Journal de bord Novembre 2009
Mardi 24 Novembre , Nouvelle-Zélande
18 nov 09
En route pour Whangarei, NZ
Ca y'est nous y voilà! Nous avons atteint Opua, le port d'entrée néo-zélandais le plus
populaire pour les navigateurs en partance de la Nouvelle-Calédonie, Fiji et Tonga.
Nous sommes arrivés vers 02h30 AM et avons rejoint le quai de courtoisie sans aucune
difficulté. Le lendemain matin, nous avons complété les procédures d'entrée consistant
en la visite d'un douanier, suivi de celle de l'agriculture/bio-sécurité et son chien
'sniffeur' (pour les armes et les drogues). Ils ont été très courtois et aimables et
ne nous ont confisqué que notre cactus, nos légumineuses sèches, un melon d'eau restant
et nos poubelles.
Nos premières impressions de la Nouvelle-Zélande ont été très positives, nous voici
rendus dans la civilisation, la vraie! Opua est très touristique, c'est un peu la Côte
d'Azur de ce pays, l'endroit où les néo-zélandais viennent passer leurs vacances.
Nous comparons le paysage de la Nouvelle-Zélande à celui du Canada, de un, par sa
température froide, mais aussi pour sa verdure, ses hauts pics et ses falaises, nous
rappelant tantôt Charlevoix, tantôt le Fjord du Saguenay et parfois même les provinces
maritimes. Les oiseaux par contre, sont fort intéressants, toutes des espèces aussi
différentes les unes que les autres, des oiseaux comme en a jamais vu avant. La première
chose que les enfants ont remarquée à leur réveil une fois au quai étaient les canards.
Antoine continue de méprendre les canards pour des pingouins, comme à notre départ de
Québec il y a un an et demi. Nous avons passé notre première journée à fouiner dans la
marina qui comporte tous les services dont un navigateur peut rêver. Les enfants étaient
aux anges de retrouver leurs amis et de pouvoir courir sur les quais et jouer sur la terre
ferme. Ils ont enfilé tuque et 'polar' et on ne les a plus revus. Le soir, on s'est
gâtés et on a commandé de la pizza qu'on a mangé sur Alexandre IV avec Matajusi. Le
lendemain, je suis partie en taxi avec Josée et Lilian car il n'y a pas de service de
'shuttle' le samedi vers le centre-ville situé à une quinzaine de minutes de route de la
marina. Je suis allée faire une petite épicerie avec Thomas tandis que René travaillait
sur le tressage de nos trampolines (encore une fois explosés au cours de la traversée).
Au retour, nous avions de la belle visite, soit Françoise Duchesne (la cousine de René)
et son copain Ben. Ils sont arrivés en Nouvelle-Zélande il y a de cela quelques semaines
et planifient y faire un séjour d'une année au cours de laquelle ils travailleront ici
et là tout en visitant. Avec les vergers abondants et regorgeant de fruits divers dont
les traditionnels kiwis, oranges, pommes, raisins et autres, les emplois ne devraient
pas manquer. Nous avons eu beaucoup de plaisir à les rencontrer. Françoise est tellement
enjouée, dynamique et passionnée, nous avons beaucoup ri et nous avons grandement profité
des deux années de recherches qu'ils ont effectuées avant d'entreprendre leur voyage.
Comme nous n'avons pas beaucoup de documentation sur ce pays, ils nous ont beaucoup
aidé à planifier notre séjour en nous résumant rapidement les points d'intérêts de
l'île du nord et du sud.
Le lendemain nous avons eu la chance de participer à un tour guidé organisé par le club
nautique au cours duquel nous sommes allés au marché Kerikeri pour nous rincer l'oeil
des produits frais vendus par les agriculteurs. Nous y avons acheté une panoplie de
bons fruits et légumes frais, de l'huile d'olive, des fromages, trempettes et nouveaux
plants d'herbes fraîches. Un régal pour les yeux mais aussi pour les papilles puisqu'on
pouvait aussi goûter. On nous a ensuite emmené dans un petit café pour dîner, il y avait
en face une grande surface (genre Wal-Mart) ça tombait bien pour moi, avec la fête de
Catherine qui s'en venait. On était comme des enfants à Noël, ébahis devant tout ce
qu'on voyait. Puis on a poursuivi la visite en autobus pour nous arrêter à une forêt
d'arbres Kaori, ces arbres gigantesques, vieux de plusieurs centaines d'années. Ce bois
dur se prête merveilleusement bien à la sculpture. Sur la route, on se pâmait sur chaque
vache, cheval et mouton que l'on rencontrait. Ils ont l'air tellement en santé, ça change
des chevaux maigres que l'on voit depuis si longtemps. Nous avons terminé notre visite
par un arrêt dans une maison antique de pierres, datant des années 1820. Cette maison
ancienne figure d'ailleurs sur l'un des sous-verres de la Nouvelle-Zélande que nous avions
reçus en cadeau. Ce fut une belle journée et, bien que ce soit ici le printemps, on se
sentait un peu comme en automne, alors ce soir-là je n'ai pu m'empêcher de nous mijoter
un pot-au-feu avec nos légumes frais et une pièce de boeuf que j'avais.
