'est juste qu'en ce moment l'équipage
du Cat Mousses est à tester les limites du possible. Nous pourrons dire qu'une fois
dans notre vie nous aurons eu les cheveux longs. C'est peut-être pas chic chic, mais
on est en période d'essai!
Pour le souper ce soir, le capt sort à nouveau les chaudrons pour nous préparer, au
presto, un poulet et riz au Curry. Mmm quel délice! Puis alors qu'ils se font une
petite 'game' de Drapeaux du monde, je vais me coucher pour ne me réveiller qu'à
01h30 AM. J'en avais besoin faut croire. Inutile de dire que je suis un peu 'puckée'
au réveil alors je commence mon quart avec une séance de 'AB Rippers', étendue au
fond du cockpit, à la noirceur. Le capt me trouve complètement craquée mais quoi de
mieux pour activer la circulation sanguine et se réveiller pour être plus alerte
lors de son quart. Ca marche! Sur ce, je retourne à mes E-Mails. En passant, nous
avons 395 miles nautiques de faits jusqu'à maintenant. Nous avançons à pas de tortue
faute de vent mais ce dernier est en train de se lever tranquillement pas vite. Il
devrait s'installer demain et nous permettre de remonter notre moyenne. Par rapport
aux autres 218 bateaux, nous nous situons à peu près dans la fin du deuxième tiers.
Mardi 25 novembre, Milieu de
l'Atlantique, En route vers
Ste-Lucie
Grand départ de la traversée de ARC pour Sainte-Lucie
Voilà deux jours que nous avons repris la mer pour entreprendre notre périple vers
Ste-Lucie. C'est notre plus grande traversée jusqu'à maintenant, nous évaluons qu'il
nous en prendra une vingtaine de jours.
Il est 03h00 du matin. J'écris par petits bouts entre deux rondes à l'extérieur pour
vérifier notre pilote Victor et voir à ce rien ne le frappe ou rencontre son chemin.
J'aperçois des lumières. Pour le moment, impossible de dire de quoi il s'agit,
quelle sorte de bateau, il va vers où, etc. Je le surveille, il se rapproche, c'est
gros. Je vois trois lumières, dont une verte. Pour les autres je ne peux pas encore
dire. Vient-il droit sur nous, je l'ignore encore. Il se rapproche. Le radar indique
qu'il est à quatre miles, puis trois, puis deux. Bon il me semble évident qu'il
fonce sur nous, je vais changer ma trajectoire… à moins que… ha, je pense maintenant
mieux le distinguer. Je vois sa lumière verte mais toujours pas de rouge il ne peut
donc pas venir face vers nous. Tout d'un coup il semble aller de plus en plus vite.
Il passe devant nous, il nous croise, est-ce qu'il nous contourne je ne le sais pas
mais ce genre de bateau ne se tasse généralement pas pour les plus petits. Il est
à même pas 500 mètres, dans le noir ça semble très proche. En moins de deux il nous
passe et le voici derrière. Ouf je respire mieux. Faut-tu pas être chanceux, au beau
milieu de l'océan pour passer si près d'un pareil mastodonte. Comme quoi il faut
toujours surveiller et rester vigilent. Victor notre pilote barre peut-être bien mais
contrairement à nous il ne voit pas et n'entend pas. Toutes les nuits à venir, on
les passera à zig zaguer à travers les bateaux environnants.
Bon, alors je disais donc, nous avons largué les amarres hier vers 11h45 après
un dîner de Moussaka aux lentilles gratiné préparé par notre super Thermomix. Bien
que c'était dimanche, tous nos marins espagnols et le garde de sécurité, avec qui
nous nous étions liés d'amitié sur le quai, étaient là pour nous saluer. La veille
nous leurs avions d'ailleurs remis des 'pins' souvenirs du Canada. Nous nous sommes
sentis privilégiés de parler Espagnol car de tous les bateaux du quai il semble qu'il
y a qu'avec nous que ces hommes pouvaient échanger. En effet, il nous semblait que
ces hommes rôdaient toujours près du bateau et dès qu'ils voyaient qu'ils pouvaient
être utiles, ils s'approchaient et venaient nous offrir leur aide, pour démêler un
fil à pêche, rouler une corde, plier une toile. Ils étaient vraiment gentils ces
monsieurs. Nous les avons photographié à l'œuvre à quelques reprises. Quelle chance
nous avons de pouvoir baragouiner dans trois langues, c'est vraiment un plus.
