Autour du monde avec ...

 
 

Journal de bord
Septembre 2009
 

 

Mercredi  30 septembre ,  Tonga -- Tsunami --

Congé d'école - Raison : Tsunami

30 sept 09
Ile de Nuku, Tonga, Pacifique sud

Il est un peu plus de 08h00, on se prélasse au lit, respectivement plongés dans nos
rêves, nous laissant bercer par le chant des baleines entendu pendant une bonne partie
de la nuit.  Les enfants déjeunent tranquillement.  Puis ils entendent des cris du
bateau voisin, Anne-Gaëlle du voilier ami Graine d'Etoile somme les enfants de réveiller
leurs parents. On est vite tirés de nos rêveries lorsque tout d'un coup on entend les
enfants nous crier. vite vite vite. Venez voir, il y  a du gros courant et des vagues. 
On accoure, chacun de notre côté, essayant de focuser et de comprendre ce qui se passe. 
La quinzaine de bateaux que nous sommes sont en train de quitter le mouillage.  Je
commence les procédures pour lever l'ancre, un des deux moteurs décide qu'il ne veut pas
démarrer, René descend dans le compartiment moteur et réussit à partir le moteur.  Je
poursuis mes manouvres et réussis à retirer la patte d'oie mais la chaîne tire dans
tous les sens. Il y avait des courants de 10 noeuds au moins qui changent de bord aux
trois minutes environ, à l'endroit où nous nous trouvons.  La pression sur la chaîne
est immense et il est impossible pour René de contrôler le bateau avec les moteurs, ce
sont plutôt les vagues qui contrôlent le bateau. René n'arrive pas à nous diriger de
manière à ce que je puisse relever l'ancre, ça tire, ça tire, je continue d'essayer de
lever mais le guindeau électrique force sans succès.  Puis, la chaîne part d'un bond et
sort à la fois du guindeau et du davier et se met à filer sans fin sans que je puisse la
rattraper, ça va trop vite et c'est trop puissant pour que je puisse penser l'arrêter ou
la ralentir de mes mains nues.  Résultat, les 300 pieds de chaîne sont maintenant sortis. 
Puis on se met à cogner dans les coraux.  Bang on essuie un coup sous la quille de tribord,
puis bang et rebang.  C'est la panique générale à bord.  On perd le contrôle, Catherine
pleure et est hystérique, les enfants ont peur, on ne comprend pas ce qui se passe.  On
n'arrive pas à remonter la chaîne de l'ancre, ça continue de tirer, on se fait engloutir
dans un tourbillon d'eau.  Il ne reste qu'une solution, soit celle de laisser aller l'ancre. 
Je voudrais bien accéder au 'schackle' pour le dévisser et ainsi libérer l'ancre mais ce
dernier est dans le puits d'ancre et je n'arrive pas à ouvrir la porte du compartiment de
l'ancre car la chaîne en bloque l'accès.  Tout veut arracher, la porte est en train de casser
sous la pression, la base de l'énorme poutrelle (structure d'aluminium en 'A' à l'avant du
bateau) est en train de tordre et de littéralement déchirer, le fibre de verre se gruge un
peu partout sur le pont et sous la ligne d'eau sous la friction de la chaîne, des morceaux
arrachent.  A la fin c'est l'ancrage de la chaine au fond du puits d'ancre qui cède.  Un
gros morceau de fibre de verre laminé, d'un pied carré, arrache avec son ancrage.  Les
enfants accourent avec une scie à fer et je me mets à scier un maillon de la chaîne.  Pas
facile avec notre super scie toute rouillée, il ne faut surtout pas que la lame casse,
ce serait bien le bouquet.  Les enfants courent partout, apportent, marteau, pinces,
ciseaux.  A force d'efforts qui paraissent durer une éternité, René vient me seconder
et on finit par en venir à bout.  Heureusement, juste avant de lâcher la chaîne, alors
que le tourbillon reprend de plus bel, on arrive in extremis à installer un orin, qui
nous permettra plus tard ce matin de récupérer la chaîne abandonnée sous l'eau, et ce avec
l'aide précieuse de Jacques (Alexandre IV) et Brian (Wasabi), dans leurs annexes respectives.  

Bref, nous avons touché le fond à quelques reprises.  Le sable a bien nettoyé les quilles. 
Nous avons touché  quelques têtes de corail lorsque l'eau se retirait mais nous avons été
très chanceux.  D'après une rapide évaluation du capt, qui est plongé une fois que nous avons
été tirés de notre impasse,  nous nous en sommes tirés avec seulement quelques égratignures. 
Tout le monde est en pleine forme, incluant notre équipier de passage (Peter le crabe de
cocotier que j'entends gratter ce soir).  Les enfants ont eu un peu peur sur le moment mais
tout est de retour à la normale et ils ne pouvaient pas se plaindre ce matin de manquer de
matériel pour pouvoir rédiger leur journal de bord.  Je vous confirme que le capt a trouvé
la bière bien bonne sur l'heure du dîner.  

Des quinze bateaux que nous étions, il y aussi eu le voilier Monkey Feet (un voilier Canadien
avec 3 enfants), qui l'a échappé bel comme nous.  Ces derniers, à un certain moment, étaient
poussés contre un corail et étaient carrément couchés sur le côté dans l'eau.  C'est que nos
deux bateaux  étaient situés exactement au beau  milieu de la passe, nous avons donc subi le
pire des sursauts du tsunami.  Tout comme nous, ils ont également dû laisser aller leur ancre
mais eux sans orin.  A cinq hommes, ils ont réussi  à récupérer leur ancre aussi mais la chaîne
étant coincée sur un énorme morceau de corail, ils ont dû mettre une grosse heure et demie
d'efforts pour en venir à bout.  Nous avons entendu Casey, le capt de Monkey Feet,  contacter
un ami navigateur médecin plus tard dans la journée pour lui demander de lui suggérer un petit
calmant quelconque car il était encore sous le choc et n'arrivait pas à se calmer de ses
émotions.

Et dire que la nuit d'avant, nous avions laissé nos quinze enfants coucher seuls sur la plage
dans des tentes sans aucun parent.  Ce matin, la plage était complètement inondée et ce n'est
pas peu dire.  Nos enfants seraient partis à la flotte, les tentes et tout.  Disons que sortir
de là aurait été une opération légèrement plus compliquée.  Le plus drôle dans tout ça c'est
que certains bateaux,  un peu plus à l'écart dans ce mouillage, n'ont absolument rien ressenti
de tout ceci car ils se situaient à la limite du tourbillon généré dans la passe où nous nous
trouvions.  Nous avons appris plus tard, via le réseau de radio locale que, ce que nous avions
vécu, était un incident isolé résultant de tremblements de terre évalués à 8 sur l'échelle de
Richter.  Ces secousses sismiques ayant pris naissance à 180 km au sud-ouest des Samoa,
elles-mêmes situées à quelques 320 miles nautiques de notre position.  Merci également à Nycole
du Réseau du capitaine ainsi qu'à Luc pour les précieuses informations sur la situation plus
spécifique ayant entouré les événements de ce matin.