Lundi 16 nov, après un avant-midi d'école, nous terminons les préparatifs de fête pour
Catherine. C'est aujourd'hui que nous fêtons sa fête car elle veut la célébrer en
compagnie de ses deux bonnes amies Caroline de 'Imagine' et Talita de 'Beduina'.
Elles ont passé un après-midi fort agréable à peindre des formes de Noël faites de pâte
de sel que nous avions cuites le matin. Catherine a été très gâtée, recevant de ses
amies bijoux divers, tuques, gants et bas chauds ainsi qu'une revue de la part de ses
frères. Elle a adoré son gâteau de Kitty Cat. Elle a invité ses amies à coucher alors
que nous ce soir-là, avons invité Imagine, Beduina, Matajusi et Alexandre IV pour une
petite soirée d'au-revoir car dès demain c'est le moment pour nous de quitter pour
Whangarei, l'endroit où nous laisserons le bateau pour les cinq mois à venir. Nous
faisons, ce jour-là une navigation de rêve sur vent arrière, nous avons donc le spi
et faisons une belle vitesse atteignant les 11 noeuds par moments. Alors qu'on fait
l'école, on croise le 'Whole in the Rock' un autre point d'intérêt de l'île du nord
(genre le Rocher Percé). Chemin faisant, nous pêchons deux poissons : un poisson sabre
(genre barracuda) ainsi qu'une belle sériole couronnée comme celle pêchée alors que
nous étions à l'Ile de Pâques. Finalement, nous avons appris plus tard que les pêcheurs
commerciaux doivent remettre les sérioles à l'eau si elles ne font pas une longueur
minimum. Oups, la nôtre pesait environ 5 livres donc pas très grosse. Ho well! Nous
avons partagé le fruit de notre pêche avec Alexandre IV.
Aujourd'hui nous faisons route vers notre destination finale 'Whangarei' que nous devrions
atteindre pour 18h00 ce soir. Si le temps le permet, nous emmènerons Catherine au
restaurant pour sa fête, sinon on se fera un souper/cinéma de famille sur le bateau.
Alors ça fait le tour des nouvelles, nous sommes d'attaque pour le mois de maintenance
à venir qui sera suivi de deux mois de visites de l'intérieur des terres avec nos visiteurs.
Si possible, nous inscrirons les enfants à l'école pour la rentrée scolaire de février
afin de nous concentrer sur les travaux sur le bateau. D'ici là, la première chose qu'on
fera à notre arrivée sera d'effectuer l'achat d'un véhicule usagé pour nos déplacements
des prochains mois. L'achat/revente est très populaire en NZ et les prix sont quand même
abordables. Alors sur ce je vous salue et vous tiendrez au courant de nos progrès.
P. S. Un petit rappel pour ceux qui ont accès à notre boîte de courriels du bateau :
Vous seriez gentils de ne pas oublier d'éviter de faire des 'reply' sur les courriels
ou si vous le faîtes, s.v.p. effacer le texte sous le vôtre pour faciliter les
transmissions/réceptions car notre bande passante est très limitée donc très lente.
Merci!
Jeudi 12 Novembre , En route pour la Nouvelle-Zélande
On vas-tu finir par arriver?
Avant de commencer, je voudrais observer un petit moment de silence en cette journée
de l'armistice, en l'honneur de tous ceux qui sont morts au combat pour leur patrie
mais aussi pour tous ceux qui continuent de servir et qui sont présentement affectés
en mission à l'étranger. Nous sommes avec vous de tout cour et surtout, bonne chance
à toi Bine! De mon souvenir, je n'ai jamais vu un 11 novembre qui ne soit pas exécrable
côté température. Jamais! Sur parade, on a toujours gelé comme des crottes, les pieds
et les mains engourdis par le froid, à se faire poivrer par de la pluie, pluie
verglaçante, neige, neige fondante, gadoue et autre. Et bien je dois vous dire que
cette tendance au temps de chien pour les 11 novembre est vraiment universelle si je
me fie à notre journée d'aujourd'hui en mer.
Est-ce bien moi qui avait écrit les paroles qui suivent dans mon dernier récit?....
'' Par contre, c'est tellement confortable. Je devrais toucher du bois en disant ça
mais à date je dois dire qu'il y a longtemps que nous avons eu une si belle traversée.
C'est 'smooth', ça ne tape pas, le vent varie en vitesse mais pas en direction donc
jamais on n'a à toucher aux voiles et ça c'est bien. Vraiment on est très surpris de
notre navigation jusqu'à maintenant. Ce n'est pas fini mais à date, ça se passe à
merveille, on ne pourrait pas beaucoup demander mieux.''
''Demain à notre réveil, il ne devrait rester que quatre jours de navigation, soit
quelques 500 miles nautiques à parcourir. Ca passe vite, presque trop vite d'ailleurs
car mes rations ne sont pas encore épuisées.'' .
Non mais je cherchais le trouble ou quoi? Depuis ce temps rien n'a cessé de déraper
et ça fait maintenant six jours que j'ai prononcé ces paroles. Depuis ce temps, on a
le vent carrément dans le nez, on se bat conte le vent, contre des courants contraires
qui nous ralentissent de plus de 1.5 noeuds par moments, et je ne parle pas des vagues
monstrueuses qui vont dans tous les sens. Il n'y rien à faire, il faut prier et attendre;
espérer arriver (avant la fin de l'année) et dans un morceau et je parle ici du bateau.