C'était tout un spectacle ce départ de ARC. Il semble que Las Palmas, à cette
période morte de l'année, mobilise toute son énergie vers cette traversée. Depuis
quelques jours, les habitants locaux que nous rencontrons un peu partout, à
l'épicerie, sur la rue, nous souhaitent une bonne traversée. Le matin du départ,
il y a des fanfares partout qui se promènent et nous font de la musique. C'est
beau à voir tout ce support. Nous sommes les derniers à quitter le bassin où nous
séjournons depuis deux semaines. Un plongeur nous aide à nous décrocher de nos
bouées d'ancrage et nous partons vers la zone de rassemblement. Une vraie jungle,
il y a des centaines et des centaines de bateau et de la frénésie dans l'air qui
est à la fête. De ce groupe, il y a une équipière, du catamaran Windancer IV qui
part pour une traversée de trois semaines avec pour tout équipement, qu'un maillot
de bain et le linge qu'elle porte aujourd'hui. C'est que sa ligne aérienne a égaré
son bagage. Elle a eu beau virer le monde à l'envers et appeler partout depuis les
derniers jours, le moment du départ sonné, ses valises ne sont toujours pas arrivées.
Que faire! Advienne que pourra, ils décident de partir. C'est que ARC c'est une
course et les gens en général prennent ça très sérieusement…. sauf Cat Mousses.
Il fait beau et chaud, nous hissons le spi. Enfin on peut souffler un peu. Les
derniers jours ont été tout un sprint pour s'assurer d'être fin prêt pour la
traversée. Chemin faisant Catherine contacte son amie norvégienne Amanda de Lucey
Blue sur la radio. Elles sont vraiment le même genre ces deux petites, elles vont
s'ennuyer. Nous apprenons aussi via la radio que les deux chats du bateau Chandelle
passent leur après midi à restituer par tous les bouts un peu partout dans le beau
bateau neuf de leurs maîtres. Yuk! Pauvre eux!
La première nuit à la barre sera des plus animées. De un, René et moi sommes
fatigués. C'est qu'on se couche aux petites heures depuis plusieurs nuits car nos
journées comme nos soirées étaient dédiées aux préparatifs. Donc pour cette
première nuit de navigation, on se contente de quarts de deux heures. René n'aime
pas beaucoup cet horaire mais deux heures à la fois c'est tout ce que je peux faire
sans dormir. Nous sommes sur vent arrière et Victor le pilote n'arrive pas à tenir
et perd constamment son cap. A chaque fois, il faut repartir le ou les moteurs et
reprendre le cap de peine et de misère. A un moment j'aperçois une puis deux lattes
de grand voile qui sont en train de glisser et de tomber, ce n'était pas réglé ce
mausus de problème! C'est le moment de réveiller le capt. Puisque la seule latte
qui avait sorti depuis l'été était la plus grande, René a jugé bon de ne remplacer
que celle-la et bien il semble que les 2 autres doivent également être remplacées
mais bon, puisque nous avons gardé la vieille, nous pourrons remplacer les 2 autres
en route en recyclant les vieilles lattes.