Inutile de dire que nous avons décrété la journée comme congé d'école forcé, au grand déplaisir
de la directrice, non pas pour une tempête de neige comme nous en avons l'habitude, mais pour
raison de tsunami!  Je me suis contentée d'exiger des enfants une rédaction de leur journal
de bord respectif ainsi qu'une période de lecture obligatoire.  Mais dès demain la routine
reprendra de plus bel, tout comme les classes.

Pour ce qui est du reste, et bien nous sommes aux Tonga depuis vendredi dernier et non jeudi
car mentionnons que nous avons perdu une journée de notre vie en raison du 'international
date line' ou ligne de date internationale.  Je rédigerai prochainement un récit parlant de
nos premières impressions et décrivant nos premiers jours dans les Tonga.

Jeudi 24 septembre ,  en route vers Tonga

Niue    23 sept 09
En route  pour Tonga, Pacifique sud

Après bien des émotions et une navigation pas des plus reposantes, nous avons

fini par atteindre Niue peu avant minuit pour se mettre au mouillage dans la baie

pourvue de 18 bouées d'amarrage.  Niue, qui était autrefois sous la dépendance de la

Nouvelle-Zélande, est un pays à part entière depuis 1974.  Cette île est perchée sur

une élévation du lit de la mer de 100 miles carrés qui en fait la plus grande île de

corail surélevé au monde.   Sa  communauté qui se chiffrait autrefois à plus de 5000

habitants présente un maigre 1788 habitants depuis 2001, et ce en partie dû à l'exode

vers la Nouvelle-Zélande.  La communauté restante vit dans 14 petits villages répartis

le long de la côte.  Les habitants de Niue, en plus de leur dialecte, parlent l'anglais

et nous avons été grandement impressionnés par leur accueil des plus chaleureux, leurs

sourires et leur gentillesse.   Nous n'avons pas reçu un accueil aussi chaleureux depuis

des mois!!

 Avec les problèmes rencontrés lors de la dernière traversée, nous avions été

tentés de passer outre Niue pour ses rendre directement à Tonga mais on nous avait dit

que Niue était un bon endroit pour l'observation des baleines, ce qui s'est révélé très

juste.  Le samedi matin, alors que nous nous trouvions à une foire agricole, à goûter

des nourritures (spécialités de l'île) et à regarder diverses prestations de danses, nous

avons rencontré des touristes australiens en visite sur l'île pour une semaine.  Je n'ai

pu m'empêcher de leur demander pourquoi ils avaient choisi cette destination, dont je ne

connaissais même pas l'existence jusqu'à tout récemment.  Ils m'ont expliqué que Niue était

un des lieux de plongées les plus prisés au monde à cause de ses cavernes, ses eaux

cristallines et ses baleines à bosse.  Je dois dire que cette révélation s'est révélée très

juste.  A notre retour au bateau nous avons vite enfilé notre équipement de snorkelling et

sommes partis explorer le récif. Nous avons été subjugués par la clarté de l'eau qui peut

atteindre les 100 pieds par endroits.  Les eaux regorgent de poissons de toutes sortes,

petits serpents de mer, bancs de poissons, requins et autres.  Ce fut une, sinon la plus

belle de toutes nos plongées à date.  

 Une journée, nous avons loué avec Wasabi et Alexandre IV une 'van' 15 passagers pour

faire le tour de l'île.  Nous avons passé une journée inoubliable.  En matinée, nous avons

d'abord eu la chance inouïe d'observer le ballet de deux baleines à bosses qui faisaient

claquer leurs nageoires sur le dessus de l'eau parmi un banc de dauphins dans la baie qui

s'étendait devant nous.  Puis on s'est retrouvés au beau milieu  d'une ferme biologique de

noni, ce fruit, antioxydant,  aux vertus supposément rajeunissantes et curatives contre le

cancer.  On a eu droit à une visite très enrichissante des installations et nous avions même

un échantillon gratuit pour goûter ce nectar à la fin de la visite.  J'aime mieux vous mettre

en garde, je vais attendre d'être à l'article de la mort avant d'acheter et d'ingurgiter à

nouveau ce liquide nauséabond au goût exécrable.  Ouach!!! Nous avons détesté à l'unanimité.  

Nous avons ensuite poussé vers Anapala, un sentier forestier menant tout au fond d'une crevasse

où se cache une piscine d'eau douce dans laquelle, Catherine, Isabelle et moi avons nagé. 

Puis ce fut 'Togo Chasm', une espèce de petite plage déserte située au beau milieu d'une

crevasse entourée de pics de 'limestone'.  Nous y avons fait un pique-nique pour le dîner. 

La température était nuageuse et pluvieuse par moments, comme c'est le cas depuis quelques

semaines déjà, mais ça n'a affecté en rien notre journée qui s'est poursuivie en explorant

des cavernes menant soit au littoral de la mer ou à des piscines d'eau douce.  Nous avons fait

du snorkelling à Matapa où l'eau était un peu brouillée par le mélange d'eau douce et d'eau

salée mais dès qu'on plongeait vers le fond, l'eau devenait plus chaude et plus claire,

dévoilant de beaux poissons multicolores.  La journée s'est terminée par un souper dans un

restaurant indien où nous avons essayé une panoplie de nourritures diverses.  Encore une fois

les enfants nous ont impressionnés par leur ouverture d'esprit pour les nourritures nouvelles

mais surtout par leur tolérance envers les mets épicés.  Il n'est pas resté une miette dans

nos assiettes.  René a même rencontré la femme du consul de la Nouvelle-Zélande à Niue.  Lors

de leur rencontre, elle nous a invité à aller se baigner dans leur piscine avec les enfants

mais la température n'ayant pas été de la partie, nous n'y sommes pas allés.  Elle nous a

également invité pour aller visiter une ferme locale pour se réapprovisionner en légumes avant

de partir mais sans succès les propriétaires n'y étaient pas lors de notre visite.  Pas grave,

René a bien aimé visiter la propriété du consul et Jacques d'Alexandre IV a bien faire du lui

faire comprendre que c'est le genre de travail que René devrait se trouver à son retour de

voyage, avec une belle résidence de service, qui sait peut-être qu'un jour ça sera notre tour!!