Je ne comprends pas que la coque n'aie pas encore ouvert en deux sous l'impact des vagues.
L'une après l'autre les trampolines ont cédés et sont accrochés tant bien que mal pour
ne pas qu'on les perdent à la mer. Non mais ça fait environ 5 sortes de cordage qu'on
essaie pour le tressage des trampolines et pas une n'a su résister.
Comme tous les autres navigateurs de ce rallye, nous roulons à voile assistée à moteur
24 heures sur 24, mais nous avançons à pas de tortue. Inutile de dire que le capt est
à prendre avec des pincettes ces temps-ci! Les capts de bateau n'aiment pas beaucoup
parler de leurs ennuis mécaniques ou des ennuis reliés à leur bateau. Ca porte un peu
atteinte à leur fierté et ils se sentent en quelque sorte responsables de tous les
problèmes qui surviennent. Pourtant Dieu sait comment ils font des miracles avec rien
pour réparer tout ce qui brise à longueur de journée et ce sans pièces, avec du raboutage
de vieux morceaux recyclés. Le capt, il est un peu comme une femme dans ses 'PMS'
actuellement. Vaut mieux ne pas trop lui parler et attendre qu'il se défâche parce qu'il
n'a plus tellement le goût de rire. Je pense que s'il le pouvait, comme un enfant, il
se coucherait à terre dans l'allée du supermarché pour tempêter et pleurer et dire 'Je
n'avance plus'! On va tu finir par arriver que ça finisse qu'il se dit?
Je me garderai de vous ressasser les mêmes rengaines mais disons seulement qu'un problème
n'attend pas l'autre. Il pleut, il fait 'frette' pis on se fait poivrer sans arrêt.
Les vagues passent par-dessus le bateau à longueur de journée, il y a du sel et de l'eau
partout. Je ne sais pas pourquoi mais le capt trouve qu'il en a épais sur les bras! Il
trouve que toutes les responsabilités lui incombent et que son équipage est un peu
inconscient de tous les problèmes et voire même inutile pour l'assister dans tout ceci.
On fait pourtant de notre mieux. C'est une vraie comédie et un véritable ballet que de
jongler à travers l'école, les coups de main au capitaine, la préparation des repas,
les petits dodos en vue des quarts de nuit et tout le tralala. J'ai beau essayer de me
charger seule des classes et des repas, j'ai beau partager les quarts de nuit à part égale
avec René, il reste que je suis un peu impuissante face aux problèmes, je l'admets.
Si seulement le vent pouvait coopérer dans le bon sens un peu. Le matin le capt doit
passer un bon deux heures et demi sur la radio et une autre heure le soir à échanger nos
positions et la météo avec les confrères navigateurs du rallye. Ce sont ses moments
forts de la journée. Il ne faudrait pas lui enlever ces moments pour tout l'or du monde.
Entre capitaines ils se comprennent au moins!
Je dois dire, toutefois, que nous ne sommes pas les seuls à avoir hâte d'arriver. Il y a
un bateau dont la bôme est cassée, donc la grand voile inutilisable, Wasabi aussi n'a
pas pu utiliser sa grand voile de toute la traversée dû à un problème d'enrouleur. Hier
'Beduina' a déchiré sa grand voile. Certains n'ont plus de diésel, d'autres n'ont plus
de moteur (assez compliqué quand on se bat avec le vent dans le nez). Bref, on est loin
d'être les pires et on a peut-être réussi à consommer tous nos fruits, légumes, viande et
produits laitiers, mais ce n'est pas demain la veille que nous épuiserons nos stocks de
diésel, car sur 'Cat Mousses', le diésel ce n'est jamais un problème. On a une autonomie
assez impressionnante de ce côté.
Alors sur ce, je dirais. en mettant des gants blancs. que nous devrions atteindre la
Nouvelle-Zélande demain soir, à la tombée de la nuit. Mais je dis ça sous toute réserve
car les vents viennent encore de tourner et nous éloignent à nouveau de notre trajectoire.
On va s'armer de patience et attendre!
Jeudi 06 Novembre , En route pour la Nouvelle-Zélande
06 nov 09 Le récif de Minerva (Sud)
Il est 01h30 AM, je suis de garde sur mon quart de nuit. Je viens de terminer une
nouvelle recette de pain et ma fournée est à lever. La navigation est confortable.
Nous sommes sur un vent au portant (vent de côté) et pour Cat Mousses le portant
c'est l'allure de choix qui nous avantage le plus. On a filé avec une moyenne de 8
neouds tout l'après-midi, wow! Pour une fois que nous n'étions pas au près à se faire
taper et à se battre contre le vent. Il faut dire qu'en théorie on serait au prêt si
on filait vers le sud comme les guides le recommandent mais on triche un peu et on
file vers l'ouest, en ligne directe avec la NZ pour tirer profit du vent au maximum.