Au réveil ce matin (lendemain du départ) tous vont bien. Je dois dire que je n'ai
jamais vu une acclimatation aussi rapide. J'oserais même dire que personne n'a
vraiment souffert de mal de mer, pas jusqu'à maintenant du moins. Les enfants vont
si bien qu'en PM nous ressortons les livres d'école. C'est le moment de donner un
méga blitz pour rencontrer les objectifs qu'on s'était fixés pour les Fêtes. Ce
matin nous hissons le spi mais le vent n'étant pas stable, il faut le redescendre
quelques heures plus tard. Nous sommes dans une poche sans vent et il semble que
nous n'en sortirons pas avant demain. La journée se passe sans anicroche. Les
enfants préparent une salade du chef pour dîner et Nicolas attend impatiemment
d'attraper son premier espadon. C'est beau les thons mais là il était mûr pour du
plus gros alors il a acheté, peu avant notre départ, un 'super méga dupper' appât
avec papa, qu'il a installé avec nos marins espagnols sur le quai. Suivre les Alizées
c'est un charme, à date du moins. La température est douce et clémente, un t-shirt/et
un short conviennent très bien de jour. Nous sommes sur un vent arrière et il en
sera de même pour la durée de la traversée si tout va bien.
Cette nuit tout est plus calme, nous voguons à moteur sans voile. On fait environ
4.5 à 5 nœuds mais le courant ralenti notre course ce qui fait que notre vitesse
de fond (vitesse réelle) se trouve ralentie à 3.5 nœuds. Les quarts de travail
peuvent revenir à trois ou quatre heures. Victor se débrouille mais c'est une vraie
autoroute dehors. Il y a des bateaux partout. Les voiliers fusent de toute part,
pas toujours bien éclairés et pas toujours visibles sur le radar non plus. C'est
qu'ils n'allument pas leurs feux de navigation par souci d'économie. Encore heureux
qu'ils naviguent dans la même direction que nous. Ce soir j'en dépasse quelques uns
et je passe tellement proche que je peux distinguer l'écume qu'ils laissent en
arrière. J'ai eu droit, également, à un autre beau spectacle de dauphins dans la nuit.
Le plus difficile dans tout ça c'est de savoir que nous n'aurons pas pu nous arrêter
en Afrique et au Cap Vert. Dire que le désert du Sahara n'est qu'à 130 miles nautiques
disait Thomas. On le sent d'ailleurs, l'air est sec et le pont n'est pas mouillé du
tout, ce qui est anormal en mer la nuit. Je commence à croire ce qu'on me disait,
cette portion de l'Atlantique n'est pas comparable à la traversée de l'Atlantique
nord. Il est vrai que c'est un monde de différence. A date du moins… Fini l'attirail
de combat, les 12 épaisseurs, la tuque, les mitaines, l'habit de pluie deux pièces,
les bottes et tout le tralala. Ca fait du bien.
Jeudi 20 novembre, Las Palmas, Grand
Canarie, Espagne
18 nov : Le départ approche, la course des préparatifs se poursuit.
Ce matin après mon p.t. matinal, j'assiste à une conférence sur l'approvisionnement
d'un bateau précédent une traversée. Je suis heureuse de voir que ce domaine n'a
déjà plus de secret pour nous. J'ai bien sûr une liste, quoique je ne suis pas
sûre de pouvoir qualifier ce petit bout de papier tout chiffonné, barbouillé et
à moitié déchiré de liste mais bon. C'est tellement ridicule comme liste que je
l'ai prise en photo. Disons que ma planification des repas et ma liste d'épicerie
ne sont pas tout-à-fait en ligne avec les règles de l'art mais bon… chacun ses
méthodes, en autant qu'on se comprend et qu'on atteigne le but visé soit nourrir
l'équipage de façon convenable. Aujourd'hui, je poursuis mon magasinage, je dois
trouver de l'acide borique pour le cas où un jour on devait faire la guerre à des
coquerelles qui auraient élu domicile sur le bateau. La hantise de tout marin.
Alors que René détecte une faiblesse dans un des haubans (hauban en diamant sur
le mât) lors de l'inspection du gréement,( une autre affaire à réparer), Catherine
et moi terminons les préparatifs pour sa fête qui sera un succès sur toute la ligne.
Catherine raconte l'événement dans son journal de bord. Les garçons de leur côté,
s'affairent à démonter en morceau notre ancien micro-ondes, quoi de mieux comme
cours de sciences et technologie? De plus, ils ont l'aide de tout un groupe
d'hommes espagnols. Ces derniers se rassemblent jour après jour ici sur le quai
pour travailler sur leurs bateaux mais passent la majorité de la journée à jaser
et s'amuser avec leurs confrères alors ils passent souvent du temps avec les
enfants. C'est drôle à voir. Ils ont même aidé les enfants à installer la pinata.