 Le reste du séjour à Niue a été dédié aux classes, réparations diverses et un peu de

réapprovisionnement en vivres (fruits/légumes et viande) et nous avons repris la mer ce matin

pour rallier Tonga à 200 miles d'ici.  Nous avons eu droit à une grosse heure de spectacle

d'au revoir des baleines qui se propulsaient hors de l'eau pour ensuite se laisser tomber sur

le dos ou sur la côté, après quoi il a fallu se résoudre à reprendre notre cap.  Comment quitter

un tel spectacle! Puis ce sont les bonites qui se sont mis, tels des dauphins, à faire des bons

hors de l'eau à la proue du bateau et à glisser sous l'eau laissant voir leurs couleurs de

bleus étincelants.   En PM nous avons pêché une belle coryphène d'une vingtaine de livres qui

faisait  1 mètre 27 (50 pouces).  Cette fois c'est le capt qui est allé sur le patin se battre

avec le monstre.  Il a réussi à le remonter en l'agrippant par la queue mais à ma grande joie,

il a bien dû se rendre à l'évidence qu'il lui était impossible de faire entrer son monstre

dans son filet (comme je n'avais pas réussi à faire la dernière fois).  Et cette fois il

s'agissait en plus d'une coryphène plus petite que la dernière que j'avais loupée.  Tout ça

pour dire qu'on aura du poisson pour les quelques jours à venir.  A part ça, la navigation

d'aujourd'hui a été assez calme faute de vent mais en fin de PM nous avons pu hisser le spi. 

Malheureusement la nuit ne fut pas aussi calme et devant les grains qui défilaient et le vent

qui est monté à 25 noeuds, il a fallu se résoudre à baisser le spi.  Comme le pilote ne tenait

pas son cap, lors des grains, le capt a passé une bonne partie de la nuit réveillé et pas de

bonne humeur mais il dort maintenant.


Lundi 14 septembre ,  en route vers Niue
Une nuit de plaisirs       14  sept 09
En route  pour Niue, Pacifique sud
Après notre départ de Suwarrow, nous avions l'intention de nous rendre à Palmerston,

cet endroit qui figure sur notre itinéraire depuis belle lurette.  On en dit beaucoup de

bien et apparemment que les familles là-bas se battent pour adopter les voiliers arrivants. 

On aurait beaucoup aimé y aller mais les vents ne soufflaient pas dans la bonne direction et

il aurait fallu attendre trop longtemps à Suwarrow pour obtenir une bonne fenêtre météo. 

Nous avons donc rayé Palmerston de notre liste pour viser Beveridge Reef, un endroit désert

et inhabité au milieu de l'océan, l'ancrage le plus isolé d'Océanie, regorgeant supposément

de langoustes.  Le paradis sur terre quoi!  Enfin un endroit où il n'y aurait pas déjà 10

bateaux au mouillage.  Mais mère nature ne voyait pas les choses de cet oeil et les vents de

18 noeuds qu'on nous annonçait étaient plutôt de 25 à 30 noeuds et nous avons passé une nuit

d'enfer sur la mer qui nous a fait changer notre cap au petit matin.  'So be it. ce ne serait

pas Beveridge Reef mais plutôt Niue.   Il faut être flexible!

 Pourquoi on a changé de cap?  Laissez-moi vous raconter. au risque de sonner un peu

pessimiste mais bon tout n'est pas toujours tout rose. des heures de plaisir comme dirait

ma bonne amie Karine Chayer.  Cette nuit de plaisirs  restera sans doute longtemps gravée

dans notre mémoire.

 Nous avons donc quitté Suwarrow vers 09h30 AM, la mer était très agitée et nos estomacs

un peu barbouillés.   J'ai passé la majeure partie de ma journée à l'horizontale. En fin de

PM, René m'appelle, un des trampolines menace de tomber à la mer, l'élastique qui le tient

par un savant tressage a cédé. Belle opération que d'aller sécuriser ce trampoline sous les

vagues qui explosent et menacent de nous avaler par le trou béant laissé par le trampoline! 

Puis ce qui restait de la glissière servant à insérer le 'bumper' de caoutchouc côté babord

arrache et pend dans la mer.  Une autre opération d'urgence!

 On prend ensuite un troisième ris dans la grand voile et ce faisant, sous la force

des vagues, je perds pied et je passe à un doigt de tomber du toit.  Je me rattrape de justesse

en agrippant la bôme de mes deux bras.  J'étais bien sûr attachée avec mon harnais de sécurité

mais quand même, je serais restée pendue dans le vide, pas une bonne idée!  Puis on tente

d'avaler une bouchée pour souper et René part se coucher un peu jusqu'à 22h30, puis moi

jusqu'à 01h15 AM.  Je suis sortie de mon sommeil par René qui me crie.  J'accoure. nous

sommes en train de perdre l'annexe!  Une des cordes qui la tient sur les crochets du 'davvit'

a cassé et l'annexe (dinghy) pend dangereusement dans le vide.  Avec un savant mélange de

'straps' et de cordes, (bref d'amanchures de broche à foin), le capt récupère tant bien que

mal l'annexe.  

 Puis, moi, Dany Giguère, l'invincible 'wonder woman'.. Après 13 ans de navigation.

je suis malade.  Le mal de mer a raison de moi et je vomis.  Quelle honte, évidemment les

enfants rigoleront bien en entendant cette histoire le lendemain! Et les avaries se poursuivent,

le pilote automatique n'arrête pas de lâcher, le trampoline retombe à l'eau de nouveau

laissant des cordages traîner à l'eau nous empêchant de partir le seul moteur maintenant

utilisable pour reprendre notre cap.  Les vagues n'arrêtent pas de venir se fracasser sur

le pont et dans le cockpit.  Une vague venue s'écraser dans la toile du bimini côté babord

fait céder quatre des ancrages dans le haut de la toile. L'eau s'infiltre de partout dans

le bateau, certains hatchs ne sont pas assez étanches malgré nos récentes réparations ce

qui a pour effet de tremper les lits et matelas d'eau salée.  On est trempés, je ne ma

badre même plus de me changer, je ne porte plus qu'une culotte et mon manteau de pluie.  

 Le pilote ne tient pas, les avaries se succèdent, le capt décide donc de rester

debout jusqu'au petit matin.  Je m'étends sur un de nos matelas bleus dans le cockpit,

munie de mon imper, ma veste de sauvetage et mon harnais, enroulée dans le taud (couvert

de grand voile) déjà trempé.  Je reçois  plusieurs douches d'eau salée, les plantes aussi,

elles virent parfois sur le côté avec le rebondissement des vagues, le  bonheur quoi!

 Au petit matin, le soleil risque un oeil, ouf serait-on sortis de cette nuit

horrible!  Le capt décide alors d'aller se coucher.  Il n'est pas descendu qu'il remonte

aussitôt.  Il y a un peu d'eau salée dans la quille de tribord. juste un peu. jusqu'à

l'égalité des planchers, c'est donc dire des centaines de litres!  Tout est inondé, pompes,

filages, cannages et tout.  La pompe ne fonctionne plus, il faut écoper à la main.  René

finit par trouver ce qu'il pense être le problème, une poignée de hatch cassée dehors sur

le compartiment extérieur avant, là où il y a l'un de nos réservoirs d'eau douce.  Encore

un peu d'eau!  En descendant dans le compartiment, René a de l'eau jusqu'à la taille. 