Pour l'instant on avance bien, pour le reste on verra après. C'est que le vent varie
beaucoup en force ce qui fait que notre vitesse n'est pas constante. Par contre, c'est
tellement confortable. Je devrais toucher du bois en disant ça mais à date je dois
dire qu'il y a longtemps que nous avons eu une si belle traversée. C'est 'smooth',
ça ne tape pas, le vent varie en vitesse mais pas en direction donc jamais on n'a à
toucher aux voiles et ça c'est bien. Je dis ça parce que sur certaines navigations ça
vient parfois tannant un peu de monter et descendre le spi à tout moment du jour;
roule, déroule le génois, monte, descend la grand voile, prend un ris, enlève un ris.
Vraiment on est très surpris de notre navigation jusqu'à maintenant. Ce n'est pas fini
mais à date, ça se passe à merveille, on ne pourrait pas beaucoup demander mieux.
Parlant de ceci, j'avais oublié de mentionner que le fameux bateau 'Wasabi' sur lequel
j'ai eu l'opportunité de naviguer avec Isabelle une nuit (entre 18h00 PM et 10h00 AM le
lendemain) est un superbe voilier de marque Oyster, 56 pieds. Un véritable bijou!
Nous avons repris la mer ce matin après un arrêt d'une journée et demie au récif sud
de Minerva. C'est toujours un coup de dé que de décider si on s'arrête ou non une
fois qu'on est partis pour une longue navigation. D'un côté on se dit qu'on ne passera
par ici qu'une seule fois dans sa vie, d'un autre on ne veut pas casser le 'beat' une
fois la routine en mer établie, les horaires de sommeil régularisés et l'inconfort du
mal de mer passé. Mais le vent était faible alors que faire? Ecouter ce qu'on dit
et en profiter pour foncer vers la NZ pendant que le temps est clément au risque d'épuiser
toutes nos réserves de diésel (peu probable sur Cat Mousses) ou s'arrêter, se reposer
et explorer un nouvel endroit en attendant de meilleurs vents. Mais les vents viendront-ils
et si oui quand? On s'arrête ou on continue? Il ne faut pas oublier que dans ce cas-ci,
on essaie de calculer les réserves de nourriture pile poil pour arriver vide en NZ mais
si on s'arrête une semaine ou deux de plus alors là ça change un peu la donne. Bon alors
ce qu'on a décidé? Nous arrêter. Mais pas au récif nord comme tous les autres bateaux.
Nous, avec Alexandre IV, on a décidé de pousser 20 miles plus loin vers le récif sud
(très peu connu et visité) et cette décision s'est avérée excellente puisque au récif
du nord il y avait un total de 17 bateaux et c'est loin de la solitude recherchée dans
un atoll éloigné au fin fond du Pacifique. Non mais comment décrire le sentiment de se
retrouver à un endroit si rarement visité, seuls au monde, au beau milieu de l'océan.
Pas un brin de terre en vue, juste un récif tout autour de nous, à fleur d'eau à marée
basse. Jacques et René ne tenaient plus en place et avaient juste hâte d'aller explorer
les fonds marins à la recherche de langouste. Ils ont attendu au lendemain car quand
la marée était haute, ce mouillage était, pour le moins qu'on puisse dire, un peu brasseur
merci mais ça ne durait que l'espace de quelques heures. Ainsi, à l'arrivée de Silvio et
Liliane de 'Matajusi', les hommes sont partis pêcher aussitôt la marée basse venue.
Ils sont partis, ma foi, quatre bonnes heures, soit tout la PM (Jacques, Silvio, René,
Thomas et Antoine). Vers 18h00 on les a vu réapparaître avec le fruit de leur pêche.
Ils revenaient avec. deux langoustes (des vrais, pas des cigales), quatre gros poissons
style mérou géant aussi appelé 'loche', 8 huîtres géantes (plus grosses qu'un ballon de
football et pesant une tonne) et ..un requin! Non mais vraiment! J'avais dit à Silvio
de me pêcher un requin mais je ne croyais pas qu'il me prendrait au mot. Nous avons
sortis les livres pour l'identifier et notre ami requin s'est révélé être un requin de
récif gris. Pas gentil ceux-là je pense. Surtout qu'il y avait aussi papa et maman
requin dans les parages. Il ne fait aucun doute sur l'identification de l'espèce car
dans le livre, la photo avait justement été prise exactement à cet endroit précis, soit
au récif de Minerva sud. Aux dires de nos pêcheurs, ils ont pêché le requin plus par
souci de légitime de défense (instinct de survie) que par esprit sportif. Ce n'est pas
moi qui allait m'en plaindre, depuis le temps qu'on voulait essayer un requin, je veux
dire un requin pêché nous-même plutôt qu'acheté d'une tablette d'épicerie. Les hommes
se sont donc attaqués à la tâche pour nettoyer leurs prises sur Cat Mousses. Les femmes
avaient prévu le coup et nous nous étions séparées les tâches en PM en vue d'un festin
éventuel sur Cat Mousses ce soir-là. Nous sommes donc passés à table vers 21h30 avec
le menu suivant.
En entrée : pétoncles poêlées et 'lobster pop corn' (par Jacques), lasagne au fruit
de mer (par Josée) et oeufs de homard (en caviar).
Plat principal : steaks de requin cuit dans une sauce tomate (par Dany sous la supervision
de Silvio), riz frit (par Dany) et ratatouille de légumes (par Liliane).
Dessert : gâteau (par Nicolas et Catherine), Cocada (noix de coco dans une sauce au
caramel par Liliane) et jus de melon d'eau (par Liliane).