19 nov : Aujourd'hui les enfants restent au bateau avec Arnaud
et René et moi, après une conférence, partons faire la grande épicerie. C'est qu'il
vaut mieux faire les emplettes ici car, à ce qu'il paraît, les épiceries des Caraïbes
sont très dispendieuses et ne comportent pas autant de choix. Il faut dire que c'est
dur à battre. Les Canaries c'est vraiment l'endroit rêvé de tout marin. C'est
vraiment spécial à voir. Les rues bourdonnent d'activités et on rencontre un marin
faisant ses courses à pieds ou à bicyclette à tous les coins de rue. On dirait que
tout est conçu pour les navigateurs. Toutes les épiceries offrent des rabais et
livrent pour nous les emplettes directement au bateau. C'est beau à voir les
équipages d'au moins deux cent bateaux qui sillonnent les étalages des épiceries
à la recherche de leur nourriture, soit celle qui les tiendra pour le mois à venir
en mer. Au retour, René réussi, avec les services d'un technicien, à faire réparer
le GPS qui faisait des siennes. Le fil de l'antenne était sectionné à cause du
frottement sur les bossoirs. En PM les enfants ont un atelier de déguisement car
ce soir c'est la soirée déguisée des Caraïbes. Un vrai Carnaval de Rio, l'esprit
est à la fête.
20 nov : Les enfants ont une journée à la plage alors nous en profitons pour
terminer les emplettes en faisant un saut au marché local de fruits et légumes.
On obtient un service hors pair. Une dame nous suit partout, nous conseillant quoi
acheter. Dans deux jours, on sélectionnera pour nous des fruits et légumes frais,
selon notre liste, qu'on viendra nous livrer directement au bateau. La liste
comporte, entre autre, des tomates vertes qui muriront en chemin. Nous avons
également acheté un régime de bananes comme en ont toujours rêvé René et les
enfants. Puis, c'est le tour de la viande. Nous choisissons et l'épicerie se charge
de faire pour nous l'emballage sous-vide et la congélation de nos viandes. C'est
le paradis quoi! Les marins sont aux anges et de leur côté, les commerçants font
des affaires d'or. C'est du donnant - donnant. Au retour c'est une séance
d'astiquage et de nettoyage du bateau qui s'amorce. Je prépare également des
rouleaux de printemps avec des feuilles de riz, vermicelles, crevettes, coriandre,
carottes, fèves germées et salade (comme me l'a enseigné Catherine Michaud). Hmmm!
Quel délice! Ce sera parfait pour le petit 5 à 7 que nous planifions pour ce soir.
C'est que nous avons invité UDLURIAQ et Chandelle pour un petit cocktail. Catherine
s'en donne à cœur joie à tout préparer, saumon fumé, crackers et biscottes,
tartinades de fromage, elle s'amuse et fait ça comme une grande, mettant un soin
particulier dans la présentation. Elle tient ça de son père qui lui a bien appris
de sa mère Chantal. Le caviar, les épices, les herbes, tout y est.
21 nov : C'est bien beau acheter des provisions mais après il faut leur trouver
une place sur le bateau et soigneusement les inventorier. On commence à manquer
d'espace. L'ouvrage ne manque pas, tout le bateau doit être nettoyé, les lavages
se succèdent, les réparations de toutes sortes, le capt a la broue dans le toupet
et doit faire des choix. Certains travaux devront attendre. Le hauban est remplacé
avec l'aide d'Arnaud et pour l'info de Pierre, René a investit et a acheté une
latte de grand voile pour remplacer la plus grande qui était trop courte, le tout
tient à merveille. Il a gardé l'ancienne au besoin pour remplacer les plus petites
qui n'ont toutefois par sorti depuis notre traversée Québec - La Rochelle. On
prépare également des lettres et divers envois postaux qui doivent partir avant
notre départ. A 20h0, nous recevons la commande de fruits et légumes qui devait
initialement arriver pour 14h00. Nous décidons de ne rien passer sous l'eau, sauf
les bananes. C'est un coup de dé, en lavant on diminue les risques de se retrouver
infestés de bibittes mais en humidifiant les fruits et légumes, on risque de les
perdre plus vite. On prend donc la chance de se contenter de les inspecter. C'est
une pure beauté de voir tous ces fruits et légumes sur la table, sans compter le
régime de bananes. C'est magnifique, 'comme din vues, comme din revues' comme
dirait mon père! La soirée se termine avec le dernier 'Farewell Party de Arc'
toujours avec bouchées et consommations gratuites. On aura été gâtés du côté
cocktails et mondanités.