Le bac de pièces de rechanges de tout ce qui est électricité flotte dans l'eau, (filage

électrique, connections précieuses de rechanges de toutes sortes, etc).  Perte totale,

il est rempli d'eau, autant dire que tout son contenu est bon pour la poubelle.  Les

ancrages d'époxy qu'il vient tout juste de refaire pour le réservoir d'eau douce ont

encore lâché sous la force de l'eau.  Un pas d'avant, quatre pas de reculons!  On vide

le compartiment à l'aide d'un sceau d'eau, chaudière pour les Québécois, et René part

enfin se coucher.  

 Les enfants et moi entreprenons de tout vider les cales, laver à l'eau douce et

sécher mais ça ne sèche pas.  Il faut libérer les planchers, il y a du stock partout sur

les lits, les garde-robes sont vidés, un beau bordel!  On s'attaque ensuite aux

transplantations d'urgence de nos plantes pour les dégorger de leur eau salée.  Je ne

donne pas cher de leur peau mais elles sont si chères aux enfants qui les soignent depuis

des semaines dans le cadre de leur projet de science.  Je n'ai d'autre choix que de tenter

de les sauver.  Puis je remarque que la trappe d'urgence fait un bruit bizarre.  Et oui

encore un ancrage qui a cédé, elle est remplie d'eau, ça attendra le réveil du capitaine.

 Dois-je mentionner qu'il n'y aura pas d'école aujourd'hui?  Les profs sont en

dépression momentanée.   A mon tour d'aller faire un petit somme.  Ha et notre disque dur

est tombé à terre aussi hier.  On ne sait pas encore s'il fonctionne ou pas.  On n'ose pas

vérifier, c'était toutes nos photos, films et musique!

 Une journée passe, l'eau rentre toujours par le compartiment extérieur du patin

avant à tribord et ce malgré la réparation de la poignée cassée.  En cherchant plus loin,

René trouve le problème.  On avait remarqué une fissure en nettoyant la quille il y a

quelques semaines.  C'est bien ce qu'on craignait.  Un vieux problème sûrement dû à un

accident antérieur d'un ancien propriétaire.  Le problème avait été colmaté et était non

décelable lors des deux inspections chèrement payés que nous avons fait faire du bateau. 

Ainsi l'eau s'infiltre maintenant à un rythme de 10 litres à l'heure, il faut donc aller

écoper le compartiment avant à toutes les 3 à 4 heures jour et nuit, vagues pas vagues

dans la noirceur la plus totale de la nuit.  On a bien tenté de colmater avec de l'époxy

en poté et du silicone 4200 mais la réparation finit toujours par fuir.  Il faudra

inévitablement sortir le bateau de l'eau mais la question est de savoir si nous pourrons

attendre jusqu'en Nouvelle-Zélande. 

 Est-ce que ça vous donne encore le goût de rêver tout ceci?  Mais bon au petit

matin quand le soleil se lève, les problèmes semblent toujours moins gros.  Une chose à

la fois!  Sur ce je termine, assez de chiâlage pour aujourd'hui.  Malgré tout le moral

est bon, il faut bien en rire!


Dimanche 13 septembre ,  Suwarrow


Suwarrow, dans les îles Cook du Pacifique

Suwarrow (prononcé Suvarov) est un atoll des îles Cook situé à 950 kilomètres au
Nord de Rarotonga. Sa superficie est de moins de 1 km², son lagon a un diamètre total de
moins de 15 par 12 kilomètres. Il n'existe pas pour Suwarrow de tradition polynésienne
proprement dite. Cette destination considérée de rêve pour son aspect isolé a été
apprivoisée par deux écrivains célèbres :  l'Américain Robert Dean Frisbee avant la
deuxième guerre mondiale puis le Kiwi Tom Neale par la suite.

Ainsi, en octobre 1952, ce Néo-Zélandais du nom de Tom Neale, sorte de Robinson Crusoé
volontaire, décida d'y vivre en ermite. Il y fit en tout trois séjours, d'octobre 1952 à
juin 1954, puis d'avril 1960 à décembre 1963, avant d'y retourner de 1969 jusqu'à peu
avant son décès survenu le 27 novembre 1977 à Rarotonga. De ses deux premiers séjours,
il publia un récit autobiographique paru en 1966 et intitulé "An Island to Oneself "
("Une île pour soi").  Sa pierre tombale est toujours bien présente à l'entrée de l'île,
nous nous y sommes bien sûr arrêtés pour une photo en règle.  Il fut, semble-t-il, un des
pionniers à bâtir le célèbre quai de pierre de cet ancrage. Mais à son plus grand désespoir,
ce  quai se trouva balayé dès la première saison des ouragans qui suivit, et depuis, il
doit être restauré pratiquement chaque année avec le corail sur place. 

Je dois dire, en toute honnêteté, que nous avons été légèrement déçus par cet endroit.  Et
en y repensant bien, je crois que si nous avons été déçus c'est que nous avions des attentes
spécifiques, probablement basées sur la vidéo faite par la famille du voilier québécois
Balthazar, qui y est passée, il y a de cela quelques années.  L'endroit semblait si exotique
et accueillant, les langoustes y abondaient, et les gardiens de l'île organisaient des festins
de langoustes sur la plage.  De quoi faire rêver, nous qui courons les langoustes sans grand
succès depuis des mois déjà.  