On a eu bien du plaisir, spécialement à nous raconter nos réalités respectives de la vie
sur un bateau entre un capitaine et sa seconde. Bref, c'est pareil sur tous les bateaux.
Un capt et sa seconde, ça ne voit tout simplement pas la vie d'un même oeil et ça ne changera
jamais, c'est un fait de la vie et il faut vivre avec! Mais c'est drôle quand même. ou du
moins après coup!
Je vais laisser le soin au capt de raconter une petite anecdote qu'il a lu quelque part
concernant le récif de Minerva. C'est avec grand regret que nous avons quitté ce mouillage.
Il nous a fallu un petit coup de pied pour se décider. Non pas parce que le mouillage
était confortable mais parce que c'était tellement spécial de se trouver dans un endroit
aussi sauvage et isolé du reste du monde. On aurait voulu l'explorer plus longuement.
Juste dans les quelques heures que les gars ont passé sous l'eau hier, ils ont vu une raie
léopard, une tortue de mer, des requins et toutes sortes de poissons, d'oursins et de plantes
aquatiques. C'était la nature à son état le plus sauvage. On a donc repris la mer à 10h00
AM ce matin et on a réalisé avec plaisir que les enfants n'ont pas eu à se remariner. On
n'avait pas perdu la main lors de notre arrêt au récif de Minerva, il faut dire que quand ça
se mettait à rouler dans le mouillage, c'était pire qu'en mer.
Demain à notre réveil, il ne devrait rester que quatre jours de navigation, soit quelques 500
miles nautiques à parcourir. Ca passe vite, presque trop vite d'ailleurs car mes rations ne
sont pas encore épuisées. On a eu beau donner une partie de nos stocks ça et là, il reste
qu'on est en train de s'arracher le coeur à tout manger juste pour dire qu'on ne gaspille pas
de nourriture et qu'on ne met rien à la poubelle à notre arrivée en NZ. Ce matin, je n'avais
pas fini de déjeuner que déjà je travaillais sur le dîner à nous concocter une soupe Gazpacho
question de passer nos concombres, tomates et oignons. Les enfants sont bien contents de vider
les armoires mais surtout de voir qu'on se régale autant. Des petits cocktails presqu'à tous
les jours avec brie gratiné ou autre, normalement réservés aux occasions spéciales seulement.
Des desserts maison quotidiens comme par exemple des flans pâtissier, gâteau au tapioca et
autre, question de finir le lait, le sucre et toutes nos préparations. On se gâte pas mal!
Mot du capitaine : Avant de vous raconter mes trouvailles sur les récifs de Minerva, laissez-moi
-vous les situer. Les récifs de Minerva (nord et sud) sont situés à environ 450 km au sud-ouest
de l'île de Tongatapu dans les Tonga ou à environ 1400 km au nord-est de la NZ. Ce sont 2
atolls qui, à marée basse, laissent apparaître un récif avec son plus haut point à 1 mètre
au-dessus du niveau de l'eau. Ces atolls, quoique de différentes formes, mesurent environ
6 km de large et sont accessibles par une passe. Seule la vie aquatique y règne mais nous y
avons tout de même aperçu quelques oiseaux, nous nous demandons toutefois encore où ils nichent!
La profondeur à l'intérieur est d'environ 60 pieds avec un beau fond de sable permettant aux
navigateurs de s'y réfugier par mauvais temps ou bien seulement pour apprécier un peu de
solitude en plein milieu du Pacifique.
Durant les années 70, un millionnaire de l'immobilier de Las Vegas et activiste politique,
Michael Oliver, a formé une fondation " The Ocean Life Research Foundation " qui possédait
apparemment une centaine de millions de dollars avec des bureaux à New York et Londres avec
comme objectif de créer une micro nation à partir d'îles artificielles. Il a choisi les
récifs de Minerva pour créer sa République avec comme objectif d'avoir une petite industrie,
des activités commerciales et la pêche comme base de son économie. En 1971, des barges
remplies de sable en provenance d'Australie sont arrivées au récif de Minerva (nord) afin
de le relever en haut du niveau de l'eau pour y construire une tour afin d'y monter un
drapeau; sable qui est toujours présent aujourd'hui selon nos amis qui y sont arrêtés.
La République de Minerva a déclaré son indépendance aux pays avoisinants et a même créé sa
propre monnaie. En février 1972, M. Morris C. Davis a été élu Président provisoire de la
République de Minerva. Cette déclaration d'indépendance n'a pas été bienvenue parmi les
pays voisins. Lors d'une conférence tenue en février 1972 où étaient représentés l'Australie,
la Nouvelle-Zélande, Tonga, Fidji, Nauru, les Samoa de l'Ouest ainsi que les Iles Cook, Tonga
a réclamé les récifs de Minerva sous sa tutelle. Une délégation a été envoyée afin d'enlever
le drapeau de la République pour annexer ces 2 récifs à Tonga. En septembre de la même année,
le forum des pays du Pacifique a reconnu la légitimité de Tonga sur les 2 récifs. Suite à tout
ceci, le Président provisoire a été congédié et le projet s'est effondré de lui-même.