22 nov : Malgré qu'on se soit encore couchés aux petites heures, je suis debout
dès 06h30 ce matin. La liste des choses à faire est longue. Les enfants ont leur
dernier cours de voile. René complète les formalités de départ avec les douanes et
autres, je dégèle le congélateur, continue mes lavages, je cours au bureau de poste,
puis au marché pour aller chercher ma viande congelée. Je reviens en taxi et range
mes viandes en trombe pour aller assister au briefing des Skippers. On passe la PM
à courir, René refait le filage d'un des deux réfrigérateurs pour améliorer la
conductivité. Tout au long de la journée, on sent une odeur de chauffé dans le
carré et ce n'est qu'avant notre départ pour le souper que René découvre la
provenance, le ventilateur au dessus de la table de la navigation fait défaut,
le moteur est brulant. On débranche le tout et règlerons ça en mer. Puis, on se
gâte. Arnaud garde et René et moi allons souper dans un petit resto pas loin,
souper au cours duquel il passe une bonne partie à parler à Malik sur Skype.
Au retour, René termine ses photos jusqu'aux petites heures du matin mais
entretemps, il y a un feu d'artifice à minuit. Tel que nous leur avons promis,
nous réveillons les enfants et, Amanda que Catherine a invité à coucher, pour
aller assister à ces feux d'artifice. Demain c'est le grand départ, nous partons
nous coucher en rêvan
Mardi 18 novembre, Las Palmas, Grand
Canarie, Espagne
Ouf, voilà déjà une semaine que nous n'avons pas donné de nouvelles, il y a du
rattrapage à faire. Ce matin je décide de sacrifier ma course et ma musculation
pour prendre le temps de vous résumer les activités des derniers jours sinon la
journée passera et je n'aurai pas le temps d'écrire.
10 nov : Nous sommes arrivés à Grand Canarie le 10 nov vers 13h00. Après avoir
fait le plein d'essence en vue de notre grande traversée vers les Antilles (départ
prévu pour dimanche le 23 nov), on nous a envoyé dans un bassin à l'écart de la
marina principale avec les Catamarans. Inutile de dire que ce secteur est assez
familial, au plus grand bonheur des enfants. Après un petit tour rapide de la
série de magasins de bateaux (Chandlery) ils comportent tout ce dont tout bon
marin peut rêver, nous participons à notre premier cocktail d'une longue série
à venir et rencontrons les participants de ARC. En tout, 218 bateaux participent
à cette traversée, c'est d'ailleurs notre numéro de cagnard. Cette année, il y
a le nombre record de 5 bateaux canadiens soit UDLURIAK, Chandelle, Papillon,
Cat Mousses et WindDancer IV. La majorité des bateaux proviennent évidemment
d'Angleterre et de l'Allemagne puisque ce Rallye est organisé par un organisme
britannique World Cruising Club mais il y en de toutes les nationalités, de tous
les racoins de l'Europe, l'Australie, Afrique et j'en passe, 20 pays en tout.
Notre première impression de ce port, pour ma part du moins, est que nous n'aurions
jamais rien imaginé d'aussi gros. Les Canaries ça sonne tellement exotique,
tellement petit, alors qu'en fait, Las Palmas est une ville immense (9e de l'Espagne)
avec des grattes-ciel à n'en plus finir, des grands centre d'achats et des
supermarchés comme nous ne sommes pas près d'en revoir. C'est notre dernière chance
de faire un réapprovisionnement majeur. On trouve de tout ici et même plus… mais
toujours pas de crème sûre! Côté température, les Canaries peuvent apparemment se
vanter d'avoir le meilleur climat du monde. Avec 16 degrés Celsius le matin et 26-28
degrés Celsius en PM à cette époque-ci de l'année, la température est très confortable.