Dès notre arrivée sur l'île, la première chose que l'on voit c'est une énorme pancarte listant
une multitude de règlements et des menaces d'amendes pour les contrevenants.  Bon des règlements
il en faut bien sûr, question de préserver la fragilité très précaire de l'environnement,
du corail et de la faune aquatique, nous sommes bien d'accord.  Par la suite on fait la
rencontre de la famille qui habite l'île, soit Véronica, John et leur quatre fils, âgés de
14 ans, 12 ans et des jumeaux de 8 ans.  Ces derniers sont les administrateurs de l'île. 
Ils y vivent huit mois par année et quittent durant les mois de décembre à mars pour éviter
la saison cyclonique. On paye notre 50$ de ce parc national des Iles Cook et on fait nos
formalités d'entrée.  Nous étions le 98e bateau de plaisance à entrer dans le lagon cette
année.  Il y a belle lurette qu'on n'a pas payé pour nous arrêter sur une île mais ce n'est
pas une surprise, on l'avait lu dans le guide.  Au cours de cette rencontre on nous fait relire
les règlements et signer la feuille, on nous dit que l'administration a changé et que ce n'est
plus papa John le gardien de l'île.  On nous répète que comme administrateurs de l'île, il
n'est pas dans leur énoncé de fonctions de nous divertir et nous emmener pêcher, on n'a pas
le droit de mettre le pied sur les petites motus environnants de l'atoll, la pêche est plus
ou moins permise. bla bla bla.  Bon je m'arrête ici car je dirais que notre impression un peu
négative n'est pas nécessairement généralisée, ni  partagée par la majorité de la dizaine de
bateaux qu'il y avait au mouillage lors de notre visite.  On avait juste des attentes
personnelles un peu trop élevées et on s'attendait à un petit paradis qui s'est révélé un
endroit où plusieurs avertissements ont été faits sur la radio et où nous nous sentions
surveillés pour tout.   Il faut dire que nous avons été très choyés durant les 3 derniers
mois tout au long de notre visite de la Polynésie française.   Nous pouvions arrêter là où
on voulait et n'avions aucun frais à payer (si on ne compte pas l'agent de Tahiti) pour
naviguer dans des endroits absolument fantastiques (Gambier, Marquises, Tuamotu et les Iles
de la Société).  Alors vous comprendrez notre choc en arrivant ici dans ce parc réglementé
un peu à outrance.  J'imagine que notre cour était encore en Polynésie et c'est ici que
nous avons dû en faire notre deuil.

Un après-midi, comme on n'avait pas vraiment envie de demander la charité au gardien de l'île
et de le déranger pour qu'ils nous emmènent plonger, nous sommes partis seuls avec Alexandre
IV et Wasabi pour faire du snorkeling.  Ca ne faisait pas 10 minutes qu'on nageait que les
gardiens de l'île sont arrivés en trombe  avec leur chaloupe pour nous questionner à savoir
ce que nous faisions et nous répéter qu'il est formellement interdit de mettre le pied sur
les petites îles environnantes.  Ben non on n'ira pas sur vos îles!!  Mais tout de même,
Jacques a pêché un petit mérou malabar, quels braconniers nous sommes!  Ce soir-là on n'avait
peut-être pas de langouste mais on s'est quand même fait un bon pot luck juste pour Alexandre
IV, Wasabi et nous sur Cat Mousses.  Isabelle avait apporté sa guitare pour l'occasion, nous
avons chanté et eu bien du plaisir.  Nous avons sacrifié trois membres de notre équipage pour
ce souper, soit Craby, Johnny et Tony qui ont laissé derrière un seul de leur confrère, soit
notre dernier crabe de cocotier, celui dénommé Peter.  Les trois défunts ont fini en 'crab
chowder' et en délicieux 'crab cakes' servis en apéro lors de notre souper.

J'ai longuement hésité avant de donner notre impression un peu négative de cette escale car
au fond, je sais que la majorité des autres bateaux du mouillage ont semblé adorer.  Ils ont
eu de nombreux  'potlucks' sur la plage et y ont passé de bons moments.  J'imagine qu'ont
n'est juste pas passés au bon moment.  Je n'enlève rien à la gentillesse des gardiens de
l'île qui partagent les fruits de leur pêche aux bateaux du mouillage quand ils en ont
l'occasion.  Un matin par exemple, comme ils n'ont pas de réfrigération, ils sont passés
distribuer des pièces restantes de deux thons jaunes pêchés la veille.  

Si on se fie à l'expérience de Lucey Blue qui est passé à Suwarrow, cet arrêt fut  inoubliable
pour eux.  Ils ont été enchantés et ne jurent que par Véronica et John.  A ce sujet, une
des raisons pour lesquelles nous avons insisté pour  nous arrêter à Suwarrow était le fait
qu'Amanda de Lucey Blue avait préparé pour Catherine une chasse aux trésors sur l'île.  Elle
avait laissé une enveloppe aux gardiens de l'île à notre attention, contenant une carte
(style pirate).  Les enfants ont eu tôt fait de récupérer la carte pour nous guider sur
l'île vers le trésor caché, un petit pot de bonbons à la menthe.  Une bien bonne idée
d'Amanda!  Quelle belle façon de visiter une île.  A notre départ, nous avons remis quelques
vivres à Véronica et John en guise de remerciements avant de quitter mais pour tout dire,
on n'avait pas vraiment de regrets de quitter l'endroit.  D'autant plus que les vagues
s'étaient mises à nous brasser de façon très inconfortable dans le mouillage depuis la
veille.  Bref, nous étions mûrs pour partir.  Ho well chacun ses goûts!

Pour terminer, à titre historique pour les mordus d'histoire : L'île fut découverte en
octobre 1813 par le Capitaine Mikhail Lazarev, commandant du navire russe le Suvorov qui
naviguait de Kronstadt en direction de l'Alaska, alors territoire russe. Il baptisa l'atoll
du nom de son navire, nom que reprirent plus tard les autorités néo-zélandaises sous
l'orthographe, Suwarrow.

En 1848, un baleinier américain le "Gem" s'échoua sur les récifs de l'île. Le capitaine et
son équipage durent abandonner le navire et rejoindre en chaloupe les Samoa avant de rentrer
à Tahiti. C'est de Tahiti que le "Caroline Hort" appartenant à la compagnie baleinière des
Frères Hort partit pour Suwarrow afin de récupérer l'huile restée dans les cales du navire
échoué. Lors de ce passage, le subrécargue de l'expédition, un certain Lavington Evans
déterra un coffre contenant 15000 dollars en pièces d'or. Quelques années plus tard en
1876, un Néo-Zélandais du nom de Henry Mair déclara à son tour y avoir découvert dans un
nid de tortue, des pièces d'argent si bien que l'atoll acquit bientôt la réputation d'être
une "île au trésor". 

En 1860, un Anglais du nom de Tom Charlton et six insulaires de Rakahanga ainsi que des
femmes des Tuamotu s'installèrent sur l'île. Durant leur séjour, le navire le "Dart" y fit
également escale. Son capitaine Samuel S. Sustenance, y débarqua une trentaine de personnes
de Penrhyn et un Européen, Jospeh Bird, afin d'y récolter des perles de nacre. Quelques
semaines plus tard le "Tickler" du Capitaine Thomas F. Martin passa à son tour à Suwarrow
y laissant un certain Jules Tirel. Très vite des troubles éclatèrent avec les Penrhyn qui
tuèrent les trois Européens à savoir, Charlton, Bird et Tirel. Le navire suivant à visiter
l'atoll fut celui du Capitaine H.B. Sterndale en 1867 au nom de la Pacific Trading Co afin
là encore d'y récolter des perles de nacre. Il y retourna en 1874 cette fois-ci pour la firme
néo-zélandaise Henderson et MacFarlane. Lors de ce second séjour, il découvrit sur l'un des
motu des murets de corail, des squelettes, un mousquet espagnol, ce qui laisse supposer que
Suwarrow fut visité par des galions espagnols sans doute dès le XVIè siécle.