En 1982, un groupe d'Américains avec à sa tête le même Président déchu a effectué une nouvelle
tentative d'occupation des récifs de Minerva mais a été expulsé par les troupes militaires
de Tonga après 3 semaines d'occupation. Plusieurs autres tentatives de création d'une République
pour Minerva ont été faites mais toutes sans succès.
Lundi 02 Novembre , En route pour la Nouvelle-Zélande
01 nov 09 -- Tonga, Pacifique sud
Nous venons de lever l'ancre ce matin, 01 nov à 08h00 AM. Voilà, le saut est fait,
nous avons enfin entrepris cette fameuse traversée crainte de tous. C'est que tout
le monde ne parle que de ça depuis des semaines et des mois et tous attendent
fébrilement la fenêtre météo idéale en priant que le temps soit clément. On s'est
inscrit gratuitement à un rallye pour traverser en groupe ou du moins en gardant un
contact radio. Il y a des bateaux en provenance des Tonga mais aussi de la
Nouvelle-Calédonie et des Fiji qui participent au rallye pour se diriger en NZ à
l'abri des cyclones. On a connu encore tout plein de nouveaux bateaux lors de notre
dernière escale dans la capitale des Tonga, soit à Nuku'alofa. Nous étions tout un
groupe à attendre la bonne fenêtre météo pour partir. La traversée vers la
Nouvelle-Zélande n'est apparemment jamais très agréable avec des vents forts dans le
nez. Un s'attend donc à se faire taper le derrière pour les 10 jours à venir, pas
agréable mais rien de dangereux. Selon les prévisions actuelles, on aura à faire pas
mal de moteur au cours de la traversée faute de vents constants mais comme nos réserves
de diésel sont pleines, nous préférons ceci à des vents trop forts. Notre gréement en
a vu de toutes les couleurs dans la dernière année et demie et le capt a bien hâte de
le faire ré-inspecter, le moins de gros temps nous frapperons, le mieux ce sera. Notre
Cat Mousses est essoufflé. Au moins c'est avec une coque propre comme un sou neuf que
nous entreprenons la traversée. On y a travaillé fort, dans une mer assez houleuse
mais surtout pas mal froide, pour débarrasser la coque et les hélices de tout résidu,
algues, coquillages et autres. Les inspecteurs sont mieux de sortir leur loupe à notre
arrivée en Nouvelle-Zélande et je les mets au défi de nous trouver des coquillages sous
la coque. On a frotté si fort qu'il ne reste pratiquement plus de trace de la peinture
anti-salissure qu'il faut de toute façon refaire en NZ. René a aussi installé une pompe
pour vider de façon automatique l'eau qui s'infiltre dans le compartiment avant tribord.
Comme ça nous n'aurons plus à braver le mauvais temps pour aller ouvrir et vider à la
main ce compartiment qui se remplit d'eau.
A Nuku'alofa, nous avons fait nos dernières emplettes avant le grand départ. Il était
temps, nos réserves étaient devenues si basses que le dernier matin avant d'aller faire
nos achats il ne restait plus la moindre céréale, gruau au autre à bord de Cat Mousses,
ni pain, ni oeufs. C'est pas mêlant Catherine a décidé de manger du poisson froid pour
déjeûner ce matin-là! Nous avons eu beaucoup de plaisir lors de cette escale et avons
fait plein de rencontres intéressantes. Il y a, à cet endroit, un 'Resort' tenu par une
femme qui se présente sous le non de 'Big Mama'. Elle est une légende sur cette île.
Depuis sept ans, elle accueille les navigateurs en leur offrant une panoplie de services
pour les aider dans leurs préparatifs de traversée. Le premier soir elle nous a reçus
avec un BBQ où nous apportions seulement notre viande. On payait un petit montant par
personne et eux cuisaient pour nous la viande et fournissaient les salades, les couverts
et tout. Il y avait de la danse et ce fut une bien belle soirée mais rien en comparaison
de la soirée du 30 octobre. Ce soir-là, elle a reçu gratuitement tous les navigateurs
du rallye vers la NZ à son restaurant. Le buffet était sans limites, ils y servaient,
cochon grillé, poissons divers et spécialités locales. Puis, comme c'était également le
soir de l'anniversaire de 'Mama', ils nous ont servi un gâteau au chocolat ultra-moelleux
garni de glaçage au fromage à la crème. J'ai encore l'eau à la bouche de ce succulent
gâteau! Nous avons fêté pas mal, nous avons bien ri et dansé. Le lendemain, comme c'était
le 31 octobre, les enfants ont revêtu leurs costumes d'Halloween et ont fait le tour du
mouillage en annexe pour aller faire leur collecte de bonbons. Contre toutes attentes,
ils sont revenus avec leur panier plein à ras bord de gâteries de toutes sortes. Wasabi
et Alexandre IV avaient bien sûr largement contribué mais les enfants ont été très surpris
de la générosité de tous ces bateaux qui n'ont plus d'enfants depuis belle lurette mais
qui les ont gâté sans borne, c'en était presque gênant. Les enfants ont grandement apprécié
et ont décrété à l'unanimité cet Halloween comme leur meilleur à vie. Ils le racontent
dans leurs mots dans leur journal de bord respectif.