11 nov : Bien que nous ne faisions pas de parade d'armistice pour la deuxième fois
depuis 20 ans (l'an dernier nous étions à Disney World), nous avons une pensée
spéciale pour nos frères d'armes morts au combat. Après l'école du matin, nous
prenons la journée pour nous installer, faire de la maintenance, compléter notre
inscription (la liste d'attente est longue) et faire connaissance avec les bateaux
qui nous entourent. C'est une année record pour ARC 2008 car cette année il y a
38 enfants, c'est du jamais vu. Il y en a pour tous les goûts, de toutes les
nationalités et de tous les groupes d'âge, les tout-petits, les 5 ans à 13 ans et
les ados. Les enfants se lient rapidement avec des amis de leur âge, des Norvégiens,
Britanniques, Ontariens, Américains, Français, Belges et autres. Nos 4 Mousses
(sauf Antoine) font parfois le pont comme interprètes entre les Français et les
Norvégiens, c'est beau à voir. En ce qui concerne les adultes, on voit que les
participants sont ici depuis quelques semaines déjà alors les clans se sont formés
mais en s'imposant un peu on arrive à faire quelques connaissances. Le soir nous
avons une réception, organisée par les magasins de bateaux de la place, sur le
quai même où nous sommes. La spécialité locale ici n'est plus la morue salée mais
les pommes de terre. Ils font cuire de petites pommes de terre rondes et les servent
entières avec la pelure, accompagnée de sauce 'Mojo' verte ou rouge (plus épicée).
C'est délicieux. Nous y avions goûté lors de notre excursion à La Goméra avec Michel.
Il y a aussi le Gofio (une sorte de farine ou céréale en poudre, servi à toutes les
sauces, en soupe, galettes, biscuits et autre). Comme déjà expliqué auparavant, nous
le préférons cuit dans le lait, c'est moins poudreux dans la gorge et ça donne un
mélange plus près de la crème de blé.
12 nov : Aujourd'hui c'est congé d'école, nous louons une camionnette 9 places et
partons à l'aventure visiter l'île des Canaries avec Michel de Maringouin et Lise
et André d'Udluriak. Arnaud choisi de ne pas nous accompagner, c'est qu'il a
prévu aller à la plage avec ses nouveaux copains. Nous passons une journée
merveilleuse, les routes sont étroites et très sinueuses et René (comme chauffeur)
finit sa journée épuisé. C'est drôle comme le paysage diffère d'une île à l'autre.
La Goméra ce n'était que des montagnes et des pics et le réseau routier, pavé de
tunnels était très complexe et moderne. Ici c'est la ville qui est moderne mais ce
sont des routes bien simples qui sillonnent l'île. Nous sommes ébahis de voir
les contrastes marquants dans les paysages que nous rencontrons. Nous commençons
par les dunes de sable de Maspalomas. On se croirait dans le désert du Sahara, il
fait chaud, le sable forme des milliers de petits sillons, nous prenons des
dizaines et des dizaines de photos, glissons, sautons et nous roulons dans le
sable. Il vente très fort et le sable vole dans tous les sens. Nous sortons de
là… assez sablonneux merci, inutile d'en dire plus. Cet endroit, Maspalomas et
la Playa Inglès, est très touristique. Il nous semble que ce secteur des Canaries
est aux Européens ce que la Floride est aux Québécois. On se croirait aux chutes
Niagara. Il y a des magasins partout, des resto, des 'shops à souvenir' ça ne
finit plus. Nous passons la journée à sillonner l'île et passons du désert,
plages, cactus et dromadaires aux montagnes et forêts humides. Il y a même un
pic enneigé ici mais il y a cinq ans dit-on, qu'il n'y a pas eu de neige. Somme
toute, une journée superbe qui se conclut dans un petit restaurant de 'Donair/Kebab'.