 
L'île fut annexée au nom de l'Amirauté britannique le 22 avril 1889, lors du passage du HMS
Rapid du Capitaine W. McF. Castle. Néanmoins en octobre 1900, Suwarrow fut inclus au reste
du Protectorat des îles Cook puis annexé l'année suivante à la Nouvelle-Zélande. La population
s'élevait à l'époque à 30 personnes. Les autorités coloniales louèrent l'atoll à diverses
compagnies, celle des Frères Lever en 1903 puis à l'A.B. Donald Ltd en 1923 avant que celui-ci
soit peu à peu déserté de ses habitants et abandonné à lui-même.

Mercredi 9 septembre , en route vers Suwarrow

De retour à la routine en mer
6 sept 09
En route vers Suwarrow, Pacifique
Voilà maintenant quatre jours que nous sommes en mer et finalement les

estomacs se sont replacés, le mien en l'occurrence.  C'est la deuxième fois que

ça m'arrive d'expérimenter le mal de mer et c'est moche je dois dire.  Mais me

revoici en pleine forme enfin!  Les trois premiers jours les enfants étaient

soient étendus un peu partout dans le 'cockpit', soit endormis ou soit survoltés

mais ils sont de retour à la normale.  Hier après-midi Thomas s'est lancé dans

la popote, il a passé tout, je dis bien tout la PM seul en bas dans la cuisine

et nous a cuit, seul, deux pains aux bananes et douze muffins aux bananes afin

de terminer notre régime de bananes qui approchait d'une mort imminente, mais

ici la politique est qu'on ne jette rien alors chaque banane a été utilisée

sciemment.  Thomas nous a épatés avec ses accomplissements culinaires qui furent

très appréciés de ses frères et soeur qui aiment bien avoir un petit dessert à

se mettre sous la dent.  Je me demande d'où ils tiennent cette manie!

 Ca fait du bien de reprendre la routine. La mer s'est enfin calmée.  C'est

bien beau les vents de 30 nouds mais on se faisait brasser pas mal et il fallait

se réhabituer.  Notre dernière navigation sérieuse datait du mois de mai à notre

arrivée aux Marquises.  Depuis hier la mer a baissé et nous bénéficions de vents

plus légers mais avec le spi nous avançons bien quand même et devrions arriver

pour l'heure du souper demain soir.  Les classes ont repris ce matin.  La rentrée

scolaire s'est faite lundi dernier au grand bonheur des enfants qui ont finalement

renouvelé leur bac d'école avec de nouveaux volumes scolaires.  Antoine est super

motivé et déterminé à apprendre à lire.  Il travaille fort.  Cette année, je me

suis promis de me faire une planification scolaire un peu plus détaillée plutôt que

de prendre ça comme ça vient comme je le fais depuis un an.  Comme ça les enfants, 

s'ils ont des objectifs clairs à atteindre à chaque semaine, pourront être un peu

plus indépendants et maîtres de leur temps plutôt que d'attendre après moi à qui

mieux mieux, tels des oisillons affamés, pour que je leur donne des instructions et

travaux à accomplir à chaque matin.  J'ai fait exprès de ne pas me mettre la barre

trop haute pour la première année et j'avais consciemment décidé de ne pas me mettre

d'horaire précis car j'avais souvent lu que la première année on se fixe souvent

des objectifs irréalistes à atteindre.  Cette année, je sais un peu plus où je vais

dans tout ça et nous allons voir à nous partager la tâche de façon plus réaliste de

manière à nous faciliter la tâche à tous. 

 Hier nous avons croisé des nuages d'oiseaux que nous nous sommes amusés à

pourchasser pendant une bonne heure.  Il y a avait des bancs de bonites incroyables,

ça sautait de partout, les bonites bondissaient hors de l'eau mais en vain.  Malgré

nos trois lignes à l'eau nous n'avons rien pu remonter, même que lorsque nous avons

remonté les lignes en fin de journée, deux de nos leurres avaient été bouffés à notre

insu.  Ce matin nous nous sommes repris.  Alors que nous étions à faire les classes,

le 'call' du capt a retenti : 'BIG FISH'!  Branle-bas de combat, une énorme et superbe

coryphène.  WOW!  nous l'avons remonté jusque sur le patin arrière mais au moment où

je me battais pour faire entrer ce monstre dans mon filet tout en prenant garde de ne

pas me faire pousser à l'eau par cet énorme poisson presque aussi grand que moi . malheur.

il s'est décrochée.  L'équipage m'a fait les yeux pendant quelques minutes, évidemment

nous étions pas mal déçus.  Ho well ce sera pour une autre fois!  Le capt a été averti

que dorénavant c'est lui qui se battra avec le poisson en équilibre sur le patin arrière

car il s'avère que je manque de dextérité dans ce domaine.  C'est que ça fait peur ces

gros poissons.  Il était presque aussi grand que moi et se débattait dans tous les sens

alors que j'essayais de la faire entrer dans mon petit filet insignifiant!

 Pour une fois on adopte une nouvelle politique selon laquelle on ne roule les

moteurs qu'en cas de besoin extrême même si on n'avance parfois qu'à un maigre petit

trois noeuds.  Non mais qu'est-ce qui presse temps?  On n'a pas de train ou d'avion à

prendre à l'autre bout.  C'est que c'est difficile d'accepter d'aller si lentement. 

Les Français sont bons navigateurs de ce côté.  La plupart des amis français que l'on

connaisse se laissent toujours portés par la mer, se laissant bercer par les vagues

peu importe le temps que ça leur prend pour se rendre à destination.  Ils s'en remettent

à Eole et attendent patiemment leurs vents.  On essaie d'adopter cette nouvelle philosophie

car on a toujours eu bien du mal à accepter de se laisser tomber sous la barre des 5 noeuds. 

Wasabi sont arrivés à destination cet PM avec leur 56 pieds ils roulent pas mal!  Ils nous

ont dit qu'il y avait déjà 10 bateaux au mouillage de Suwarrow.  Ca c'est la petite ombre

au tableau.  Nous qui essayons de rester dans les endroits moins courus en dehors des

sentiers battus! Là c'est raté.  Il faudra réviser nos destinations car il semble que

ces petits coins paradisiaques deviennent un petit peu trop populaires.  C'est que la

population navigante a cru considérablement depuis les dix dernières années.  Quand il

y a une seule famille sur une île et qu'on se retrouve 7-8 bateaux en même temps à les

visiter, il me semble qu'on perd un peu le cachet. Ca fait trop de monde en même temps

et on l'a senti à Mopélia avec Kalami et Sophie.  On ne veut quand même pas les envahir.