Il y a quelques jours, il est arrivé un petit souci à Bryan de Wasabi. Un nerf s'est
coincé entre deux de ses vertèbres lombaires et il a complètement figé pendant plusieurs
jours et est resté étendu à même le plancher de sa cabine pendant au moins cinq jours avant
de réintégrer le lit sur ordre d'un ami médecin allemand du mouillage. Ils ont dû se
prendre à quatre hommes pour le déplacer et l'opération a duré deux bonnes heures. Comme
il n'était pas question de les laisser seuls et qu'il fallait rallier Nuku'alofa pour
les derniers préparatifs avant le départ pour la NZ, les enfants m'ont portée volontaire
pour aller aider Isabelle et c'était une bien bonne idée, quoiqu'Isabelle et moi étions
un peu nerveuses. René a navigué seul avec les enfants pour une navigation de nuit de
17 heures. Finalement Isabelle et moi avons complété notre mission avec succès. On ne se
savait pas aussi expérimentées, mais finalement nous avons tout fait le travail seules
de A à Z et on s'est rendues à bon port, et ce de nuit. Faut croire qu'on a pris de
l'expérience dans les dernières années. J'avoue que naviguer sur leur voilier est pas
mal moins physique que sur Cat Mousses. Sur Cat Mousses ces temps-ci, il y a tellement
de maintenance à faire que juste partir les moteurs nécessite de rentrer tête la première
dans la chambre des moteurs pour aller 'primer' la pompe à eau, je ne sais trop comment.
Je m'imagine faire ça! Sur Cat Mousses rien n'est simple, on ne peut pas juste tourner
la clé comme tout le monde alors je me demande vraiment ce que j'aurais fait à sa place
de devoir naviguer Cat Mousses seule. Cette nuit-là, René s'est bien débrouillé seul
avec les enfants, mis-à-part le fait qu'il a failli perdre l'annexe dont une des cordes
a cédé. Elle s'est retrouvée suspendue à une seule corde. Je m'imagine au milieu de la
nuit dans la mer agitée que nous avions à essayer de grimper en équilibre pour aller
patenter un système de 'straps' de broche à foin pour ne pas échapper l'annexe à la mer!
Sur Wasabi, pour monter la grand-voile et le génois il suffit de peser sur un bouton,
quel bonheur! J'étais bouche bée quand j'ai vu ça. Sur Cat Mousses René se tue à la
tâche à chaque fois qu'on hisse la grand-voile. Enfin, il reste que le malheur de Bryan
nous a tous fait réaliser qu'il faut être prêt à toute éventualité sur un bateau. La
situation de Bryan ne s'améliorant que très peu, Isabelle et lui vont partir pour la
Nouvelle-Zélande en avion et ils ont trouvé un équipage pour traverser leur bateau. En
attendant, ce soir (02 nov), j'ai pris mon courage à deux mains et je suis descendue
dans la chambre des moteurs pour aller 'primer' à la main, la pompe à eau du moteur
babord. Rien de plus simple. Il s'agit simplement de dévisser un collet, forcer comme
une forcenée pour réussir à sortir la 'hose' pris à la serre par la succion, y entrer
un entonnoir, remplir la 'hose' d'eau de mer, puis remettre le tout en place et revisser
le collet. Simple non! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Donc René,
tu peux maintenant dormir tranquille, je sais 'primer' une pompe à eau. mais juste celle
de bâbord pour le moment parce que pour celle de tribord. alors là, ça se corse. Il me
faudra un peu plus d'entraînement pour celle-là! Il y a deux ou trois étapes à faire en
prenant garde de ne pas se faire coincer les doigts dans les poulies qui tournent. Des
heures de plaisir! Si possible j'aimerais autant que mon capitaine ne barre pas du dos
avant que ses moteurs ne fonctionnent à nouveau rondement.
Notre navigation vers la NZ se passe bien jusqu'à maintenant. Hier nous avons pêché un
énorme mahi-mahi aussi grand que Thomas, c'était une femelle. Depuis notre récente rencontre
avec Silvio et Liliane du bateau brésilien 'Matajusi', René ne cesse de vouloir expérimenter
de nouvelles choses. Silvio, Jacques et lui ont fait beaucoup de pêche ces derniers temps.
Ils partent vers 20:30 le soir , il fait froid et les nuits sont noires, ils vont sur les
bords des récifs pêcher jusqu'à 23:30. C'est du vrai sport, l'autre soir Silvio est tombé
face face avec un 'Lemon Shark', pas gentils ceux-là. Silvio est tout un plongeur en apnée,
il a 61 ans et il descend encore facilement à 20 mètres. Avant il faisait des compétitions
et descendait à plus de 40 mètres, il leur a enseigné de nouvelles techniques de respiration
avant de plonger. Avant nos hommes s'hyperventilaient mais aujourd'hui c'est différent.