13 nov : Cette journée est consacrée à l'école, lavage, maintenance et autre.
Notre ami Michel vient nous saluer, et nous le quittons le cœur chargé d'émotion.
Il doit prendre un avion pour retourner à son bateau laissé à La Goméra. Nous
nous promettons de tout faire pour se retrouver dans les Antilles en janvier car
nous nous plaisons énormément en sa compagnie. Les enfants terminent la journée
en jouant dans l'eau avec leur petit bateau. Catherine continue de préparer sa
fête, ses invitations et sa pinata, Antoine travaille à se fabriquer une épée de
pirate. En fin de PM nous nous soumettons à l'inspection de sécurité.
Malheureusement nous n'obtenons pas 100% alors le gars repassera dans quelques
jours, rien de majeur heureusement. A part acheter quelques feux d'urgence
supplémentaires, mettre des bandes réfléchissantes sur nos vestes de sauvetage et
y inscrire le nom du bateau, les changements à apporter sont des pécadilles. René
s'affaire également à faire de l'Epoxy et accomplit une tâche qu'il aurait dû faire
depuis belle lurette, soit recoller les lattes de teck du 'cockpit'. Inutile de dire
qu'il était assez fier du résultat depuis le temps que ça lui pesait. Enfin!
One less thing on the list!
14 nov : Ce matin on m'assigne comme enseignante remplaçante de maths, René de
son côté poursuit sa maintenance. Arnaud part à la recherche d'un nouveau câble
pour raccorder l'ordi à l'écran de télé. Puis René et lui travaillent sur le spi
et déplacent la chaîne de l'ancre question de redistribuer le poids du bateau et
d'enlever du poids en avant. De mon côté, une étudiante française m'approche pour
lui accorder une entrevue. C'est qu'elle fait une thèse sur les gens qui vivent
à bord d'un bateau et le fait que l'on soit francophones l'a attiré à nous. Ce
soir-là nous sommes invités par la mairie à une soirée dans la cour intérieure d'un
casino. Comme à l'habitude, l'alcool coule à flots et les canapés se succèdent les
uns derrière les autres. On nous donne même une prestation de danse, style danse
brésilienne avec costumes et payettes incluant une drag queen!
15 nov : Congé d'école, les enfants (sauf Antoine) sont inscrits à un cours de
voile avec des petits voiliers 'Optimiste'. Ils reviennent tout-à-fait enchantés
de leur journée puis sont invités à un 'Beach Party', ils sont comblés. Monsieur
l'inspecteur repasse et on nous donne finalement un 'Pass' pour l'inspection de
sécurité. Il s'est montré sévère la première fois mais beaucoup plus clément la
deuxième fois. Une autre bonne chose de faite. Naturellement, les règlements du
Canada diffèrent de ceux d'ici alors ce qui est bon au Canada devient désuet
n'importe où ailleurs… Ketching! Ketching! Une belle machine à argent. Mais on
réussi à s'en sortir assez bien malgré tout, je passe les détails. J'accorde
également une autre entrevue à une dame qui se trouve à être la journaliste de
l'événement ARC. Cette dernière fait un article sur les bateaux canadiens car
comme je le disais plutôt, ils n'ont jamais vu autant de Canadiens sur ARC. Ce
soir nous réservons les services de gardiennage d'Arnaud et Catherine invite son
amie norvégienne Amanda à coucher (sa mère avait elle aussi besoin d'une gardienne
pour sa fille). Nous sommes invités dans une réception chic au Royal Club Nautique.
Ouf, je ressors le vernis à ongle, il était poussiéreux celui-là. Une petite pédicure
en règle, la pince à sourcils et Hop là! Je redeviens 'feeeeminine'.
16 nov : Aujourd'hui c'est une journée haute en événement. C'est la parade
d'ouverture officielle de la traversée ARC et tous les pays arborent leurs couleurs.