 Changement au programme, nous n'arriverons pas à temps pour la tombée du jour car

il serait aller à l'encontre de notre nouvelle philosophie que de faire rouler les moteurs

toute la journée à plein régime juste pour arriver aujourd'hui.  On se laisse donc aller,

ça fera une nuit de plus en mer car on n'arrivera pas avant demain mais on est maintenant

rentrés dans notre petite routine alors ça ne nous pose pas de problème.  Tout est tellement

calme en mer, loin des bruits et de tout.  On est bien.  On lit beaucoup aussi.  Je viens

de terminer La Croisée des Mondes, René est au tome 3 de Harry Potter, Thomas est au tome

7 de la Petite Maison dans la Prairie, Catherine au tome 2 et Nicolas continue d'éplucher

ses encyclopédies sur les animaux, lisant des mini-romans ici et là.  C'est bien d'avoir

renoué avec la lecture.  Dans notre ancienne vie, lire un livre représentait un projet de

plusieurs mois, c'est que lire une page ou deux par jour (et ce quand on avait le temps)

ça n'avançait pas très vite. 

 A part ça mes talents de boulangère s'améliorent de jour en jour.  Chaque fois que

je cuis un pain les enfants me disent :  'A ça c'est le plus réussi de tous tes pains à date!'. 

Finalement ce n'est pas si sorcier à réussir le pain grâce à la recette secrète de Catherine

de Raiatea.  Ce matin je riais car Antoine m'a annoncé que maintenant ce n'est plus un

gratte-piqûre qu'il veut pour sa fête. Non! C'est officiel, c'est décidé!  C'est un robot

que je veux pour ma fête m'a-t-il dit.. Parce que je suis tanné de faire la vaisselle ! 

J'espère que la Nouvelle-Zélande vend des robots à tout faire sinon Antoine risque d'être

déçu. 

Nous sommes finalement arrivés à destination ce matin vers 08h00 AM après avoir passé la nuit

à se ralentir pour ne pas arriver de nuit.  C'est que le vent s'était finalement levé à nouveau

et il fallait donc réduire la voilure.  Cat Mousses qui va trop vite, c'est le monde à

l'envers car ça n'arrive pas souvent que nous allions trop vite avec notre rafiot.  En

remontant nos lignes hier soir nous avons eu la surprise de trouver un Wahoo (Thazard bâtard)

au bout de la ligne.  Nous l'avons nettoyé et séparé en trois parts pour en donner à

Alexandre IV et Wasabi et le reste je l'ai cuisiné cru en ceviche au lait de coco à la

mode tahitienne.  Nous sommes allés à terre brièvement ce matin pour rencontrer les gardiens

de l'île de Suwarrow mais ils n'y étaient pas alors nous les verrons cet PM.  A prime abord

l'endroit nous apparaît très joli et tranquille à part la houle qui est quand même assez

imposante dans la baie.  Ce matin après un copieux déjeûner de crêpes pour célébrer notre

arrivée, j'ai fait ma séance d'exercices avec mon entraîneur Tony Horton puis au moment de

sauter à l'eau pour me doucher le capt m'a rappelé à l'ordre.  C'est qu'il y a 4-5 requins

à pointes noires qui rôdent constamment autour du bateau depuis notre arrivée.  Mais après

s'être informés on nous a dit qu'ils ne sont pas dangereux de ce côté-ci de l'île, juste

de l'autre côté nous dit-on.  Bizarre!  Sur ce je retourne à ma planification scolaire. 

Ca avance, je vais y arriver.

Dimanche  6 septembre , Mopélia
Mopelia
5 sept 09
Mopelia, Polynésie française

A notre arrivée à Mopelia nous avons retrouvé Graine d'Etoile et leurs deux filles. 
Situé à 160 km au sud-ouest de Maupiti, Mopelia est l'une des trois dernières îles
Sous-le-Vent de la Polynésie mais aussi le dernier atoll doté d'une passe navigable
permettant d'accéder à son lagon. On dit de ces atolls qu'ils constituent d'importants
sites de reproduction des tortues vertes, qui viennent pondre sur les plages chaque
année à partir du mois de novembre. Il y a quelques années, Mopelia était aussi un
site de récolte d'huitres perlières.  Ces huitres étaient apportées à Maupiti, puis
vendues aux Tuamotu qui les renvoyaient par avion dans leurs îles d'origine après
leur avoir greffé un nucleus (cette petite bille de nacre autour de laquelle se
développe la perle). Malheureusement, les cyclones des dernières années ont détruit
toutes les infrastructures qui ont depuis été laissées à l'abandon.  Il ne reste plus
que deux familles sur cette île, un couple que nous n'avons pas rencontré et une famille
fort aimable avec qui nous avons passé des moments inoubliables.  Cette famille c'est
Kalami et Sophie, leur petit-fils Tetuanui et leur fils Kalami, sa femme Marie-Justine
et leurs deux bébés ainsi que deux amis de Kalami.  Ils nous ont accueillis à bras
ouverts.  Les enfants ont passé un temps fou à s'amuser sur la plage à construire des
écoles primaires et secondaires à Bernard l'Ermite, au début avec les filles de Graine
d'Etoile puis avec Tetuanui et son cousin une fois les filles parties.  Un soir on s'est
fait un feu sur la plage avec Graine d'Etoile mais la pluie battante qui n'avait de cesse
nous a forcé à capituler et à revenir au bateau.  On a finalement réussi à tout manger nos
trois bonites cuisinées en sushis, poêlées à la cajun, en quiche et en accras.  Le reste
on l'a donné.  Ca faisait changement de la viande, enfin du poisson!  Comme dirait mon
amie Jinny, je ne peux pas croire que je prononce aujourd'hui de telles paroles, moi qui
avais une sainte horreur du poisson étant petite!!

A part ça nous passons beaucoup de temps à faire les classes et à réviser notre dernière
année scolaire.  On relaxe, on s'amuse, on fait des tâches de lavage à la main en famille.
Quel bonheur, c'est que notre laveuse ne veut plus fonctionner et fait la grève.  C'est un
bon retour aux sources qui sensibilisera les enfants sur l'importance de la gestion des
vêtements sales!  Heureusement René et Brian de Wasabi arriveront à réparer la laveuse
quelques jours plus tard.