Ils forcent l'air dans leurs poumons et gardent leur respiration. Ils font cela trois fois
avant de prendre une bonne inspiration et de plonger. Cela à pour effet d'augmenter le volume
de leurs poumons. Ils ont ainsi grandement amélioré leur temps d'immersion. Ensemble ils
sont comme des enfants ces hommes. L'autre jour, Silvio et René sont revenus du marché
avec chacun une pieuvre et Silvio est venu sur Cat Mousses pour nous enseigner comment
nettoyer, préparer et cuire la pieuvre au presto. Il faut d'abord tourner la tête à
l'envers et en retirer une poche contenant l'encre et les intestins, il faut ensuite enlever
les yeux puis la bouche. De façon surprenante, la bouche est en fait un espèce de bec
de perroquet très dur. Pour cuire la pieuvre, il suffit de la faire légèrement revenir
et rosir dans un peu d'huile d'olive et de l'ail. Un peu de poivre et sel, ¼ t de vin blanc
et hop on ferme le couvercle de la cocotte vapeur (presto) et on ne cuit que 5 à 7 petites
minutes une fois qu'on entend le 'Psh! Psh! Psh!'. Et voilà le tour est joué mais le secret
dans tout ça c'est d'attendre au lendemain avant d'ouvrir le couvercle du presto car c'est
lors du lent processus de refroidissement que se complète la cuisson. Vraiment le résultat
est surprenant, nous n'avions jamais mangé de pieuvre aussi tendre et ce sans avoir à la
battre ou autre. Une fois le presto ouvert, j'ai coupé la pieuvre en morceaux et je l'ai
marinée avec des oignons, échalottes, tomates en morceaux, coriandre, huile d'olive et le
jus de cuisson du presto. Je reviens donc à notre mahi-mahi femelle. Silvio nous a
aussi enseigné à garder la poche des oeufs de la femelle. J'ai ensuite fait frire ces oeufs
à la poêle avec de l'huile et de l'ail et quelques épices. Vraiment, parfois je me demande
si on ne va pas bientôt se mettre à manger les yeux de poisson tant qu'à faire! On apprend
plein de choses avec cette mafia brésilienne. Ils connaissaient bien sûr nos amis de
Samba. Ils sont toute une communauté de bateaux brésiliens 'Pager', 'Bicho', 'Sarava',
'Beduina', 'Canela', 'Matajusi'. On a bien du plaisir en leur compagnie et ils nous font
beaucoup penser à 'Samba' resté à Tahiti pour un an ou deux. On a beau les écouter à la
radio, on ne comprend pas grand-chose de leur charabia de portugais. Je comprends quand
je lis des instructions en portugais mais le comprendre verbalement c'est autre chose.
Nous avons décidé de nous arrêter au récif de Minerva chemin faisant vers la NZ étant donné
le peu de vent. Contrairement à tous les autres bateaux du rallye, nous allons filer
vers la partie sud du récif qui n'est pas très connue des navigateurs. Comme ça nous
serons seuls avec Alexandre IV, Matajusi, Pager et Beduina. Les hommes ont la ferme
intention d'y passer deux jours à la recherche de ces chères cigales de mer, qui ressemblent
des langoustes mais sans les pinces et les antennes, il y a apparemment également tellement
de langoustes, qu'elles sautent pratiquement dans ton annexe, ça reste à voir. Nous aimons
bien la cigale car sa chair a un goût délicat exquis. De plus, elles sont tellement faciles
à cuire et arranger. Thomas est devenu notre spécialiste pour ouvrir ces bibittes et
nous les préparer. Nous nous sommes d'ailleurs faits plusieurs festins de ces crustacés
depuis quelques temps. Un après-midi après les classes on s'est fait un festin inoubliable
sur la plage, juste Wasabi, Alexandre IV et nous. Nous avions du crabe, des cigales en
quantité et des poissons en ceviche. Ca nous sortait par les oreilles. On a bu, on a ri
et on s'est amusés sans bon sens. On s'est évidemment passés de souper ce soir-là. Un jeu
de société des drapeaux du monde avec les enfants, quelques grignotines, puis nous étions
tous au lit. Notre collection de coquillages s'est considérablement agrandie ces derniers
temps aussi. Je ne m'étais jamais vraiment intéressée aux coquillages auparavant mais
les enfants m'ont fait découvrir de véritables bijoux de coquillages sur les plages de
Tonga. Espérons seulement qu'on ne nous les confisquera pas en arrivant en Nouvelle-Zélande.
On a à regret, dû faire cuire notre animal de compagnie, membre de l'équipage, 'Peter the Crab'
(un crabe de cocotier en provenance de l'atoll de Mopélia en Polynésie française), la
semaine dernière. Il était délicieux.
En ce moment le temps se rafraîchit de façon drastique. Les nuits sont de plus en plus fraîches
et la mer est aussi très froide. René et moi commençons à penser nous équiper d'une combinaison
de plongée longue plutôt que notre courte. Nous avons sortis nos polaires et nos manteaux.
Heureusement, même après un an et demi, ils vont encore comme un gant aux enfants. J'ai
bien peur qu'ils en auront bien besoin en NZ. Le temps des douches prises, nus comme des
vers, sur le patin arrière de Cat Mousses est pas mal révolu. Il faudra maintenant décréter
une des deux salles de bain comme douche officielle et se mettre à utiliser de l'eau chaude
sur Cat Mousses.
Bon alors je crois que ça fait le tour, ouf déjà 4 pages! Je me suis encore emportée. Je
n'écris pas souvent mais quand j'écris, j'ai tendance à m'emporter un peu. En espérant ne
pas être trop ennuyante!
Salutations de l'équipage du Cat Mousses à tous nos lecteurs.
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