Puis c'est la course de Dinghy… Quelle aventure… Il faut enlever le moteur, se
trouver une âme charitable qui acceptera de nous remorquer dans l'autre bassin où
se tiendra la course, décorer le bateau, préparer des ballounes d'eau… Puis la
course débute… Ouf! Antoine se demande encore pourquoi ils appellent ça une course.
On s'attendait bien sûr à se faire arroser lors de cet événement mais ce à quoi on
ne s'attendait pas était le 'food fight' aux matières gluantes de différentes formes
dont le fameux Gofio. Pour le retour à la maison, le vent s'étant levé, il nous
était impossible de ramer pour revenir dans notre bassin nous avons donc dû demander
à plusieurs bateaux moteurs de nous remorquer. Après avoir essuyer deux refus nous
trouvons une âme charitable qui nous remorque avec son bateau moteur/voile Mc Greggor.
Au retour, nous sortons le boyau d'arrosoir sur le quai et passons pas moins de deux
heures à nous débarasser des résidus collants de Gofio que nous avions partout dans le
'dinghy', dans les cheveux et sur notre linge. Une bonne douche à la 'hose', ça pince
un peu mais c'est efficace pour nettoyer. Heureusement, nos efforts nous aurons permis
de remporter un trophée au plus grand bonheur des enfants… Un cossin de plus qui va
traîner sur le bateau… Oups did I say that out loud?
17 nov : Plus que six jours avant le grand départ. Ce main, après avoir joué à
l'interprète entre un technicien espagnol affairé à réparer le moteur de la
génératrice d'un Australien, nous partons faire un tour de la ville de Gran Canarie
en autobus. Catherine emmène son amie Amanda. Nous apprenons lors de ce tour guidé
que les Canaries avaient leur propre gouvernement et Parlement provincial indépendant
de celui du reste de l'Espagne. Après un tour d'environ une heure nous descendons
pour nous rendre au centre d'achats de la place, soit le Corte Inglès. Nous avons des
coupons pour un petit apéritif et une entrée à la cafétéria de cet endroit alors nous
commençons avec ça puis nous apercevons une pâtisserie dans laquelle nous nous arrêtons
pour aller choisir chacun une pâtisserie de notre choix. Inutile de dire que nous avons
fait bien des heureux avec ce dîner. Au retour, nous découvrons avec stupéfaction
qu'un troisième bateau a été victime d'un vol au cours de la nuit. C'est le troisième
de 15 bateaux qui se fait défoncer. Les voleurs entrent sur le bateau la nuit alors que
les équipages dorment et partent avec lap top, caméras, IPOD. Non mais ne faut-il pas
être fantasse!! Nous allons redoubler de vigilence car au cours des deux dernières nuits,
René a entendu des bruits. Des voleurs ont tenté de voler notre annexe en dévissant les
vis de notre échelle et en détachant les cordes. Heureusement, ils n'ont pas réussi.
Je dois dire que Catherine avait raison… on ne lui fera pas peur de ces vols car la pauvre
se réveille pratiquement toutes les nuits que nous sommes à un port et ne peut plus se
rendormir s'imaginant divers scénarios où des voleurs tentent de monter à bord. Je la
trouvais exaspérante avec ses fabulations mais il semble qu'elle avait raison. Ouf, nous
sommes mieux de ne pas trop lui parler de ces vols des derniers jours.
Pour terminer, je dois mentionner que les Canaries nous ont réconcilié avec les
Espagnols que l'on croyait froids suivant notre expérience à La Corogne et Baiona.
Ainsi, il appert que nous étions dans l'erreur et que c'était probablement davantage
le fait que nous étions dans la région de Galice qui était en cause. En effet, les
Espagnols d'ici sont tous plus gentils et chaleureux les uns que les autres. Pourtant
avec le nombre de touristes qui passent ici par année ils pourraient fort bien être
blasés et c'est loin d'être le cas. Ils sont extrêmement aimables et polis et nous
avons beaucoup de plaisir à parler avec eux. Bon assez, il est déjà 21h00… une belle
heure pour aller cuisiner un gâteau de fête. C'est demain le grand jour, la fête tant
attendue de notre Catherine!
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