Graine d'Etoile ont quitté hier et ce matin, Wasabi, Alexandre IV et un autre bateau de
Vancouver (Incantation) viennent d'arriver dans le lagon.  On a hâte de revoir Josée.
René passe beaucoup de temps à terre à jaser avec ses nouveaux amis (Kalami père et fils
et compagnie). Ils lui ont d'ailleurs donné un crabe de cocotier vivant.  Ainsi, on a
maintenant un équipage de passage sur Cat Mousses, ou plutôt un nouveau locataire que
le capitaine a gentiment appelé 'Johnny'.  Quoi de mieux comme animal domestique, un
crabe de cocotier!    René a transformé le 'splash pit', notre trou d'urgence pour les
petits problèmes de mal de mer, en vivier pour les crabes de cocotier. Il lui donne de
l'eau et des noix de coco.  On a bien hâte de se faire un festin de crabe,  on cherche
l'île depuis deux jours pour trouver des confrères à notre ami 'Johnny' mais on ne trouve
que de petits crabes de terre.  Il faudra voir avec les locaux où se trouve leur cachette
secrète.  

La prochaine activité dont rêve nos hommes est la chasse à la langouste qui, apparemment,
abonde dans le coin.  Les locaux ont promis de les y emmener mais avant. ils aimeraient
bien que Jacques leur répare leur génératrice et 4 x4. On verra si Jacques en vient à
bout avec sa méthode Kepner Trigo!  Qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour des langoustes! 
Les hommes passeront finalement trois journées et demies à démonter le moteur du Nissan
double cabine (4 x 4).  Ils l'ont tout démonté, pièce par pièce, l'ont nettoyé, décrassé
de son sable et tout, l'huile était pleine d'eau, une belle avarie.  Un problème de joint
de culasse, de compression et d'étanchéité des joints toriques semble-t-il.  Ils ont
travaillé d'arrache-pied et au bout des 4 jours, lorsqu'ils ont enfin tourné la clé
dans le contact, le moteur a démarré mais très brièvement. pour mourir à nouveau. 
Ho well! Au moins il est tout propre et prêt à recevoir sa nouvelle culasse qui a été
commandée via Tahiti et Maupiti.  Il faut mentionner toutefois que René a réussi à faire
venir, via le réseau du capitaine de Montréal, le mode d'instruction qui lui a permis de
programmer les postes sur la radio BLU de Kalami.  Ce dernier était fou de joie de pouvoir
enfin se servir de sa radio et de pouvoir contacter ses amis (Jane  et Marc de Ratafia)
sur Tahiti.  

  Une nuit, les hommes ont fait une sortie de pêche à la langouste avec Kalami et ils sont
revenus avec 6 langoustes.  Nous avons fêté l'anniversaire de Josée en grand avec Kalami
et famille et 5 autres bateaux dont Wasabi, Alexandre IV, Incantation (David), un bateau
français Tourteau  (Céline et Sébastien) et un bateau charter.  Nous étions toute une 'gang'
sur la plage pour fêter cet événement.  Sophie et Kalami nous ont préparé un festin pour
l'occasion, langouste, crabe de cocotier, cochon au caramel, ribs grillés et tout.  Les
bateaux pour leur part s'occupaient des salades, riz et dessert.  Cat Mousses  s'est chargé
des desserts, un gâteau d'anniversaire, un gâteau aux bananes et des choux à la crème maison
(en souvenir de toi chère Anne ou plutôt Hortense).  Hmm!  Des choux à la crème fourrés à
la crème fouettée (à l'aide d'une seringue), le tout nappé de sauce au chocolat et de sucre
en poudre!  Une soirée mémorable bien arrosée qui s'est terminée avec une séance de limbo
(proposée par Isabelle de Wasabi).  On a bien ri mais nos muscles s'en sont ressentis le
lendemain.  

Sophie, un matin, nous a emmené à la chasse au crabe de cocotier mais nous sommes revenus
bredouilles, les hommes y sont retournés de nuit à quelques reprises et nous repartons
avec 4 crabes vivants dans le vivier de Cat Mousses.  Un soir j'en ai cuisiné un au cari
que j'ai servi sur un lit de riz cuit à la vapeur, délicieux!  Nous avons goûté de nouvelles
choses lors de cette escale à Mopelia dont le poisson perroquet, le nason à rostre court
(Unicorn fish), le crabe carpilius (superbe crabe orangé avec d'énormes points rouges sur
sa carapace), le germe de cocotier (une espèce de pomme farineuse au goût de coco). 
Bref, c'est la tête remplie de souvenirs heureux que nous quittons la Polynésie française. 
Il n'y pas de doute, ce sont vraiment les rencontres que nous avons faisons qui marquent le
plus notre voyage.  René se souviendra longtemps de cette escale car il en repart avec bien
des marques.tel un rescapé non pas de la guerre des Boers mais de Mopelia.  Son herbe à puces
c'est du passé mais il repart avec les bras, les jambes et les genoux lacérés de coupures
de corail, souvenirs de sa pêche à la langouste sur le récif.   Comme si ce n'était pas
assez, il a fallu qu'il se fasse une coupure à la main.  Alors qu'il travaillait à extraire
le contenu d'une noix de coco avec un couteau, il a poussé le couteau un peu trop fort et
résultat. le couteau est passé au travers de la noix de coco pour aller se planter en plein
coeur de la paume de sa main.  Il  a touché l'os et au début il croyait même être passé
bord en bord de la main.  Le cour de l'infirmière en chef, moi en l'occurrence, était un
peu emballé.  Je ne suis pas douée pour voir  ce  genre de blessures, ça vient me chercher
droit au coeur.  Mais j'ai réussi à prendre sur moi pour  désinfecter la blessure et faire
un pansement de brousse.  Avec toutes ces plaies, et connaissant la tendance de René à faire
des cellulites de la peau (infections), notre Doctor Deegle n'a pas tardé à recommander les
antibiotiques alors le capt est sur la voie de la guérison.  Une autre blessure de guerre. 
Il existe des outils spéciaux pour vider les noix de cocos, il faudrait voir ce qu'utilisent
les locaux parce que le couteau ce n'est pas une bonne idée Capt!

C'est à regret que nous quittons la Polynésie française mais le temps est venu pour nous de
passer à autre chose.  Nous naviguons présentement vers Suwarrow, une navigation de 4-5 jours. 
Ca doit bien faire deux mois et demi que nous n'avons pas fait sortie de plus de 30 heures. 
Ouf, c'est 'rough' sur le système.  On a perdu la main.  Les cours et les estomacs sont
sensibles.  Catherine a été malade, sa première fois! Elle qui était si fière de n'avoir
jamais eu à utiliser le 'splash pit'.  Il ne reste plus que moi mais . j'ai beau ne pas être
malade comme tel, j'ai quand même  le coeur et l'estomac tout-à-l'envers depuis notre départ
il y a trois jours.  Les rôles sont inversés, c'est le capt qui se porte le mieux sur cette
traversée-ci.  Nous avons quitté dans des vents d'une trentaine de noeuds, sur une mer
houleuse avec des vagues monstrueuses vue la force des vents qui sévissait depuis plusieurs
jours déjà mais au moins nous avançons bien car les vents sont plutôt arrière/portants.